Mois : mars 2014

Lorraine Pintal: inspirée et inspirante

Publié le Mis à jour le

(Texte publié sur le site Plateau arts et culture le 29 mars 2014)

 

Lorsqu’elle a annoncé son intention d’être candidate pour le Parti Québécois dans la circonscription montréalaise de Verdun, j’ai applaudi à la nouvelle. Comédienne, réalisatrice, dramaturge, animatrice et gestionnaire, cette artiste pluridisciplinaire aux multiples talents est une actrice de premier plan pour le développement de la culture au Québec.

À son arrivée en poste à la direction générale du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) il y a maintenant 22 ans, les défis étaient colossaux et l’avenir de l’institution paraissait compromis. La survie du théâtre menacée par la faillite, notamment à cause du désengagement financier de l’État et la désaffection du public, Lorraine Pintal su redresser la situation. Parallèlement à son rôle de gestionnaire, durant toutes ces années, elle s’est assurée de partager son temps entre la gestion du théâtre et la direction artistique, ce qui lui a permis de ne jamais perdre la main en mettant en scène d’innombrables pièces. Aujourd’hui, son théâtre brille sur la scène montréalaise, québécoise et même à l’international.

Gestionnaire compétente et généreuse, elle a récemment accepté de s’impliquer à l’École des Hautes études commerciales (HEC) à titre de mentor afin de guider les étudiants qui souhaitent administrer des organismes culturels. Ce souci de transmettre son savoir et son expérience aux générations qui la suivent l’anime également dans son travail de metteure en scène. Aussi se fait-elle un devoir de bâtir ses distributions théâtrales en assurant une belle place aux jeunes pour leur permettre d’apprendre au contact des acteurs chevronnés. Cette formule insuffle beaucoup de dynamisme à ses productions tout en favorisant le mentorat.

Sa venue en politique est donc une excellente nouvelle pour tout le milieu culturel qui est en profonde mutation ces années-ci. Pensons notamment aux grands défis qui se posent à notre cinéma, aux artistes de la musique, au théâtre pour s’en convaincre. Oui, vraiment, cette artiste gestionnaire donne l’impression de pouvoir déplacer des montagnes.

lorraine_pintal

Crédit: Yves Renaud

 

Myriam D’Arcy – Pourquoi avez-vous décidé de faire le saut en politique?

Lorraine Pintal : Voilà plusieurs années que je rêve à faire le saut en politique. Dans ma vie de gestionnaire de théâtre, j’ai fait beaucoup de rencontres et de représentations auprès des diverses instances gouvernementales pour défendre le dossier culturel, et notamment pour défendre le caractère particulier du Théâtre du Nouveau Monde. Et donc, frayant dans ces milieux, après 22 ans à la tête d’une institution qui a acquis une grande influence culturelle, à la fois à Montréal et au Québec et on espère outre-frontières, j’ai eu envie de servir davantage de citoyens et de mettre mon expertise au service de la cause culturelle ainsi que pour les gens de Verdun.

 

Quand on parle de langue, d’économie, de développement social et communautaire… on parle de notre identité. L’identité passe par la culture et par l’expression de notre culture grâce à cette langue française qui est continuellement menacée et qu’il faut tenir à bout de bras. Je suis rendue à une étape de ma vie où j’ai besoin d’élargir mon action communautaire, sociale et politique. J’admire madame Marois et j’adhère à la plateforme de son parti. Je suis une progressiste dans l’âme et je me reconnais dans les valeurs défendues par le Parti Québécois. Je n’ai donc pas pu refuser quand on m’a offert de me porter candidate dans le comté de Verdun.

 

MDA – Selon vous, comment se porte actuellement la culture québécoise?

Lorraine Pintal : À mon avis, nous sommes un peu trop collés sur notre propre réalité pour nous en apercevoir mais quand des étrangers viennent au Québec, ils sont épatés par notre dynamisme et par la force de nos créateurs. Manifestement, ce n’est pas dans toutes les sociétés qu’il y a autant de vitalité et de diversité de talents. Nos artistes sont plein de ressources et souvent, ils sont à la fois capable de jouer, de chanter, d’animer.

Nous devons être fiers de notre langue, de notre littérature, de nos auteurs, de nos peintres, de nos danseurs, de nos chorégraphes, de notre cinéma qui voyage de mieux en mieux et qui brille sur les grandes scènes comme celles d’Hollywood. C’est ce qui fait notre force première.

 

Par contre, si la création va bien, nous vivons une crise en ce qui concerne la diffusion de nos œuvres, tant dans les salles que dans les médias. À la télévision et la radio, le temps d’antenne consacré à l’actualité culturelle et à la diffusion de notre musique, notre cinéma fond comme neige au soleil. Cette situation est grave puisque la diffusion constitue le nerf de la guerre en matière de promotion des produits culturels. Voilà pourquoi nous devons par exemple être appuyés par des quotas pour assurer la diffusion de notre culture. Heureusement, nous devons souligner l’émergence de projets porteurs comme « La Fabrique culturelle » la nouvelle plateforme web à vocation régionale mise sur pied par Télé-Québec et qui deviendra peut-être une chaîne de télévision généralisée.

 

Au cinéma, nous assistons présentement à un mouvement de solidarité des acteurs du milieu et des médias, notamment suite aux sorties de Vincent Guzzo que nous serions presque tentés de remercier! Pour mémoire, il avait déclaré que les Québécois ne souhaitent voir que des films d’action et de suspense.

 

Ses propos ont permis à tout un milieu de se regrouper autour de la nécessité de diffuser notre cinéma à plus grande échelle. Cette prise de conscience a notamment donné lieu en février 2013 à la mise sur pied d’un groupe de travail présidé par François Macerola, ancien président de la SODEC qui s’est penché sur l’avenir du cinéma québécois, en ce qui concerne le soutien à ses créateurs, son financement, sa diffusion, dans le but d’élaborer une politique du cinéma.

 

En ce qui concerne l’organisation de la culture, ces dernières années, beaucoup de progrès ont été réalisés dans ce domaine. Nous avons des institutions, des organismes qui reconnaissent l’importance de la culture et qui supportent les artistes émergents. Présentement, nous sommes rendus à un grand tournant où cette culture doit être reconnue par tous et pour y arriver, nous devons travailler à informer le public sur le rôle de l’artiste dans la société.

 

MDA – Selon vous, quelle est la fonction sociale de l’artiste?

Lorraine Pintal: La plupart du temps, les artistes sont engagés dans leur société et veulent qu’elle progresse. Pour y arriver, ils tentent de la provoquer. Comme ils sont très sensibles, ils peuvent annoncer de grands mouvements, des grands changements ou tout simplement en témoigner. Voilà pourquoi l’art est essentiel au développement d’une société. Voilà aussi pourquoi les décideurs politiques ont la responsabilité d’appuyer les artistes et la diffusion de leurs œuvres de toutes les manières possibles.

 

MDA – Le 7 avril prochain, si vous êtes élue députée de Verdun et que votre parti est reporté au pouvoir, quel sera votre dossier prioritaire en matière de culture?

Lorraine Pintal : L’indépendance culturelle. Nous dépendons encore du financement fédéral, notamment du Conseil des arts du Canada et avec tout le respect que je dois à cette institution, je pense qu’il faut travailler à rapatrier au Québec les sommes versées par Ottawa en matière de culture afin que nous puissions les administrer par nous-mêmes.

Nous sommes assez adultes, assez fiers pour être en mesure de gérer ce que les citoyens nous donnent en impôts et ce qu’on veut leur redonner en matière de culture.

 

Aussi, je rêve qu’on offre aux artistes un véritable filet social. Ce serait une solution à l’appauvrissement de tous ceux qui travaillent dans l’ombre. Nous avons aussi besoin de résidences pour les artistes et de lieux de diffusions de proximité. Quand on construit un nouveau quartier, on pense à construire une école ou un parc. Il faut ajouter à cela des infrastructures culturelles telles qu’une maison de la culture ou une bibliothèque. À Verdun, il n’y a pas de Maison de la culture et c’est un de mes grands projets.

 

Finalement, au dernier Conseil national du PQ, madame Marois a annoncé sa volonté d’organiser un grand forum sur l’avenir de la culture dans le but de doter le Québec d’une nouvelle politique culturelle qui tiendra compte du financement de la culture, du nécessaire virage numérique, du soutien à la relève, de la mixité culturelle et de la viabilité de nos grandes institutions. Nous avons grand besoin de cette nouvelle politique culturelle puisque celle dont nous disposons date d’une vingtaine d’années. Elle est désuète et ne tient pas compte des réalités de notre époque. Je souhaite évidemment participer activement à ce grand projet.

_____

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédits André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédits André Chevrier

Gaston Miron : la poésie pour ne pas mourir

Publié le Mis à jour le

(Texte publié sur le site de Plateau arts et culture le 17 mars 2014)
Vendredi soir dernier, j’ai assisté à la première de l’audacieux et bouleversant documentaire Miron : un homme revenu d’en dehors du monde du réalisateur Simon Beaulieu, documentaire qui rappelons-le a clôturé la dernière édition des Rendez-vous du cinéma québécois.

Ceux qui ont vu son documentaire précédent consacré à Gérald Godin s’attendront sans doute à un portrait journalistique du poète mais il n’en n’est rien. Dans une forme efficace et très originale qui fait tantôt appel aux images d’archives, tantôt à des effets spéciaux, Simon Beaulieu prend le pari de nous faire voir le Québec, son peuple et son histoire à travers le regard, les mots et la poésie de Miron. Ce procédé non conventionnel fait dire au réalisateur que son film se trouve à mi-chemin entre le documentaire et l’essai visuel.

miron-nuit-cinecc81ma-quecc81becc81coisLe spectateur se sent projeté dans la tête de Miron qui récite ses plus grands poèmes en même temps que défilent des images de foules tirées de nombreux documentaires de l’Office national du film. Beaulieu explique avoir visionné presque tous les films disponibles à l’ONF pour en extraire les images d’archives retenues pour son documentaire et que nous avons trouvées bouleversantes. Défricheurs, draveurs, laboureurs, travailleurs d’usine, manifestants, et participants aux grands rassemblements politiques… l’histoire du Québec en construction, puis, en ébullition défile sous nos yeux. C’est donc un double hommage qui est rendu : à Miron d’abord, mais aussi à ces hommes et femmes qui ont bâti le Québec.

En s’attardant au peuple canadien-français puis québécois dans sa lutte pour la survivance et l’émancipation nationale plutôt que sur la vie de Miron, Beaulieu affirme avoir voulu rester fidèle au poète dont l’œuvre est écrite au « nous ». Ainsi, le réalisateur veut montrer que la littérature et la poésie de Miron portait en elle-même toute l’histoire du Québec.

Le réalisateur a fait une sélection judicieuse des lectures de poèmes. Pensons notamment à l’interprétation solennelle de « Compagnons des Amériques » qui résonne tel un appel à la résistance, un ton plus juste que l’adaptation en chanson faite par Richard Séguin dans le cadre des Douze hommes rapaillés dont la mélodie et les arrangements ne servent pas le texte.

Au visionnement du film, deux sentiments nous assaillent sans jamais nous quitter : une infinie tristesse, celle du poète, du peuple qui « n’en finit jamais de ne pas naître » jusqu’à devenir insoutenable pour nous, spectateurs. Cette « vie agonique » que combat Miron par son art et sa poésie afin d’inscrire l’histoire du Québec dans la durée plutôt que la mort. Beaulieu résume l’engagement de Miron en le citant : « J’affirme que ma différence au monde c’est ma culture et cette culture est un enrichissement au patrimoine universel ».
Et l’autre sentiment, la solitude, celle que Miron a cherché à vaincre toute sa vie dans son infatigable quête amoureuse est très habilement représentée par un couple dansant en silence de manière mécanique, presque déshumanisée.

Faire vivre la culture québécoise
Ouvertement engagé, Beaulieu prend parti en faveur de l’indépendance du Québec. simon-beaulieuPour expliquer ses convictions, il cite Gaston Miron de mémoire : « Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas une expression politique qui nous informe au monde et dans le monde on va être en deçà de la réalité et on ne pourra pas se réaliser pleinement et autant individuellement et collectivement ». Pour réussir, le projet d’indépendance doit être enthousiaste et positif. Et selon lui, la meilleure manière d’y arriver est de faire la promotion de l’histoire et de la culture québécoises. Il faut collectivement savoir qui nous sommes et en être fiers pour inciter les derniers arrivés à dire « nous » et faire leur la culture québécoise.

À travers ses films sur Gérald Godin et Gaston Miron, Simon Beaulieu souhaite donc transmettre une mémoire, notamment celle de la lutte pour l’émancipation nationale, mais aussi, mener une réflexion sur l’avenir de la culture québécoise qu’il sent menacée. Grâce à la poésie exceptionnelle de Miron ainsi qu’aux cinéastes à qui il rend hommage dans son film, le réalisateur veut montrer à quel point notre culture peut être grande et nous distingue des autres cultures nationales.

À la sortie du film, nous sommes tenaillés par le même sentiment d’urgence que Miron: celui qu’il faille combattre coûte que coûte l’acculturation des Québécois pour ne pas disparaître.

Simon Beaulieu est un cinéaste de grand talent qui traite avec érudition, intelligence et pertinence de ses sujets. Son œuvre cinématographique constitue une référence incontournable et essentielle pour comprendre l’histoire récente du Québec. Sans hésitation, Miron : un homme revenu d’en dehors du monde est un hommage à la hauteur du poète.

 

_____

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédits André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédits André Chevrier

Mouvement féministe cherche pertinence

Publié le Mis à jour le

(Texte publié le 8 mars 2014 sur le site Plateau arts et culture)

En cette Journée internationale de la femme, je me permets de déroger de nos thèmes habituels qui touchent de façon spécifique la culture québécoise pour faire un bilan plus large sur le vouloir vivre-ensemble en proposant une réflexion bien personnelle sur l’état du mouvement féministe québécois à l’heure où il est beaucoup question du principe d’égalité entre les hommes et les femmes

D’entrée de jeu, jusqu’à tout récemment, je ne m’étais jamais sentie féministe puisque je ne me reconnaissais pas dans le discours et les causes portées par les leaders de ce mouvement en déshérence. Cependant, ces dernières années, la question des accommodements religieux et bien entendu, le débat sur la Charte des valeurs m’ont fait prendre conscience que je portais en moi un certain féminisme.

À titre de jeune femme issue de la génération Y, je n’ai pas connu et vécu d’injustice systémique. Je n’ai pas eu à me battre pour obtenir le droit de vote, non plus que pour accéder à un emploi ou une profession. La loi me reconnaît l’égale des hommes. Depuis une douzaine d’années, j’évolue dans le milieu politique, traditionnellement réservé aux hommes et je n’ai jamais senti de plafond de verre. Je sens que toutes les portes me sont ouvertes et que seul le talent nous porte ou nous freine. Bref, malgré les nombreux défauts de mon époque, je me trouve chanceuse.

Je suis opposée à toute forme de discrimination positive et aux quotas qui alimentent le sentiment d’infériorité. Je trouverais insultant de me faire offrir un poste simplement parce que je suis une femme. Cela signifierait que sans ce quota, on ne m’aurait sans doute pas offert l’emploi en question. À mon avis, l’égalité, la vraie, est celle qui ne tient compte que des critères d’excellence et de compétence sans égard au sexe ou à l’origine ethnique.

Dans notre société occidentale, je trouve que l’immense majorité des luttes que les femmes devaient mener ont été gagnées. Je suis reconnaissante envers ces féministes qui ont porté le flambeau pour permettre à ma génération et celles qui suivront de vivre dans une société où il fait bon être une femme. Par contre, je suis consciente que ces acquis sont fragiles et qu’il faut assurer un devoir de vigilance face à la multiplication des demandes faites au nom des principes religieux. La question des accommodements religieux, qui pour la grande majorité sont discriminatoires envers les femmes, a fait naître en moi un sentiment féministe qui s’est cristallisé avec le débat sur la Charte des valeurs. Je pense bien sûr au port du voile – du hijab à la burqa, – aux heures de baignades réservées exclusivement aux femmes et aux fenêtres givrées du YMCA. Voilà pourquoi je me reconnais dans le discours des Janette qui rappellent l’importance du devoir de vigilance face aux droits que les femmes ont gagné de hautes luttes.

Je vois une forme de mépris envers les luttes menées par les femmes des générations qui m’ont précédées devant le consentement aux demandes d’accommodements religieux faites au nom de l’ouverture à l’autre. Nous n’avons pas à accepter l’inacceptable pour ne pas déplaire. À ce sujet, je cite de mémoire les sages paroles de la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pépin, lors de son passage remarqué sur le plateau de Tout le monde en parle : « Au moment de l’Apartheid, nous sommes allés aux Nations Unies pour dénoncer la ségrégation raciale et maintenant, au nom de la liberté religieuse, on accepterait la ségrégation sexuelle? » Voilà qui est dit.

Le mouvement féministe en crise

À mon avis, la parole féministe est actuellement confisquée par deux courants qui le minent et qui nuit à sa pertinence. D’abord, celui porté par la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Le mouvement féministe est en crise depuis plusieurs années et le débat sur la Charte des valeurs n’a fait que jeter un éclairage cru sur son dysfonctionnement. Pensons à l’implosion de la FFQ suite à la tentative de ses dirigeantes de museler certaines militantes qui s’étaient prononcées contre le port du voile, contrairement à la position officielle de l’organisation.

Nul besoin de préciser à quel point cette position en faveur du port du voile est hautement paradoxale de la part de ces leaders féministes. Dans les faits, au courant des dernières années, on a assisté à une mutation des revendications féministes au nom du multiculturalisme. Pour résumer : la lutte pour l’égalité des sexes a fait place à celle des minorités contre la majorité qui les opprimeraient. Ce renversement des préoccupations a fait naître un discours peu convaincant sur les conséquences de l’interdiction du port des signes religieux pour les femmes qui refuseraient de se soumettre aux règles prescrites par la Charte des valeurs. Ces militantes préfèrent encourager le port de signes de soumission manifestes plutôt que d’investir leur temps et leurs énergies à accompagner ces femmes immigrantes dans une démarche d’acceptation de leurs droits dans notre société libérale.

Ces féministes associées à la FFQ ne sont pas à un paradoxe près. Elles cautionnent sans mal des symboles et des comportements qui assujettissent les femmes aux hommes au nom de principes religieux tout en dénonçant avec véhémence la place des femmes à l’intérieur de l’Église catholique.

Voilà l’une des raisons qui explique pourquoi la FFQ s’est marginalisée au fil du temps pour ne devenir qu’un lobby ne représentant qu’une infime frange des femmes québécoises. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup connaître l’état du membrariat de l’organisation que j’imagine sans mal être en chute libre depuis belle lurette.

Un autre courant tout aussi néfaste pour l’avenir du mouvement féministe est dominant dans l’espace public. Il s’agit d’un discours victimaire qui présente les femmes comme ayant besoin d’une protection constante contre toutes les agressions engendrées par le système patriarcal dans lequel nous vivons et qui semble étranger au réel. Par exemple, elles dénoncent la discrimination systémique dans le monde du travail et en appelle à la parité homme-femme à l’Assemblée nationale. Quand on leur soumet que beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’élection de Claire Kirkland-Casgrain, première femme élue au Québec et que le chef de l’État québécois est une femme, elles rétorquent qu’il faut imposer une plus grande présence féminine.

Je pense aussi à certaines féministes qui dénoncent la «  culture du viol » qui banaliserait l’agression sexuelle et même, l’encouragerait. Cette idée que notre société avalise le viol est proprement révoltante. Nul besoin de rappeler que nous vivons dans une société où heureusement, toutes formes d’agressions sexuelles sont fortement dénoncées et sévèrement punies. D’ailleurs, tant  à la maison qu’à l’école, on apprend très tôt aux enfants à reconnaître les bons des mauvais gestes d’affection. Parfois même jusqu’à l’excès comme en témoigne cette triste histoire d’un commerçant accusé à tort de pédophilie rapportée par l’excellent Pierre Foglia dans La Presse des dernières semaines.

Retrouver sa pertinence

Quoi faire pour que le mouvement féministe retrouve sa pertinence?  D’abord, prendre acte des combats qui ont été menés avec succès au courant du dernier siècle pour être capable de s’attaquer à des causes urgentes qui touchent les femmes immigrantes.

Les femmes québécoises qui, comme moi, jouissent de toutes les libertés qu’offre la société occidentale libérale ont le devoir de s’assurer que toutes les femmes qui composent notre société puissent exercer ces mêmes droits. « L’affaire Shafia » nous a montré que des femmes vivant au Québec sont maltraitées et tenues dans l’isolement sans que nous puissions intervenir. Nous avons le devoir de s’assurer que les femmes issues de communautés où les droits des femmes ne sont pas aussi avancés que les nôtres jouissent d’un environnement tout aussi sécuritaire que le nôtre et où la violence et l’intimidation ne sont pas tolérées. Cette pédagogie des droits des femmes auprès des communautés immigrantes devrait être une priorité pour les militantes féministes pour faire œuvre utile et ainsi retrouver sa pertinence.

_____

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédits André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédits André Chevrier