Ouverture de la 14e édition du festival Jamais LU!

Publié le Mis à jour le

Rencontre Marcelle Dubois, fondatrice

Par Marco Fortier

Jamais_lu_72dpiDu 1er au 9 mai prochain se tiendra l’édition 2015 du Festival Jamais LU, formidable évènement permettant la rencontre du public et passionnés de théâtre avec des auteurs qui présentent leurs textes tout juste achevés.

À l’occasion de la conférence de presse du dévoilement de la programmation qui s’est récemment tenue au Théâtre aux Écuries, je me suis entretenu avec madame Marcelle Dubois, fondatrice, mais aussi directrice générale et artistique du Festival du Jamais LU. Toujours radieuse, Marcelle Dubois est passionnée par son travail et intarissable sur le sujet. Elle vient tout juste de se voir décerner le Prix Sentinelle 2015 par le Conseil québécois du théâtre, qui souligne le travail de membres d’équipe de gestion et d’administration de théâtres pour leur contribution à l’épanouissement de la dramaturgie québécoise.

MF : D’abord, toutes mes félicitations! Qu’est-ce que ce prix représente pour toi ?

MD : Ce prix reconnaît le développement exponentiel des activités du Festival du Jamais LU au cours des dernières années. Ce qui me touche personnellement c’est de penser qu’en 14 ans on a pu faire émerger la place de l’auteur dans le milieu culturel. Sa parole est davantage reconnue comme un acte fondateur d’une communication avec le public.

MF : Pour le bénéfice de nos lecteurs, raconte-nous ton parcours professionnel et ce qui t’a amené à faire du théâtre.

MD : Je suis originaire du Témiscamingue. J’avais autour de 13 ans quand je suis arrivée à Montréal. J’ai fait un certificat à l’UQAM en création littéraire et j’ai beaucoup aimé  les cours sur la recherche, la réflexion et la psychologie de la création. J’ai réalisé que je voulais écrire, bâtir des univers et des espaces de prise de parole. En 2000, j’ai fondé ma compagnie Porteuses d’aromates. J’ai écrit et mis en scène mon premier texte « En vie de femmes » en 2001. C’était pour moi, une production école, avec toute la fraicheur d’un premier texte et tous les défauts associés à l’apprentissage.

Marcelle Dubois Source et crédit photo: Emmanuelle Lussiez
Marcelle Dubois
Source et crédit photo: Emmanuelle Lussiez

MF : Dans quel contexte est né le Festival du Jamais LU?

MD : À ce moment là, je travaillais comme serveuse au Café l’Aparté situé juste en face de l’École Nationale de Théâtre. C’était le repère des Falardeau, Luc Picard, Les Zapartistes, et Le Théâtre de la Pire Espèce. C’était un tel vivier, tellement électrisant. On y a créé le premier Festival du Jamais LU, il y a 14 ans.

MF : Comment le Festival du Jamais LU a évolué au fil des ans ?

MD : Le festival est né d’un désir de s’entendre entre auteurs et de se faire entendre auprès des professionnels et des institutions. Il y a 15 ans, il n’y avait pas beaucoup d’ouverture envers les artistes de la relève. Il a donc fallu prendre notre place. Aujourd’hui, le festival demeure une vitrine pour les auteurs. On travaille toujours avec la jeune génération, on cherche à découvrir de nouveaux talents et on prend des risques. Avec le temps, c’est aussi devenu un échange avec les personnes qui s’intéressent de plus en plus à notre événement et à l’art littéraire théâtral. C’est une façon unique de développer un lien privilégié et direct entre l’auteur et le public.

MF : Pourquoi, depuis trois ans, demander à un artiste différent d’assumer avec toi la direction artistique du festival?

MD : C’est venu d’une nécessité, car, en 2012, j’ai dû prendre un congé de maternité pour donner naissance à un garçon en avril, à peine un mois avant le début du onzième festival. J’ai donc invité Jean-François Nadeau à se joindre à moi en septembre et à contribuer dès le départ. C’était agréable de faire côtoyer des visions complémentaires. Même si je continue d’établir la ligne directrice, j’aime bien me faire provoquer ou lancer des défis qui m’amènent plus loin que si j’y étais allée toute seule. J’avais aussi envie d’agir comme incubateur de direction artistique et d’offrir des opportunités à des gens qui ont le talent requis pour le faire.

Cette année, je travaille avec Justin Laramée. En plus d’être un auteur que j’aime bien, et une personne passionnée qui a une vision, il assure la direction éditoriale de la nouvelle collection Pièces d’Atelier 10. Nous avons une appartenance d’esprit avec Atelier 10 et j’avais le goût de m’associer avec eux.

MF : La programmation 2015 est très intéressante. Veux-tu nous en dire quelques mots ?

MD : La ligne éditoriale est S’appartenir. Quand on prépare la programmation, on n’essaie pas de faire coller des textes à une thématique prédéterminée. On choisit d’abord les coups de cœur, parmi les 200 et plus propositions que nous avons reçues cette année, et on en déduit une thématique qui les unit. C’est fascinant de voir à quel point les auteurs sont des porte-paroles de l’air du temps. Le thème s’appartenir s’est imposé de lui-même car il était au centre de tous les projets qui nous avaient parlé. Les histoires sont différentes, les styles d’écriture sont multiples, mais la préoccupation d’appartenance, que ce soit comme individu, comme communauté, comme société, comme culture, elle est clairement présente. Par exemple, Le repeuplement des racines familiales est un texte assez acide de Maxime Carbonneau. Sans être engagé au sens premier du terme, il touche clairement à la notion d’appartenance. Une famille demande à un voisin de venir jouer le personnage d’un des leurs, un différent chaque jour, et évalue s’il est meilleur qu’eux dans leur propre rôle. Ça traduit bien l’importance du paraître dans notre société en opposition avec qui nous sommes en réalité.

Les auteurs qui participent à l'édition 2015 du festival. Source : Emmanuelle Lussiez Crédit photo : David Ospina
Les auteurs qui participent à l’édition 2015 du festival.
Source : Emmanuelle Lussiez
Crédit photo : David Ospina

Aussi, Comment frencher un fonctionnaire sans le fatiguer d’un collectif d’auteurs (les poids plumes) de l’Outaouais. Ça fait 10 ans qu’on invite des écrivains franco-canadiens au festival. Au début, on les cherchait. Maintenant on sent une nouvelle génération poindre, un regain de culture francophone dans ces régions, une affirmation forte et animée.

On accueille aussi une auteure française, Natalie Filion, qui viendra nous présenter son texte Spirit, qui est un dialogue intemporel entre des jeunes femmes contemporaines, colorées et pétillantes à Paris, et des fantômes des maîtresses de Lénine alors qu’il était en exil en France. Elles vont parler de la place des femmes dans l’histoire et des ambitions des femmes de notre génération.

MF : Que peux-tu nous dire sur ton plus récent projet, Habiter les terres, qui sera présenté dans le cadre du festival?

MD : C’est un texte sur lequel je travaille depuis trois ans avec le Théâtre du Tandem à Rouyn-Noranda, où je suis allée faire une résidence de création. J’avais envie de faire un travail anthropologique et d’aller voir les gens que je continue d’appeler les miens même si ça fait longtemps que je vis à Montréal. J’ai l’impression que mon ADN, mon imaginaire, sont modelés par ces gens là, ces paysages impossibles, cette ruralité très rude et en même temps magnifique. Quels sont les enjeux actuels de ceux qui décident d’y rester? J’y ai découvert des gens qui font vivre le mot pays au quotidien, des personnes qui ont été envoyées là, il y a 80-90 ans, c’est une région toute jeune. Plusieurs sont de vrais résistants, car ils sont constamment menacés de la fermeture de leur village, de la route qui les relie aux communautés voisines.

En utilisant la magie de l’écriture qui vient combler les trous de la réalité, j’ai écrit comme une fable où les gens pour se faire entendre vont kidnapper un ministre. C’est une pièce sur la ruralité mais aussi beaucoup sur les contre-pouvoirs. La question est très d’actualité avec ce qu’on voit au téléjournal ces temps-ci. Jusqu’où peut-on perturber l’ordre social pour faire entendre une cause noble ? Et à partir de quel moment on devient des terroristes et que notre fin n’est plus juste parce que nos actions ont dépassé les limites acceptées de l’ordre social ? Comment on arrive à se faire entendre pour vrai comme citoyen face au pouvoir ?

MF : Merci et bon festival !

Pour en savoir plus sur la programmation, visitez le site officiel du festival.

 

Marco Fortier

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