Klô Pelgag: portrait d’une artiste libre

Publié le Mis à jour le

Crédit: Benoit Paillé
Crédit: Benoit Paillé

Depuis le Gala de l’ADISQ qui s’est déroulé le 26 octobre dernier, le nom de Klô Pelgag est sur toutes les lèvres. Sacrée « Révélation de l’année », un titre amplement mérité, la jeune auteure-compositrice-interprète de 24 ans en a surpris plus d’un au moment de recevoir son Félix. Habitués que nous sommes aux remerciements émotifs de circonstances, une partie de l’audience du gala n’était vraisemblablement pas préparée à aller à la rencontre de cette artiste hors normes. Sitôt ses remerciements colorés par son humour qu’elle-même qualifie d’absurde terminés, les réseaux sociaux et les médias se sont enflammés.

À quelques jours du spectacle qu’elle donnera le 6 novembre prochain en ouverture du festival Coup de cœur francophone, j’ai eu le privilège et le grand bonheur de m’entretenir avec elle. Portrait d’une jeune femme étonnante qui aura tôt fait de bouleverser notre scène musicale.

Artiste multidimensionnelle et surdouée, Klô Pelgag s’intéresse à la danse, au cinéma et au théâtre en plus de la musique. Elle chante et joue du piano avec grande aisance et ses textes à la poésie éclatée sont admirablement bien écrits. À cause de sa personnalité singulière et la totale liberté qu’elle s’autorise, je serais tentée de la comparer à Pierre Lapointe en ce sens qu’elle ne ressemble à personne et qu’elle marquera à coup sûr son milieu et son époque. Et comme Lapointe, elle ne fait pas de compromis sur ce qu’elle est et fait.

Si elle demeure encore inconnue du grand public, Klô Pelgag roule sa bosse depuis quelques années et recueille un succès d’estime de ses pairs et de l’industrie qui ne se dément pas. À l’automne 2013, la sortie de son excellent album L’alchimie des monstres, a été abondamment saluée par la critique. Depuis 2010, son travail et son talent ont été récompensés à de nombreuses reprises. Elle a notamment été lauréate au Festival International de la chanson de Granby (2010); elle a remporté le prix Richard Desjardins au concours Ma Première Place des Arts (2010); récipiendaire du prix Miroir «Célébration de la langue française» au Festival d’été de Québec (2012); lauréate du prix des diffuseurs européens à la bourse RIDEAU 2013, ce qui lui a permis d’entreprendre une carrière florissante en France, nommée Révélation Radio-Canada (2014-2015) et récipiendaire du prix Charles Cros en France (2014).

Originaire de Rivière-Ouelle dans le Bas Saint-Laurent, Chloé Pelletier Gagnon de son vrai nom, explique être très proche de sa famille et ses racines.

KPG : Mes parents vivent dans la maison de nos ancêtres que nous occupons depuis cinq générations. Elle est située face au fleuve et le décor est magique. Je suis une vraiment une fille « de famille ». Nous sommes très proches les uns des autres et nous nous apportons mutuellement beaucoup de soutien. D’ailleurs, mon frère Mathieu travaille avec moi. En plus de m’aider à réaliser les arrangements de l’album, c’est lui qui m’a incitée à faire de la musique.

MDA : Comment te sens-tu depuis le gala de l’ADISQ?

KPG : Je ressens un mélange d’émotions. Je suis à la fois heureuse et fatiguée. Depuis le gala, j’ai reçu beaucoup de beaux messages. J’ai trouvé drôle la forte réaction de certains suite à mon discours prononcé à l’ADISQ. Une chance qu’ils ne viennent pas voir mon spectacle! Ils seraient traumatisés! Par contre, je ne m’en fais pas trop pour les réactions négatives. Certains ne comprennent pas l’humour de deuxième degré. Toutes les personnes que j’admire ne sont pas des gens qui ont fait l’unanimité. Par exemple, de son vivant, Claude Gauvreau, un grand poète québécois, se faisait traiter de fou et huer dans les salles. Depuis son décès, son travail est porté aux nues.

Crédit: Benoit Paillé
Crédit: Benoit Paillé

MDA : Comment composes-tu avec ton image et le regard que portent les gens sur toi?

KPG : Je pense que nous sommes toujours conscients du regard des autres. Parfois, je trouve ça difficile mais j’assume mes idées, qui je suis et ce que je fais. On essaye tous de devenir des meilleurs humains et de s’améliorer. Quand on prend conscience de qui on est, c’est beaucoup plus facile de passer à une autre étape dans sa propre vie. Je suis consciente du regard que posent les gens sur moi. J’aime faire rire les gens et ce n’est pas tout le monde qui apprécie mon humour.

MDA : Quelle est la contribution que tu souhaites apporter à la scène artistique québécoise?

KPG : J’espère de tout mon cœur être pertinente et amener la liberté. Les gens sont beaucoup préoccupés par ce qu’on peut penser d’eux et pour cette raison, ils se contrôlent et se censurent. J’espère aussi apporter un peu de poésie et l’amour des mots. J’aime beaucoup notre langue et je suis fière de m’exprimer en français. Certains artistes me rendent fiers de parler ma langue et je trouve que c’est un beau rôle à jouer, un bel objectif à se donner.

MDA : Quels sont les artistes qui t’inspirent et t’influencent?

KPG : J’aime beaucoup Socalled. C’est un artiste multidisciplinaire de la scène anglophone de Montréal. Il est à la fois marionnettiste, rappeur et pianiste de grand talent. Son spectacle est l’un des plus surprenants que j’ai vus. Aussi, l’Orchestre d’hommes-orchestres. Cette troupe est formée de gens de Québec qui possèdent une formation en musique et en théâtre. Ils sont peu connus mais tournent partout à travers le monde. Ils font des spectacles conceptuels vraiment intéressants puisqu’ils utilisent le théâtre comme effet musical. Celui que j’ai vu s’intitulait L’Orchestre d’hommes-orchestres joue à Tom Waits. J’aime aussi beaucoup Violett Pi.

MDA : Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de chanter en français?

KPG : Jean Leloup et Gilles Vigneault me rendent fière de ma langue. Chaque fois que Gilles Vigneault chante ou prend la parole, j’ai envie de lever mon poing dans les airs et crier : « Je suis Québécoise et j’en suis fière! » Gilles Vigneault est solide et toujours de son temps et c’est assez rare d’y parvenir comme il le fait.

MDA : Comment t’est venue l’envie de faire de la musique?

KPG : J’ai longtemps eu le sentiment que je n’étais pas au bon endroit, que je n’étais pas à ma place. J’avais 16 ans lors que j’ai composé ma première chanson et depuis lors, je ne doute plus de ce que j’aime. C’est à ce moment que j’ai compris que la musique pouvait agir tel un remède et faire du bien aux gens ainsi qu’à moi-même. J’ai réalisé que les notes pouvaient résonner comme un médicament et depuis, je n’ai jamais arrêté de faire de la musique.

MDA : D’ailleurs, en lisant tes textes, j’ai remarqué que la maladie et la mort sont des thèmes récurrents de tes chansons. Pourquoi est-ce le cas?

KPG : Comme tout le monde, j’ai été confrontée à la maladie parce que des gens de mon entourage ont été touchés. La mort est un sujet tabou. De mon côté, j’aime m’exprimer à ce propos parce que ça me permet notamment de faire des deuils ou simplement de réfléchir à haute voix avec les gens. C’est donc un peu par expérience personnelle, mais aussi parce que ce sont des thèmes universels, qui touchent et portent à la réflexion.

Aussi, pour la chanson Rayon X qui se retrouve sur mon album, je venais tout juste de regarder un documentaire sur Marie Curie et j’avais envie d’utiliser des mots de laboratoire. J’y aborde le combat entre la science et la religion sur une ambiance inspirée de Star Wars! Aussi, le texte cache un deuxième propos, grivois celui-là, que peu de gens comprennent.

Pour ma part, je dois me confesser : je n’avais pas du tout saisi le sens caché de la chanson!

MDA : Que réserves-tu à ton public montréalais le 6 novembre prochain?

KPG : Ce sera un spectacle complètement fou où je me payerai la traite. Je ferai des choses qui me font plaisir et qui devraient aussi faire plaisir aux gens qui me connaissent. Je présenterai une nouvelle chanson et des arrangements un peu différents sur celles qui font déjà partie du spectacle. À Montréal, j’ai un public de fidèles qui reviennent souvent me voir et à chaque fois, j’essaie et j’espère toujours les surprendre. Nous avons fait construire un nouveau décor et des musiciens supplémentaires s’ajouteront à mon groupe. J’ai très hâte à cette soirée!

Et nous, donc! Pour voir et entendre Klo Pelgag, rendez-vous le 6 novembre prochain au Club Soda à l’occasion du spectacle d’ouverture du festival Coup de cœur francophone.

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s