Alexandre Désilets : une étoile dans la nuit

Publié le Mis à jour le

Cette semaine, je profite des FrancoFolies pour présenter Alexandre Désilets, un auteur-compositeur-interprète étonnant à la voix unique. À quelques jours de sa prestation, j’ai eu la chance de m’entretenir avec lui au sujet de son dernier album et de sa carrière. Ce fût l’occasion d’une rencontre enrichissante puisque l’artiste offre une véritable réflexion sur son œuvre et son métier de créateur.

Crédit: Caroline Désilets
Crédit: Caroline Désilets

Fils de militaire, Désilets a roulé sa bosse un peu partout au Québec avant de s’installer à Montréal. Il a en effet grandi à Kingston, en Ontario, avant de s’établir en Outaouais. Par la suite, il a déménagé ses pénates dans la Vieille Capitale pour y poursuivre ses études postsecondaires. Après un détour par le Portugal, il a posé ses valises pour de bon dans la métropole québécoise.

C’est avec l’album de reprises enregistrées pour la 2e saison de la série Les Rescapés diffusée sur Radio-Canada que j’ai découvert Alexandre Désilets qui interprète magnifiquement La fin des étoiles du groupe français Niagara. À l’époque, j’avais été touchée par sa voix inclassable, d’une grande sensibilité, qui ne se compare à nulle autre, tant par sa richesse mais aussi, par les émotions qu’elle est capable de porter.

À son tour, son album La garde (2010)  aux sonorités indies rock m’avait charmée et pour sa part, Fancy Ghetto (2014), à la pop joyeuse et plus franche que le précédent, m’a solidement accrochée. À tel point que je l’écoute souvent, très souvent, même, puisqu’il est l’un de mes plus fidèles compagnons de course en ce début de la belle saison. Pour n’en nommer que quelques unes, mes chansons préférées sont Perle rare, Bats-toi mon cœur, Au diable, et bien sûr, Renégat  le premier extrait diffusé à la radio au cours du printemps dernier. Il s’agit d’un de ces trop rares albums qu’on écoute d’un bout à l’autre sans jamais se lasser. Chacune des pièces est réussie et passera sans aucun doute l’épreuve du temps.

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MDA : Comment en êtes-vous arrivé à faire de la musique?

Alexandre Désilets: « J’ai commencé très tôt à chanter, autour de 5-6 ans. Par contre, je ne pensais pas en faire carrière avant l’âge adulte puisqu’au cégep, j’ai complété une formation en sciences pures pour ensuite étudier en agronomie à l’Université Laval.

Par la suite, j’avais trop la piqûre et je me suis inscrit à Concordia dans un programme de musique. Je dois préciser que pendant plusieurs années, j’ai perfectionné ma technique de chant par moi-même. Je chante tout le temps et j’ai fait beaucoup d’analyse et de recherche par moi-même. Je suis un autodidacte. D’ailleurs, l’enregistrement de mon premier disque Funami- Vocophilia (2005), réalisé au Portugal a été une expérience très formatrice. Aucun instrument n’a été utilisé pour enregistrer les chansons. Ma voix fait tout le travail ! J’ai chanté les guitares, les basses. Ce projet que je mûrissais depuis la fin des années 1990 fut tout un défi à réaliser ! ».

 

MDA : Avec Fancy ghetto, on se sent dans un univers assez différent de La garde. Est-ce que vous avez volontairement choisi de faire un album plus « pop » et plus joyeux que le précédent?

Alexandre Désilets : « En fait, je planifie mon travail sur le long terme, et non un album à la fois. Je pourrais dire que ma signature mélodique est en constante évolution. La garde allait servir de transition me permettant d’aller dans la direction que j’ai choisie. Ainsi, chaque disque est un chapitre de ma vie, dans mon cheminement de création. Escalader l’ivresse (2008) était important pour montrer aux gens le type de mélodies que je peux réaliser puisque les chansons sont plutôt complexes.  Je suis très fier des textes sur lesquels j’avais bossé très fort. Pour sa part, La garde est à mi-chemin entre les deux albums pour être capable d’atterrir en douceur avec la pop colorée de Fancy ghetto.

J’ai toujours aimé la pop et j’en écoute constamment. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, faire de la bonne pop, qui soit efficace, ce n’est pas facile. Tout est une question de rythme, partant du même principe que la comédie à la télé ou au cinéma. Aussi,  il faut être clair et concis. Si ça ne fonctionne pas, on ne peut pas mettre la faute sur le dos de la démarche artistique en se disant que les gens n’ont pas compris ».

MDA : Comment décririez-vous l’univers de Fancy ghetto?

Alexandre Désilets : « On dit de mon nouvel album qu’il est plus électro. Pourtant, nous n’avons pas créé de sons à partir d’ordinateurs. La facture des chansons est très moderne mais nous avons joué tous les instruments. La guitare électrique d’Olivier Langevin sonne comme un synthétiseur. De plus, certains solos de guitare sont en fait créés à partir ma voix que nous avons trafiquée par des effets de distorsion. Toute mon équipe de musiciens sont très fiers de cet album parce qu’ils y ont mis toutes leurs énergies.

À l’image du cinéaste ne veut jamais réaliser le même film, je me pose le même défi. C’est l’un des objectifs de ma démarche artistique. Les textes des chansons portent sur la nuit et le nightlife. Je dois souligner l’excellent travail de Mathieu Leclerc (qui a notamment collaboré avec Cœur de pirate, Jean Leloup, Bran Van et Pascale Picard) qui a coécrit l’ensemble des textes et a participé à l’élaboration des thèmes de l’album.

J’avais envie de faire des chansons qui allaient faire bouger les gens et me permettre de m’éclater sur scène. Je ne voulais pas d’un album intellectuel comme Escalader l’ivresse  dont les atmosphères étaient très planantes. À mon avis, il en résulte un album plus groundé, soit des textes plus clairs et moins éthérés que les autres. Les chansons racontent le goût du risque et l’urgence de la nuit. Nous les avons enregistrées dans cette ambiance, en une seule prise. Tout se passe avant le last call, ou entre un coucher et lever de de soleil.

Finalement, je m’implique dans toutes les étapes de réalisation, de l’écriture des textes, à la réalisation de l’album et même, des vidéoclips. J’écris les synopsis et participe étroitement à la mise en scène. Je suis très choyé parce que les gens chez Indica Records me font totalement confiance ».

 

Quels sont les artistes qui vous inspirent le plus?

Alexandre Désilets : « J’écoute plusieurs genre de musique, peu importe les styles. J’essaye de trouver ce qu’il y a de bon un peu partout. Pour cet album, j’ai beaucoup puisé dans la pop pour comprendre ce qui fait qu’une chanson est bonne ou non. La plupart du temps, je me branche sur Songza pour effectuer de la recherche. Durant la préparation de Fancy ghetto, je cherchais des sonorités très rythmiques tels que le R & B, le soul et la musique africaine pour les adapter à mon rock alternatif. Par exemple, j’aime beaucoup Foster the people, Vampire Weekend, Portugal the man. Parmi les artistes moins récents, je me suis inspiré de Talking Heads et Peter Gabriel, véritables pionniers du rock alternatif qui ont su marier leur musique à des rythmes africains.

Sinon, je pense au dernier disque d’Arcade Fire, Reflektor, dont le résultat est proche du reggae. Avec François Lafontaine, qui a coréalisé mon dernier album, nous avons choisi une démarche similaire à celle du groupe montréalais.

 

Les artistes québécois dans l’IPod d’Alexandre

Alexandre Désilets : « Même s’il n’a plus besoin de présentation, j’apprécie beaucoup la démarche de Louis-Jean Cormier. J’aime beaucoup son état d’esprit, son attitude positive et sa façon de travailler.

Je trouve aussi Jimmy Hunt très inspirant. Avec Maladie d’amour, il a pris certains risques en sortant de sa zone de confort et en proposant des chansons moins planantes que sur son précédent disque. J’ai vu son spectacle qui est fort réussi.

Sinon, Klô Pelgag est franchement intéressante. Sa musique expérimentale est à la fois éclatée et pleine d’humour.

Finalement, Serge Fiori est un incontournable. Au secondaire, j’ai beaucoup écouté les chansons d’Harmonium et quand je les réécoute aujourd’hui, je suis plongé dans une grande mélancolie. Elles sont associées à une époque et aux souvenirs qui l’accompagnent.  Durant les répétitions des Fioritudes, je me suis rendu compte à quel point l’influence de Fiori a été grande sur mon travail, tant dans les formes, les structures et les mélodies de mes chansons. Aussi, je n’ai réalisé que tout récemment à quel point le timbre de nos voix est semblable. Je suis donc très heureux de lui rendre hommage, de lui prêter ma voix pour faire la promotion de ses chansons ».

D’ailleurs, Alexandre Désilets a brillé durant le spectacle hommage à Fiori en montrant que sa voix peut porter avec panache les chansons de la légende. Jeudi soir prochain, ce sera à son tour de monter sur scène pour offrir aux Montréalais un spectacle qui risque d’être marquant. Il me tarde d’y être.

 

2 réflexions sur “Alexandre Désilets : une étoile dans la nuit

    […] Au Québec, je pense à deux artistes que j’aime beaucoup et qui sont formidables. Alexandre Désilets qui est heureusement plus connu qu’avant mais il est resté trop longtemps dans l’ombre. Ça […]

    […] Je l’écrivais en juin dernier : nous sommes en face d’un artiste très talentueux à tous les plans et sa prestation d’hier soir n’a fait que renforcer cette évidence. Sa voix est riche et puissante, en plus d’être tout à fait unique. Ses chansons sont efficaces et bien tournées et donnent envie de les chanter avec lui. Sur scène, son bonheur est palpable. Il ne s’économise pas un instant sans que sa voix ne flanche. C’est donc dire qu’il a du coffre. Ajoutons aussi que ses talents de danseur hérités d’une carrière passée n’est rien pour gâcher la sauce, surtout pour son public féminin! […]

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