Exposition au Musée Mc Cord – « Le Québec de Charlebois à Arcade Fire » (Du 30 mai au 13 octobre 2014)
« Tantôt elle adoucit les mœurs en sourdine, tantôt elle est le véhicule d’une contestation en fanfare: la chanson témoigne des émotions d’un peuple, elle euphorise, elle flatte l’oreille et berce nos souvenirs. Découvrez comment s’est orchestrée l’évolution de la culture québécoise au fil du temps, à travers la musique.
L’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, présentée par Radio-Canada en collaboration avec le Lait, invite les visiteurs à découvrir comment des artistes de la scène musicale sont devenus, volontairement ou non, les porte-étendards de multiples revendications et les déclencheurs de passions populaires, par l’entremise de leurs chansons, costumes et spectacles, ainsi que les représentants de différentes époques et les ambassadeurs de divers genres musicaux.
Des années 1960 à aujourd’hui, des chansonniers aux rappeurs, du rock à la musique du monde en passant par le yéyé et le disco, les artistes participent à l’affirmation des peuples et des groupes sociaux.
De Beau Dommage à Ariane Moffatt, de Louise Forestier à Loco Locass, immergez-vous dans la trame sonore du Québec, plongez au cœur de l’univers d’artistes marquants et laissez surgir l’émotion en découvrant une sélection d’artefacts liés à de nombreuses figures musicales qui ont écrit l’histoire d’ici. »
Source: Musée Mc Cord
Francofolies de Montréal (12 au 22 juin 2014)
Francofolies de Montréal (12 au 22 juin 2014)
- Louis-Jean Cormier (spectacle d’ouverture) –12 juin 2014, 17h
- Hôtel Morphée – 15 juin, 20h
- Alex Nevsky– 15 juin 2014, 23h59
- Karim Ouellet – 16 juin 2014, 21h
- Peter Peter – 18 juin 2014, 20h
- Pierre Lapointe – 18 juin 2014, 21h
- Alexandre Désilets– 19 juin 2014, 20h
- David Giguère – 20 juin 2014, 20h
- La symphonie rapaillée (spectacle de clôture) – 22 juin 2014, 21h
Salomé Leclerc: deux nouvelles chansons en attendant la suite
Ces jours-ci, Salomé Leclerc propose deux nouvelles chansons pour nous faire patienter d’ici la sortie de 27 fois l’aurore, son 2e album annoncé le 23 septembre prochain. Elle a gentiment accepté de nous accorder une entrevue pour nous entretenir de ce disque à paraître et de sa démarche artistique.

Crédit photo: Facebook
Les attentes sont grandes puisque son premier album Sous les arbres, paru en 2011, était de ces rares albums achevés à tous les volets, tant pour les mélodies, les voix, textes que pour les arrangements originaux et efficaces. Par les atmosphères enveloppantes qu’elle a su créer, les chansons de Salomé Leclerc nous happent dès la première écoute.
Diplômée de l’École nationale de la chanson de Granby, l’artiste native de Saint-Françoise-de-Lotbinière, petit village situé dans le Centre-du Québec a été découverte en 2009. Elle a tour à tour été primée au concours Ma première place des arts où le prestigieux prix de la Chanson de l’année lui a été décerné, puis, la même année, elle a été récompensée au Festival international de la chanson de Granby.
Salomé Leclerc possède tous les talents : multi-instrumentiste, elle joue batterie, guitare et piano. Elle compose tous les textes de ses chansons et assure une grande partie des arrangements. Sa voix est riche, rauque et fragile tout à la fois et nous envoûte à coup sûr. Si on se risque au jeu des comparaisons, on y trouve une certaine parenté avec la voix de Feist.
Plusieurs chansons valent le détour sur le premier album, et mes préférées sont
« Partir ensemble »
« Sous les arbres »
Et ma préférée: Tourne encore
Un 2e album plus « électro »
Pour la réalisation de 27 fois l’aurore, Salomé Leclerc a judicieusement fait équipe avec Philippe Brault, complice des premières heures de Pierre Lapointe, qui assure la coréalisation. Pour la chanteuse, ce choix semblait tout naturel puisque Brault a fait partie du groupe de musiciens qui l’accompagnaient durant la tournée Sous les arbres. Ensemble, ils jouent la plupart des instruments : elle, les guitares, harmonica et percussions, lui, claviers et arrangements électroniques qui ajoutent une ambiance eighties aux chansons, qu’on remarque plus particulièrement dans Arlon et Vers le sud, les deux chansons proposées ces jours-ci.
Elle est particulièrement fière de cet album qui lui ressemble plus que le premier. « Étant coréalisatrice, j’ai eu davantage mon mot à dire durant toutes les étapes de la réalisation. En ce sens, je le qualifierais de plus personnel. De plus, les chansons et les arrangements collent mieux ensemble et il en résulte des chansons plus abouties et mieux équilibrées. »
Pendant l’enregistrement de l’album, Salomé Leclerc a beaucoup été influencée par le disque Amok d’Atoms for peace, le projet parallèle de Tom York, chanteur de Radiohead. « Ce disque m’a beaucoup accompagnée pendant l’écriture des chansons. Même si je ne joue pas encore beaucoup de claviers, ils me touchent. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de travailler avec Philippe (Brault). En général, les guitares électriques sont très présentes dans mes chansons et pour cet album, je voulais ajouter une touche électro qui rappellent les années 1980. »
En plus d’Atom for peace, d’autres artistes aux accents vintages la nourrissent et l’influencent, soit la chanteuse britannique PJ Harvey le groupe montréalaisBraids et plus particulièrement leur dernier album « Flourish / Perish » sorti en décembre dernier. « Ce disque-là, je l’ai usé à la corde. Les percussions (programmées et les batteries) nous ont beaucoup inspiré pour 27 fois l’aurore. Aussi, quand je suis en période d’écriture, j’écoute beaucoup de chansons en français. L’été dernier, ce fût plus particulièrement les albums Variations fantômes de Philippe B, MA d’Ariane Moffatt[ et Astronomie du groupe Avec pas d’casque.
Arlon, la ville où tout a commencé
Nous avons demandé à Salomé ce que signifie Arlon, le titre d’une des deux chansons parues à la fin du mois d’avril qui figureront sur l’album. « Il s’agit d’une ville en Belgique où nous avons commencé notre tournée européenne en 2013. En après-midi, pendant le test de son, à la basse, Philippe Brault a improvisé un air et je l’ai accompagné pour m’amuser. Sans que je ne le sache, les premiers accords de la chanson venaient d’être composés. De retour à Montréal, nous avons conservé cette séquence présente en ouverture de la chanson ».
Dans l’IPod de Salomé
En terminant, nous avons demandé à Salomé Leclerc quels sont ses artistes préférés du moment. Elle s’est prêtée au jeu et voici sa sélection :
- Alexandre Désilets dont l’album Fancy ghetto est paru en février dernier. Salomé aime particulièrement la chanson Renégat.
- Rookie, l’album solo de Catherine Leduc (chanteuse du duo Tricot machine) dont Salomé apprécie beaucoup les arrangements et l’ambiance.
- Maladie d’amour, le dernier album de Jimmy Hunt qu’elle a beaucoup écouté pendant l’enregistrement du sien.
Pour voir et entendre Salomé Leclerc
En attendant la parution de l’album prévu le 23 septembre prochain, Salomé Leclerc commencera sa tournée le 24 mai à Saint-André-Avellin. Pour connaître toutes les dates, consultez son site officiel : http://salomeleclerc.com/spectacles.php
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
Lorraine Pintal: inspirée et inspirante
(Texte publié sur le site Plateau arts et culture le 29 mars 2014)
Lorsqu’elle a annoncé son intention d’être candidate pour le Parti Québécois dans la circonscription montréalaise de Verdun, j’ai applaudi à la nouvelle. Comédienne, réalisatrice, dramaturge, animatrice et gestionnaire, cette artiste pluridisciplinaire aux multiples talents est une actrice de premier plan pour le développement de la culture au Québec.
À son arrivée en poste à la direction générale du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) il y a maintenant 22 ans, les défis étaient colossaux et l’avenir de l’institution paraissait compromis. La survie du théâtre menacée par la faillite, notamment à cause du désengagement financier de l’État et la désaffection du public, Lorraine Pintal su redresser la situation. Parallèlement à son rôle de gestionnaire, durant toutes ces années, elle s’est assurée de partager son temps entre la gestion du théâtre et la direction artistique, ce qui lui a permis de ne jamais perdre la main en mettant en scène d’innombrables pièces. Aujourd’hui, son théâtre brille sur la scène montréalaise, québécoise et même à l’international.
Gestionnaire compétente et généreuse, elle a récemment accepté de s’impliquer à l’École des Hautes études commerciales (HEC) à titre de mentor afin de guider les étudiants qui souhaitent administrer des organismes culturels. Ce souci de transmettre son savoir et son expérience aux générations qui la suivent l’anime également dans son travail de metteure en scène. Aussi se fait-elle un devoir de bâtir ses distributions théâtrales en assurant une belle place aux jeunes pour leur permettre d’apprendre au contact des acteurs chevronnés. Cette formule insuffle beaucoup de dynamisme à ses productions tout en favorisant le mentorat.
Sa venue en politique est donc une excellente nouvelle pour tout le milieu culturel qui est en profonde mutation ces années-ci. Pensons notamment aux grands défis qui se posent à notre cinéma, aux artistes de la musique, au théâtre pour s’en convaincre. Oui, vraiment, cette artiste gestionnaire donne l’impression de pouvoir déplacer des montagnes.
Crédit: Yves Renaud
Myriam D’Arcy – Pourquoi avez-vous décidé de faire le saut en politique?
Lorraine Pintal : Voilà plusieurs années que je rêve à faire le saut en politique. Dans ma vie de gestionnaire de théâtre, j’ai fait beaucoup de rencontres et de représentations auprès des diverses instances gouvernementales pour défendre le dossier culturel, et notamment pour défendre le caractère particulier du Théâtre du Nouveau Monde. Et donc, frayant dans ces milieux, après 22 ans à la tête d’une institution qui a acquis une grande influence culturelle, à la fois à Montréal et au Québec et on espère outre-frontières, j’ai eu envie de servir davantage de citoyens et de mettre mon expertise au service de la cause culturelle ainsi que pour les gens de Verdun.
Quand on parle de langue, d’économie, de développement social et communautaire… on parle de notre identité. L’identité passe par la culture et par l’expression de notre culture grâce à cette langue française qui est continuellement menacée et qu’il faut tenir à bout de bras. Je suis rendue à une étape de ma vie où j’ai besoin d’élargir mon action communautaire, sociale et politique. J’admire madame Marois et j’adhère à la plateforme de son parti. Je suis une progressiste dans l’âme et je me reconnais dans les valeurs défendues par le Parti Québécois. Je n’ai donc pas pu refuser quand on m’a offert de me porter candidate dans le comté de Verdun.
MDA – Selon vous, comment se porte actuellement la culture québécoise?
Lorraine Pintal : À mon avis, nous sommes un peu trop collés sur notre propre réalité pour nous en apercevoir mais quand des étrangers viennent au Québec, ils sont épatés par notre dynamisme et par la force de nos créateurs. Manifestement, ce n’est pas dans toutes les sociétés qu’il y a autant de vitalité et de diversité de talents. Nos artistes sont plein de ressources et souvent, ils sont à la fois capable de jouer, de chanter, d’animer.
Nous devons être fiers de notre langue, de notre littérature, de nos auteurs, de nos peintres, de nos danseurs, de nos chorégraphes, de notre cinéma qui voyage de mieux en mieux et qui brille sur les grandes scènes comme celles d’Hollywood. C’est ce qui fait notre force première.
Par contre, si la création va bien, nous vivons une crise en ce qui concerne la diffusion de nos œuvres, tant dans les salles que dans les médias. À la télévision et la radio, le temps d’antenne consacré à l’actualité culturelle et à la diffusion de notre musique, notre cinéma fond comme neige au soleil. Cette situation est grave puisque la diffusion constitue le nerf de la guerre en matière de promotion des produits culturels. Voilà pourquoi nous devons par exemple être appuyés par des quotas pour assurer la diffusion de notre culture. Heureusement, nous devons souligner l’émergence de projets porteurs comme « La Fabrique culturelle » la nouvelle plateforme web à vocation régionale mise sur pied par Télé-Québec et qui deviendra peut-être une chaîne de télévision généralisée.
Au cinéma, nous assistons présentement à un mouvement de solidarité des acteurs du milieu et des médias, notamment suite aux sorties de Vincent Guzzo que nous serions presque tentés de remercier! Pour mémoire, il avait déclaré que les Québécois ne souhaitent voir que des films d’action et de suspense.
Ses propos ont permis à tout un milieu de se regrouper autour de la nécessité de diffuser notre cinéma à plus grande échelle. Cette prise de conscience a notamment donné lieu en février 2013 à la mise sur pied d’un groupe de travail présidé par François Macerola, ancien président de la SODEC qui s’est penché sur l’avenir du cinéma québécois, en ce qui concerne le soutien à ses créateurs, son financement, sa diffusion, dans le but d’élaborer une politique du cinéma.
En ce qui concerne l’organisation de la culture, ces dernières années, beaucoup de progrès ont été réalisés dans ce domaine. Nous avons des institutions, des organismes qui reconnaissent l’importance de la culture et qui supportent les artistes émergents. Présentement, nous sommes rendus à un grand tournant où cette culture doit être reconnue par tous et pour y arriver, nous devons travailler à informer le public sur le rôle de l’artiste dans la société.
MDA – Selon vous, quelle est la fonction sociale de l’artiste?
Lorraine Pintal: La plupart du temps, les artistes sont engagés dans leur société et veulent qu’elle progresse. Pour y arriver, ils tentent de la provoquer. Comme ils sont très sensibles, ils peuvent annoncer de grands mouvements, des grands changements ou tout simplement en témoigner. Voilà pourquoi l’art est essentiel au développement d’une société. Voilà aussi pourquoi les décideurs politiques ont la responsabilité d’appuyer les artistes et la diffusion de leurs œuvres de toutes les manières possibles.
MDA – Le 7 avril prochain, si vous êtes élue députée de Verdun et que votre parti est reporté au pouvoir, quel sera votre dossier prioritaire en matière de culture?
Lorraine Pintal : L’indépendance culturelle. Nous dépendons encore du financement fédéral, notamment du Conseil des arts du Canada et avec tout le respect que je dois à cette institution, je pense qu’il faut travailler à rapatrier au Québec les sommes versées par Ottawa en matière de culture afin que nous puissions les administrer par nous-mêmes.
Nous sommes assez adultes, assez fiers pour être en mesure de gérer ce que les citoyens nous donnent en impôts et ce qu’on veut leur redonner en matière de culture.
Aussi, je rêve qu’on offre aux artistes un véritable filet social. Ce serait une solution à l’appauvrissement de tous ceux qui travaillent dans l’ombre. Nous avons aussi besoin de résidences pour les artistes et de lieux de diffusions de proximité. Quand on construit un nouveau quartier, on pense à construire une école ou un parc. Il faut ajouter à cela des infrastructures culturelles telles qu’une maison de la culture ou une bibliothèque. À Verdun, il n’y a pas de Maison de la culture et c’est un de mes grands projets.
Finalement, au dernier Conseil national du PQ, madame Marois a annoncé sa volonté d’organiser un grand forum sur l’avenir de la culture dans le but de doter le Québec d’une nouvelle politique culturelle qui tiendra compte du financement de la culture, du nécessaire virage numérique, du soutien à la relève, de la mixité culturelle et de la viabilité de nos grandes institutions. Nous avons grand besoin de cette nouvelle politique culturelle puisque celle dont nous disposons date d’une vingtaine d’années. Elle est désuète et ne tient pas compte des réalités de notre époque. Je souhaite évidemment participer activement à ce grand projet.
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
Gaston Miron : la poésie pour ne pas mourir
(Texte publié sur le site de Plateau arts et culture le 17 mars 2014)
Vendredi soir dernier, j’ai assisté à la première de l’audacieux et bouleversant documentaire Miron : un homme revenu d’en dehors du monde du réalisateur Simon Beaulieu, documentaire qui rappelons-le a clôturé la dernière édition des Rendez-vous du cinéma québécois.
Ceux qui ont vu son documentaire précédent consacré à Gérald Godin s’attendront sans doute à un portrait journalistique du poète mais il n’en n’est rien. Dans une forme efficace et très originale qui fait tantôt appel aux images d’archives, tantôt à des effets spéciaux, Simon Beaulieu prend le pari de nous faire voir le Québec, son peuple et son histoire à travers le regard, les mots et la poésie de Miron. Ce procédé non conventionnel fait dire au réalisateur que son film se trouve à mi-chemin entre le documentaire et l’essai visuel.
Le spectateur se sent projeté dans la tête de Miron qui récite ses plus grands poèmes en même temps que défilent des images de foules tirées de nombreux documentaires de l’Office national du film. Beaulieu explique avoir visionné presque tous les films disponibles à l’ONF pour en extraire les images d’archives retenues pour son documentaire et que nous avons trouvées bouleversantes. Défricheurs, draveurs, laboureurs, travailleurs d’usine, manifestants, et participants aux grands rassemblements politiques… l’histoire du Québec en construction, puis, en ébullition défile sous nos yeux. C’est donc un double hommage qui est rendu : à Miron d’abord, mais aussi à ces hommes et femmes qui ont bâti le Québec.
En s’attardant au peuple canadien-français puis québécois dans sa lutte pour la survivance et l’émancipation nationale plutôt que sur la vie de Miron, Beaulieu affirme avoir voulu rester fidèle au poète dont l’œuvre est écrite au « nous ». Ainsi, le réalisateur veut montrer que la littérature et la poésie de Miron portait en elle-même toute l’histoire du Québec.
Le réalisateur a fait une sélection judicieuse des lectures de poèmes. Pensons notamment à l’interprétation solennelle de « Compagnons des Amériques » qui résonne tel un appel à la résistance, un ton plus juste que l’adaptation en chanson faite par Richard Séguin dans le cadre des Douze hommes rapaillés dont la mélodie et les arrangements ne servent pas le texte.
Au visionnement du film, deux sentiments nous assaillent sans jamais nous quitter : une infinie tristesse, celle du poète, du peuple qui « n’en finit jamais de ne pas naître » jusqu’à devenir insoutenable pour nous, spectateurs. Cette « vie agonique » que combat Miron par son art et sa poésie afin d’inscrire l’histoire du Québec dans la durée plutôt que la mort. Beaulieu résume l’engagement de Miron en le citant : « J’affirme que ma différence au monde c’est ma culture et cette culture est un enrichissement au patrimoine universel ».
Et l’autre sentiment, la solitude, celle que Miron a cherché à vaincre toute sa vie dans son infatigable quête amoureuse est très habilement représentée par un couple dansant en silence de manière mécanique, presque déshumanisée.
Faire vivre la culture québécoise
Ouvertement engagé, Beaulieu prend parti en faveur de l’indépendance du Québec.
Pour expliquer ses convictions, il cite Gaston Miron de mémoire : « Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas une expression politique qui nous informe au monde et dans le monde on va être en deçà de la réalité et on ne pourra pas se réaliser pleinement et autant individuellement et collectivement ». Pour réussir, le projet d’indépendance doit être enthousiaste et positif. Et selon lui, la meilleure manière d’y arriver est de faire la promotion de l’histoire et de la culture québécoises. Il faut collectivement savoir qui nous sommes et en être fiers pour inciter les derniers arrivés à dire « nous » et faire leur la culture québécoise.
À travers ses films sur Gérald Godin et Gaston Miron, Simon Beaulieu souhaite donc transmettre une mémoire, notamment celle de la lutte pour l’émancipation nationale, mais aussi, mener une réflexion sur l’avenir de la culture québécoise qu’il sent menacée. Grâce à la poésie exceptionnelle de Miron ainsi qu’aux cinéastes à qui il rend hommage dans son film, le réalisateur veut montrer à quel point notre culture peut être grande et nous distingue des autres cultures nationales.
À la sortie du film, nous sommes tenaillés par le même sentiment d’urgence que Miron: celui qu’il faille combattre coûte que coûte l’acculturation des Québécois pour ne pas disparaître.
Simon Beaulieu est un cinéaste de grand talent qui traite avec érudition, intelligence et pertinence de ses sujets. Son œuvre cinématographique constitue une référence incontournable et essentielle pour comprendre l’histoire récente du Québec. Sans hésitation, Miron : un homme revenu d’en dehors du monde est un hommage à la hauteur du poète.
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
Marie Saint-Pierre, la mode au service des femmes
(Texte publié le 2 février 2014 sur le site Plateau arts et culture)
Dans le cadre de notre dossier sur la mode québécoise, nous avons eu le privilège de nous entretenir récemment avec celle qui trône à son sommet depuis 25 ans, Marie Saint-Pierre. Ayant fait sa marque dans un domaine longtemps réservé aux hommes, elle est sans contredit une pionnière qui a ouvert la voie à ses collègues féminines qui sont de plus en plus nombreuses à suivre ses traces. Marie Saint-Pierre est à la tête d’une entreprise qui compte une trentaine d’employés et sa maison déploie ses activités dans le secteur du luxe et de la haute-couture, le prêt-à-porter féminin, les parfums, les accessoires de mode et la maroquinerie. Ses boutiques ont pignon sur rue au centre-ville de Montréal et au Centre Rockland. Portrait d’une femme déterminée et engagée pour la cause des femmes.
L’utilité de la mode
Sur l’utilité de la mode, Marie Saint-Pierre ne se fait pas prier pour répondre. Selon elle, longtemps le vêtement féminin n’a servi qu’à habiller les femmes de manière utilitaire. Avec la montée du féminisme et l’arrivée des femmes sur le marché du travail, le vêtement féminin est devenu multifonctionnel. Cette liberté qu’offre désormais le vêtement est l’une des idées maîtresses défendues par Marie Saint-Pierre à travers ses collections.
Marie Saint-Pierre pense et crée pour la femme moderne. Elle est à la fois mère, épouse, femme d’affaires et occupe un poste de direction. Ses vêtements doivent être des partenaires, des outils dans la vie de tous les jours pour mener à bien tous les rôles qu’embrassent désormais les femmes.
Entre séduction et hypersexualisation

Pour la designer, le vêtement est un mode de communication, une manière d’exprimer qui nous sommes, notre féminité. Il est bien évidemment un objet de séduction parce que, selon elle, les rapports humains sont inévitablement régis par la séduction. Les femmes s’habillent pour être et se trouver belle, pour séduire, mais sans être réduites à des objets sexuels. Cette nuance est au cœur de la pensée de la designer qui combat l’hypersexualisation de l’image de la femme dans le domaine de la mode.
Depuis le début de sa carrière, Marie Saint-Pierre crée des vêtements féminins, sans se soucier des diktats de l’image de la femme véhiculée par les médias. Les femmes doivent pouvoir se sentir plus sûres d’elles, plus fortes. Elles ne devraient jamais avoir à choisir entre féminité et crédibilité, entre compétence et beauté. Marie Saint-Pierre conçoit donc ses vêtements comme une réponse à cette image de la femme-objet largement diffusée dans les médias et par plusieurs entreprises de mode.
Les vêtements doivent procurer bien-être et confort. C’est ce qu’elle appelle « l’intelligence du vêtement ». Malheureusement, même si elle possède une clientèle fidèle et que ses vêtements sont vendus partout à travers le monde, elle constate que ce discours, celui de la nécessité de créer des vêtements « intelligents » n’intéressent

pas les médias. Peut-être parce que la mode est un domaine ludique qui laisse peu de place aux débats de société. Par ailleurs, Marie Saint-Pierre constate qu’un mouvement féministe prend actuellement forme dans le milieu de la mode. Au Québec et dans le monde, de plus en plus de femmes choisissent de faire carrière dans ce milieu. Même si elles ne sont pas toutes conscientes de participer à un effort collectif pour changer la face de la mode, selon Marie Saint-Pierre, leur seule présence contribue à combattre l’image de la femme-objet.
Une femme engagée dans sa communauté
L’engagement social de Marie Saint-Pierre a trouvé son point d’aboutissement en 2004 lorsqu’elle a mis sur pied le Fonds Sous zéro. Ce projet vise à venir en aide aux femmes monoparentales démunies de Montréal en fournissant des vêtements chauds à leurs enfants durant les mois d’hiver. Depuis dix ans, dans le plus grand anonymat, près de 6000 enfants ont bénéficié de ces dons de première nécessité. La plupart du temps, les vêtements sont distribués à l’école dans le casier des enfants. De plus, aucun mécanisme de promotion ou de reconnaissance n’est mis en place autour du programme pour préserver la dignité des parents bénéficiaires.
Ses ambitions pour la mode québécoise
Pour conclure, Marie Saint-Pierre nous a révélé quelles étaient ses ambitions pour la mode québécoise au courant des prochaines années. Elle souhaite ardemment que les créateurs s’unissent et fassent preuve d’une plus grande solidarité pour augmenter leurs parts de marché auprès des consommateurs québécois et dans le monde. Voilà pourquoi elle s’est impliquée dans la création du Cabinet éphémère, la boutique nomade des créateurs québécois. Il s’agit d’une des nombreuses initiatives du Conseil des créateurs de mode du Québec. Marie Saint-Pierre n’est pas la seule designer à en appeler à une plus grande solidarité entre les créateurs québécois. Au courant des prochaines semaines, je vous présenterai les organismes de concertation qui travaillent à la promotion des créateurs d’ici.
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
La mode québécoise: vers un nouvel envol?
(Texte publié sur le site Plateau arts et culture le 25 janvier 2014)

Chaque semaine, j’aime à partager avec les lecteurs de Plateau Arts et Culture mes coups de cœurs en matière de culture québécoise. Au courant des prochaines semaines, je présenterai un dossier sur la mode québécoise, un secteur jeune en pleine effervescence. Que ce soit pour les aliments, la musique, la télé ou la mode, je suis une fervente pratiquante de l’« achat local ». Dans cet esprit, depuis quelques années, je me fais un devoir de me procurer le plus souvent possible des vêtements faits au Québec.
Par contre, force est de constater que la tâche est parfois ardue puisque peu de commerces et de grands magasins offrent des produits faits ici. Néanmoins, au fil du temps, j’ai découvert quelques boutiques, la plupart situées dans le Plateau Mont-Royal, qui se sont données pour mission de faire une belle place aux créateurs d’ici. Je pense à la boutique Aime Com Moi sur l’Avenue Mont-Royal Ouest, Jeunes d’Amérique sur la rue Saint-Denis ou bien évidemment, Belle et Rebelle, boutique emblématique de l’achat local québécois qui a pignon sur rue sur la Plaza Saint-Hubert. Dans la vieille capitale, on peut compter sur la boutique Signatures québécoises qui met en vitrine une trentaine de designers québécois établis et de la relève.
Malgré ces initiatives bienvenues et encourageantes pour l’avenir, les ventes de vêtements québécois sont marginales. Selon un article du Devoir paru en novembre dernier, seulement 3% des consommateurs Québécois se procurent des vêtements conçus au Québec. Du même souffle, l’article rendait publique une pétition portée par une cinquantaine de créateurs exhortant le gouvernement et les médias à mieux soutenir et diffuser leur travail.
Deux raisons principales expliquent la place marginale qu’occupent les créateurs de mode québécois. D’abord, parce que, comme pour tous les secteurs des arts et de la culture, la tendance à la mondialisation est puissante. Des grandes chaînes comme American Apparel, Zara, H&M, GAP sont disponibles aux quatre coins du globe et imposent des styles vestimentaires. C’est aussi vrai pour les marques luxueuses comme Dior, Chanel, Gucci, Burburry, etc.
La deuxième explication se devine tout aussi aisément : pour offrir des vêtements à prix compétitifs, les commerçants doivent se procurer une marchandise confectionnée à bon marché, souvent en provenance des pays de l’Asie. Au tournant des années 2000, l’industrie du textile a connu une véritable hécatombe et de nombreuses entreprises ont dû se résoudre à fermer leurs portes. La faute est en grande partie attribuable à l’élimination progressive des quotas imposés par le Canada sur les importations de produits textiles qui ont pavé la voie aux importations de vêtements en provenance de l’Asie.

Défilé automne-hiver 2011
Crédit photo: Jimmy Hamelin
Depuis quelques années, pour s’adapter aux réalités du marché, le secteur de la mode québécoise est en ébullition, après avoir vécu de nombreuses remises en question et une profonde mutation. rendue nécessaire pour arriver à survivre et se tailler une place auprès des consommateurs québécois.
Il ne faut pas oublier que la mode québécoise est un secteur encore bien jeune. Sauf exception, on voit apparaître les premiers créateurs ayant fondé leur propre ligne de vêtements durant les années 1980. Pour les produits de luxe, pensons à Denis Gagnon, Marie Saint-Pierre, Philippe Dubuc et Nadya Toto. Par la suite, après un certain passage à vide qui s’est observé au tournant des années 2000, plusieurs créateurs offrant des produits à prix plus démocratiques ont fait une entrée remarquée sur le tapis rouge : Annie 50, Ève Gravel, Mélissa Nepton, Luc Fontaine et Hayley Gibson avec sa ligne Birds of North America.
Durant les prochaines semaines, je présenterai différents portraits de créateurs, de diffuseurs, de commerçants et d’organisateurs incontournables du secteur de la mode qui ont fait le pari de supporter l’achat local. Avec eux, nous tenterons de voir s’il existe une signature proprement québécoise. Finalement, nous réfléchirons au rôle des médias et des lieux de diffusion dans la promotion de la mode québécoise pour voir ce qui peut être fait de plus ou de mieux pour mettre en valeur les talents d’ici.
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
Le fleurdelisé, la force d’un symbole
(Texte publié le 18 janvier 2014 sur le site Plateau arts et culture)

Le 21 janvier prochain, le fleurdelisé, fêtera son 66e anniversaire. Encore méconnu des Québécois, le Jour du Drapeau est une fête mémorielle adoptée par le gouvernement du Québec en 1998 à l’occasion du 50e anniversaire du fleurdelisé.
Grâce à l’entêtement et au travail mené sans relâche par René Chaloult, député indépendant et militant nationaliste, notre drapeau fut adopté le 21 janvier 1948. En effet, c’est ce jour qu’il avait choisi pour déposer une motion enjoignant les parlementaires de l’Assemblée législative à doter l’État québécois d’un drapeau qui lui serait propre. Il fut tout juste pris de vitesse par le premier ministre Maurice Duplessis qui annonça à la Chambre que son Conseil des ministres venait d’adopter une résolution en faveur de l’adoption d’un drapeau. Peu avant 15h, le fleurdelisé fut hissé pour la première fois sur la tour du parlement à Québec. Ce drapeau remplaçait définitivement l’Union Jack et devenait officiellement le drapeau du Québec.
Le fleurdelisé est sans contredit un remarquable drapeau, qui se rapporte aux origines de la collectivité et qui est devenu un symbole de fierté identitaire transcendant les étiquettes politiques et idéologiques: il n’est la propriété de personne et doit demeurer un symbole universel qui réunit toute la nation québécoise. Cet emblème sert aussi à nous distinguer et à nous identifier de par le monde. Qui plus est, le fleurdelisé est un magnifique drapeau et nul besoin d’être chauvin pour l’affirmer : en 2001, suite à une enquête menée auprès de ses membres, l’Association des vexillologues de l’Amérique du Nord décrétait qu’il est le 3e plus beau drapeau de l’Amérique du Nord.
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Cette année, pour la deuxième fois de son histoire, le gouvernement du Québec tiendra une cérémonie protocolaire à l’Assemblée nationale pour souligner le Jour du Drapeau. De plus, sur le coup de 15h, toutes les administrations municipales et les écoles du Québec ont été invitées à rendre hommage au fleurdelisé en procédant à une levée et un Salut au drapeau.
On doit beaucoup l’organisation de cette commémoration – et d’autres comme la Fête nationale et la Journée nationale des patriotes au Mouvement national des Québécoises et des Québécois (transparence totale : j’œuvre pour cette organisation) qui place au cœur de sa mission la promotion de l’histoire, du patrimoine et de l’identité québécoises.
Chaque année, à l’occasion du Jour du Drapeau, le MNQ et ses sociétés membres organisent quelques dizaines d’événements à caractère officiel, pédagogique ou ludique sur l’ensemble du territoire québécois. Puisque la plupart des Québécois ignorent l’existence de cette journée, et ce, malgré le travail acharné de ceux qui la promeuvent, force est d’admettre qu’il reste encore du chemin à parcourir pour donner à cette journée mémorielle l’ampleur qu’elle et notre drapeau méritent. Et pour cause.
Les journées mémorielles comme le Jour du Drapeau, et de manière générale, les commémorations nationales, sont fondamentales pour une nation. La transmission d’une mémoire nationale par des manifestations favorisant le rassemblement de la nation implique une perspective d’avenir. En somme, la commémoration a pour fonction de répondre à un enjeu immédiat qui est de fédérer la nation autour de références collectives grâce au renforcement de la mémoire.
Depuis plusieurs années, le MNQ plaide pour que le gouvernement du Québec se dote d’une véritable politique de commémorations puisqu’elles travaillent à cimenter l’appartenance nationale et le sentiment identitaire québécois. En 2012, suite aux travaux réalisés par l’historien Charles-Philippe Courtois, le MNQ déposait au gouvernement une série de propositions sur le plan commémoratif.
Avec une politique de commémorations cohérente, en 2008, le gouvernement du Québec aurait pu célébrer avec plus d’ampleur et de hauteur le 400e anniversaire de la fondation de Québec et non se contenter de spectacles et de festivités sans contenu historique et commémoratif. En 2009, les seules commémorations de la Conquête de 1759 ont été organisées par le gouvernement fédéral. On se rappelle la désolante reconstitution de la Bataille des Plaines d’Abraham qui avait été annoncée par la Commission des champs de bataille nationaux, organisme relevant du gouvernement fédéral et qui avait été annulée suite à la levée de boucliers que le projet avait soulevé.
En 2013, le gouvernement du Québec aurait pu commémorer tour à tour le 350e anniversaire de l’arrivée des Filles du Roy et bien évidemment, le 250e anniversaire du Traité de Paris qui scella le sort de la Nouvelle-France et profiter de ces anniversaires pour rappeler ces moments déterminants dans l’histoire du Québec
Pour sa part, le gouvernement du Canada a bien compris l’importance des commémorations nationales. Depuis quelques années, nous faisons face à une véritable offensive du gouvernement fédéral en cette matière. Au ministère Patrimoine canadien, si on additionne les budgets alloués au « Patrimoine », soit 40,5 millions$ et celui de l’ « Appartenance au Canada », 57 millions$ prévu pour l’exercice 2013-2014, le Canada alloue plus de 97 millions$ au patrimoine, aux commémorations et autres manifestations de mémoire. Le Québec doit suivre cet exemple et investir dans des dossiers porteurs pour la mémoire et le sentiment d’appartenance nationale.
Pour un peuple, la connaissance de son passé est fondamentale pour cimenter l’identité collective puisque la mémoire est l’un des éléments qui définissent l’appartenance nationale. Pour une jeune et fragile nation comme le Québec, dont la survie n’est jamais assurée dans le temps, la transmission de la mémoire est d’autant plus importante car elle permet d’inscrire notre existence dans le passé et nous projeter vers le futur.
À ceux qui s’intéressent à l’histoire de notre drapeau et de nos emblèmes nationaux, je vous invite à lire la série de textes que l’historien Gilles Laporte leur a consacrés dans les pages du Huffington Post Québec à l’occasion du Jour du Drapeau. Ils sont tous disponibles ici.
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
Aux rythmes de la pop québécoise
(Texte publié le 11 janvier 2014 sur le site Plateau arts et culture)
Chers lecteurs, le mois de janvier étant bien entamé, le temps est maintenant venu de tenir les promesses que vous vous êtes faites à vous-même durant la nuit du 31 décembre pour la nouvelle année. Je me doute que la plupart d’entre vous se sont solennellement engagés à faire plus de sport et vous avez promis à votre douce moitié d’étrenner les espadrilles neufs qu’il ou elle vous a offert à votre anniversaire il y a déjà deux ans. La mort dans l’âme, vous décidez de vous rendre à votre première séance de gym.
Vous serez donc contents de savoir que cette semaine, j’ai travaillé pour vous! Au moment de sortir votre IPod pour constituer une liste de chansons avec assez de rythme pour vous donner de l’énergie et du courage pour courir sur le tapis roulant, il vous viendra sans doute à l’esprit d’écouter ces tubes formatés qu’on entend sur toutes les chaînes de musique commerciale ou les sites comme Songza à la grandeur de l’Occident parce que vous êtes persuadés que seules les chansons américaines qui jouent en boîte livreront la marchandise. Allez, un peu d’originalité! Le répertoire « pop » québécois propose des tonnes de chansons parfaites pour l’entraînement. Coureuse et cycliste aguerrie, cette chronique est d’ailleurs inspirée des nombreuses heures que j’ai passées à sillonner le Mont-Royal au rythme des chansons d’ici.
Pour vous inspirer, j’ai préparé une liste de pièces musicales pour une durée d’environ deux heures afin de supporter les plus ambitieux d’entre vous!
Pour débuter, je vous propose des chansons pleines d’énergie parfaites pour amorcer cette course :
- Tiens toé ben j’arrive! • Diane Dufresne (1972) | 2:18
- Mr. Hurricane • Beast (2008) | 3:24
- Deux par deux rassemblés • Pierre Lapointe – remixé par Ghislain Poirier (2007) | 4 :23
- Empty Room • Arcade Fire (2010) | 2 :52
- Fil de soie • Marie-Pierre Arthur (2012) | 2 :35
Le premier quart d’heure est déjà écoulé. Une fois atteint votre rythme de croisière, il faudra maintenir la cadence et surtout, ne pas flancher! Les chansons suivantes appellent à l’endurance, la résistance :
- Résistance • Loco Locass (2004) | 4 :50
- Le bruit des bottes • Yann Perreau et Loco Locass (2019) | 4 :55
- L’enfant de ma mère • Pierre Lapointe (2009) | 4 :10
- Le cœur dans la tête • Ariane Moffatt (2005) | 4:25
- Gisèle • Xavier Caféine (2006) | 3 :32
On arrive maintenant au mitan. La fatigue commence à vous gagner mais votre volonté est de fer. Vous gardez bien présent à l’esprit vos résolutions et les objectifs que vous vous êtes fixés en écoutant des chansons de circonstances pour chacun d’eux:
Une perte de poids :
- Big girl • Random Recipe (2013) | 3:47
- Mon corps • Ariane Moffatt (2012) | 5:03
- 100 000 raisons • Harmonium – reprise par Mes Aïeux (2006) | 4:05
Les ravages que vous ferez sur les planchers de danse ou après la fermeture des bars avec la conquête de vos rêves :
- Danse Baila danse • Wesli et Mes Aieux (2011) | 4 :00
- Sous les stroboscopes • Alex Nevsky, (2010) | 3:04
- Musique automatique • Jérôme Minière (2013) | 3:40
- Pièces jointes • Jérôme Minière (Danse avec Herri Kopter, La tribu, 2013) | 4:45
- En selle, Gretel • Yann Perreau et Elisapie Isaac (2012) | 3:17
- Les temps sont au galop • Yann Perreau et Marie-Pierre Arthur (2012) | 3:17
- L’étrange route des amoureux • Pierre Lapointe (2013) | 2:01
- La sexualité • Pierre Lapointe (2013) | 3:32
- Le baiser • Indochine – reprise par Jorane (2011) | 4:21
- La bête lumineuse • Alex Nevsky (2013) | 3:50
Nous sommes à la fin du parcours et vous vous sentez défaillir…
- Ces étranges lueurs / Le magnétisme des amants • Pierre Lapointe (2009) | 1:20 et 3:06
- Fracture du crâne • Ariane Moffatt (2002) | 4:17
- La vie n’est qu’une salope, Yann Perreau, (Nucléaire, Bonsound, 2005) | 2:41
Prenez une gorgée d’eau, épongez votre front et maintenez le cap. Il ne reste qu’une dizaine de minutes avant de franchir la ligne d’arrivée:
- L’heure et l’endroit • Dumas (2012)| 2:58
- Les coloriés • Alex Nevsky (2013) | 3:08
- On leur a fait croire • Alex Nevsky (2013) | 3:27
- Tout le monde en même temps • Louis-Jean-Cormier, (2012) | 4:15
Il n’est pas conseillé de terminer une séance d’activité physique de manière trop abrupte. Pourquoi ne pas calmer votre rythme cardiaque qui guidera vos pas sur une chanson de circonstances?
- Merci la vie • Yann Perreau et Ariane Moffatt, (2012) | 4:13
On remet ça avant la semaine prochaine?
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
Éloge du « Remake »
(Texte publié le 4 janvier 2014 sur le site Plateau arts et culture)
L’univers de Marcel Pagnol m’enchante. Aussi, durant la période des Fêtes, j’ai vu Marius, puis Fanny, les deux très belles adaptations signées Daniel Auteuil des films du même nom réalisés au début des années 30*. En France, plusieurs critiques se sont demandés pour quelle raison Auteuil avait voulu s’attaquer à de si grandes œuvres. On l’a même accusé de s’être ridiculisé en reprenant le rôle de Raimu. D’autres ont qualifié la réalisation d’un peu statique, que les décors et le jeu des acteurs relevaient plus du théâtre que du cinéma. Pour ma part, tout comme la magnifique adaptation de La fille du puisatier (Daniel Auteuil, 2011), j’ai trouvé que le pari avait été réussi.
On peut se demander quelle est l’utilité des adaptations, des « remakes »? Trahissent-ils l’œuvre originale? Est-ce que les artistes qui les font sont paresseux et s’évitent les doutes de la création en reprenant à leur compte des œuvres qui ont déjà fait leurs preuves? Est-ce que ce sont des entreprises guidées par la nostalgie ou encore des considérations commerciales? À mon avis, la plupart du temps, il n’en est rien.
En réfléchissant à la manière dont je me suis familiarisée avec plusieurs grandes œuvres, j’ai constaté que souvent, nous arrivons aux classiques par le chemin des adaptations, des reprises. C’est évidemment le cas du théâtre, du ballet et de l’opéra où les classiques sont repris encore et encore pour leur permettre de traverser le temps et de demeurer les grandes références artistiques et culturelles qu’elles sont devenues.
C’est aussi parfois le cas pour la chanson et le cinéma quand les œuvres appartiennent à une autre époque ou qu’elles ont été oubliées. Le remake n’a pas pour vocation de remplacer l’œuvre originale mais plutôt de la faire revivre et d’amener un nouveau public à elle. En entrevue à La Presse en décembre dernier, Daniel Auteuil affirmait justement :
« J’avais envie de me replonger dans Pagnol. L’œuvre n’est plus étudiée à l’école en France. À l’étranger, les nouvelles générations en ont une connaissance plus approfondie qu’en France. Les deux films d’origine sont en noir et blanc et les bandes-son presque inécoutables. Ils n’ont pas été restaurés. J’avais envie, 80 ans après, de faire entendre ce texte comme si c’était la première fois qu’il était dit. »
Je pense à toutes ces chansons du patrimoine musical québécois que j’ai découvertes par des reprises bien faites et celles qui, je le devine, font œuvre de pédagogie auprès d’un public qui ne serait pas naturellement porté à les découvrir. C’est, il me semble, ce que Julie Snyder a notamment tenté de faire avec Star Académie. Rappelons-nous certaines chanson-thème de l’émission comme L’étoile d’Amérique de Claude Léveillée ou encore Et c’est pas fini de Stéphane Venne, sans compter toutes celles qui ont été chantées par les « académiciens ». Qu’on trouve intéressant ou non ce concours de chant populaire, il aura au moins eu la vertu de faire vivre et revivre nos chansons d’hier et d’aujourd’hui, ce qui est loin d’être négligeable.
Pensons aussi au formidable projet des Douze hommes rapaillés, deux disques mettant en musique et en chansons les poèmes de Gaston Miron. Quelle belle façon de donner une seconde vie à cette grande poésie.
Au cinéma, j’en reviens aux œuvres de Pagnol, tantôt reprises par Claude Berri, ensuite par Daniel Auteuil. Il ne s’agissait pas de copier ce qui avait été fait par Pagnol, mais plutôt de donner une seconde vie à ces pièces, ces films qui font partie du patrimoine culturel français. Au Québec, c’est ce que Charles Binamé a réalisé avec son film Séraphin, un homme et son péché, une adaptation des Belles histoires des pays d’en haut (1956-1970), téléroman tiré du roman Un homme et son péché et tous deux créés par Claude Henri Grignon. C’est aussi le cas pour l’adaptation cinématographique du roman de Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion (1945),réalisée parClaude Fournier en 1983, et du roman Les Plouffe (Roger Lemelin, 1948) porté à l’écran par Gilles Carle en 1981.
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Les adaptations sont aussi les bienvenues dans la gastronomie. Même si la nôtre reste encore à développer, de nombreux plats de notre enfance méritent d’être actualisés pour être transmis aux générations suivantes. Par exemple, pensons au pouding chômeur ou à la poutine, qui avec le temps, ont connu de multiples déclinaisons. Un plat actualisé permet de survivre au temps et aux modes pour demeurer dans nos habitudes culinaires. Ici, saluons le travail du chef Martin Picard avec son restaurant et sa cabane à sucre Au pied de cochon où les plats traditionnels et les produits d’ici sont mis à l’honneur. Pensons aussi à Ian Perreault et son livre Cuisine revisitée qui présente des recettes québécoises classiques remises au goût du jour.
À l’opposée, quand une adaptation ne respecte pas l’esprit de l’œuvre originale, les résultats peuvent être fort décevants. Cet automne, malheur m’en prie d’assister à une des représentations de l’adaptation du ballet de la Belle au bois dormant des Grands ballets canadiens par Mats Ek créé en 1996 pour le Ballet de Hambourg. Le scénario avait complètement été revu. De princesse médiévale, la jeune Aurore était devenue une adolescente rebelle et toxicomane cherchant à se délivrer d’un dangereux trafiquant de drogue. Sur la magnifique musique de Tchaïkovski, le metteur en scène a collé une chorégraphie propre à la danse contemporaine, saccadée, sans synchronisme entre les danseurs et la musique, et sans la grâce des mouvements qui caractérisent habituellement le ballet classique. Loin d’être une simple adaptation, cette proposition était plutôt une déconstruction en règle de l’œuvre originale puisqu’aucune de ses conventions n’étaient respectées. À mon avis, il aurait mieux valu créer un tout nouveau ballet plutôt que d’offrir une adaptation aussi infidèle.
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Bien sûr, certains trouveront que Daniel Auteuil ne fait pas le poids devant Raimu, que Roy Dupuis n’est pas très crédible dans le rôle d’Alexis Labranche ou que Marie-Élaine Thibert n’interpréte pas La quête de Jacques Brel avait la même fragilité, mais peu importe notre appréciation personnelle de ces reprises, force est de constater que ces œuvres vivent encore, et un peu grâce à ceux qui choisissent de les porter à nouveau.
La culture est l’âme d’un peuple, d’une civilisation. Pour assurer sa survie, elle doit se renouveler, mais aussi, elle doit se référer à ses repères. Il ne s’agit pas bien sûr de se replier sur le folklore et de créer seulement à partir de ses références, de ses codes. Par contre, de temps à autres, il faut savoir saluer nos œuvres phares pour assurer leur passage d’une génération à l’autre.
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En chanson, voici une liste de mes reprises québécoises préférées
* entre parenthèse interprète de la version originale
1. (Martine Saint-Clair) Ce soir l’amour est dans tes yeux par Louis-Jean Cormier à l’occasion du 25e anniversaire du Gala de l’ADISQ
2. De la série télé Les Rescapés :
• (Félix Leclerc) « Mon fils » par Catherine Major
• (Claude Léveillée) « Ne dis rien » par Louis-Jean Cormier
• (Anne Sylvestre) « Le jour où ça craquera » par Marie-Pierre Arthur
3. (Félix Leclerc) Le tour de l’île par Karkwa dans le cadre de l’album Hommage à Félix Leclerc, (Tacca Musique, 2008)
4. (Claude Dubois) Si Dieu existe par Céline Dion sur l’album Duos Dubois (Zone 3, 2007).
5. (Jacques Brel) La chanson des vieux amants par Claude Léveillé et Diane Dufresne lors du Festival d’été de Québec de 2003 à l’occasion du 25e anniversaire de décès de Jacques Brel
6. (Félix Leclerc) « Chant d’un patriote » par Daniel Boucher à l’occasion d’un spectacle hommage à Félix Leclerc (Le 08-08-88 à 8h08, GSI, 2000)
7. (Serge Fiori) 100 000 raisons par Mes Aïeux (Fiori un musicien parmi les autres, 2006)
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Myriam D’Arcy

Crédits André Chevrier
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