Cinéma

Sauvons la Cinémathèque québécoise!

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Vendredi dernier, Le Devoir nous annonçait qu’un mariage forcé allait peut-être être conclu entre la Cinémathèque québécoise et Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour minimiser les coûts de gestion des deux organismes.

imagesLa nouvelle a été publiée après qu’une lettre adressée au Premier ministre et signée par quelques artisans du cinéma bien en vue, dont Denys Arcand et Micheline Lanctôt, a circulé sur les réseaux sociaux. Ceux-ci se disent alarmés par pareille fusion entre deux organismes qui ne poursuivraient pas la même mission. Pour ma part, le vrai scandale réside dans l’inaccessibilité des œuvres et des collections de la Cinémathèque qui, faute de moyens, est réduit à n’être qu’un lieu de dépôt légal pour les films produits au Québec. Contrairement à l’Office national du film (ONF) qui a très bien pris le virage numérique, depuis la fermeture de la Ciné-robothèque, les collections de la Cinémathèque s’empoussièrent sur ses tablettes sans qu’on ne puisse les consulter. Évidemment, c’est le manque de ressources financières de l’institution qui en est la cause. 

Le gouvernement du Québec doit prendre ses responsabilités en finançant adéquatement la Cinémathèque pour lui redonner ses lettres de noblesse, pour qu’elle joue un rôle plus actif, de premier plan, dans la conservation et la diffusion du patrimoine cinématographique québécois. Je suis parfaitement d’accord avec les cinéastes interviewés dans cet article: dans tous les États normaux, on fait une priorité de la conservation du patrimoine national. 

Du côté de BANQ, grâce aux ressources alloués à la numérisation de ses collections, notamment plusieurs journaux, on procède à une vaste entreprise de numérisation des archives et collections qui facilite grandement le travail des historiens et autres chercheurs.

Source: site d'Éléphant.
Source: site d’Éléphant.

J’ignore si ce mariage forcé est la solution pour assurer la survie de la Cinémathèque et garder ses activités pertinentes à l’ère du 2.0, mais une chose est certaine, on doit hausser son financement. Aussi utile et louable soit le projet Éléphant, ce n’est pas normal qu’une entreprise privée se soit sentie obligée de se substituer à l’État en se donnant pour mission de numériser l’ensemble des œuvres de fiction d’ici. D’ailleurs, si l’on en croit les signataires de la lettre, la Cinémathèque peine à répondre aux demandes de celle d’Éléphant, ce qui ralenti considérablement son travail.

Il faudrait donc que le milieu du cinéma se mobilise et interpelle la ministre de la Culture, de même que le Premier ministre pour exiger que la Cinémathèque reçoive le financement nécessaire à la préservation et diffusion de ses collections. Aucune entreprise d’assainissement des finances publiques ne devrait justifier qu’on sacrifie un pan de notre mémoire collective pour quelques économies de bouts de chandelles. Lorsqu’il était aux commandes de l’État, Lucien Bouchard l’avait bien compris en octroyant les ressources nécessaires à la construction de la Grande Bibliothèque, désormais une institution culturelle phare qui fait la fierté des Québécois. Aujourd’hui, c’est elle qu’on appelle au chevet de la Cinémathèque qui mérite autant de considération et de moyens pour réaliser une mission.

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

Carnets des Rendez-vous du cinéma Québécois (3) : suite et fin!

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CAPHARNAÜM

Samedi le 28 février 2015, dernière journée des Rendez-vous du cinéma québécois, j’ai assisté aux courts métrages présentés dans le cadre du programme Capharnaüm à la salle Claude Jutra de la Cinémathèque québécoise. Huit courts métrages ont été présentés, variant de quatre à dix-neuf minutes. La salle était presque pleine. On reconnaissait les mêmes visages fidèles et ça sentait l’excitation de la fin de cette semaine super active.

La plupart des films n’avaient pas d’histoire à proprement parler, mais visaient plutôt à  nous présenter de belles images et nous faire ressentir des émotions sans nécessairement les mettre en contexte. On se laisse emporter par la danse, la descente aux enfers de la drogue, l’adolescence en planche à neige, l’attente ou encore les voyages. Par contre, deux films proposaient un scénario qui racontait une histoire plus élaborée. Ils font  partie de mes trois coups de cœur dont je souhaite vous entretenir.

Je suis une actrice

Benoit Lach – Je suis une actrice  (Blachfilms, 2014, 8 mins)

Jade-Mariuka Robitaille Source : Benoit Lach Crédit : Olivier Gossot.
Jade-Mariuka Robitaille
Source : Benoit Lach – Crédit : Olivier Gossot.

De loin, mon premier coup de cœur va à Je suis une actrice  du réalisateur, producteur et scénariste Benoit Lach, co-écrit avec Vincent Lafortune. Le film a gagné le prix de la meilleure comédie court métrage en 2014 au Rhodes Island International Film Festival.

Que ne ferait pas une jeune actrice pour décrocher un rôle? Le scénario est drôle, original et percutant. L’humour est intelligent et porteur d’une certaine réflexion sur les relations qui peuvent se développer entre  des réalisateurs établis et de jeunes acteurs qui débutent leur carrière. Le dialogue est coloré et les silences éloquents. Les deux actrices sont excellentes et resplendissantes : Jade-Mariuka Robitaille dans le rôle de l’étudiante déterminée et Sophie Faucher en réalisatrice guru à la recherche de disciples inconditionnels. La qualité de l’image englobe bien le tout. J’ai ri et adoré! Vraiment, bravo!

À noter que le film sera projeté prochainement au festival Regard sur le court métrage au Saguenay du 11 au 15 mars 2015.

 

Bounce, this is not a free style movie

Guillaune BlanchetBounce (Travelling, 2014, 4 mins)

Source : Travelling  Crédit photo : Guillaume Blanchet
Source : Travelling
Crédit photo : Guillaume Blanchet

Mon second coup de cœur va à Bounce, this is not a freestyle movie dont le réalisateur propose « rebond » comme traduction française. Guillaume Blanchet nous provient du milieu de la publicité parisienne. Il y a six mois, il a fièrement reçu, sa citoyenneté canadienne et travaille maintenant comme concepteur-rédacteur et réalisateur indépendant. Pendant deux ans, il a voyagé avec, pour seul compagnon, son ballon de soccer. On les voit, la plupart du temps seuls, déambuler un peu partout à travers le monde. Chaque fois qu’il le botte le ballon, il se voit téléporté ailleurs.  Sans qu’on ait le temps de reconnaître l’endroit, les images s’enchaînent rapidement.. Par contre, le mouvement est continu, comme si la trajectoire du réalisateur-comédien et de son ballon ne subissait aucune interruption d’un pays à l’autre. Bounce est un film sans parole et prend une toute autre dimension humaine pendant le générique où on y voit,  avec humour, les personnes rencontrées durant le tournage, toutes souriantes et volontaires.

Le film sera prochainement projeté au:

 

Les cennes chanceuses

Émilie Rosas – Les cennes chanceuses (Travelling, 2014, 17 min)

Source : Travelling  Crédit photo : Pierre-Luc Asselin
Source : Travelling
Crédit photo : Pierre-Luc Asselin

Mon troisième et dernier coup de cœur de cette série va à Les cennes chanceuses de la réalisatrice Émilie Rosas, diplômée de l’UQAM en cinéma et de l’INIS en réalisation. Un jeune garçon est négligé par les adultes qui l’entourent. Toutefois, la conclusion est pleine d’espoir. La distribution est composée de Mathieu Gagné (le jeune garçon), Rosalie Gaucher (la jeune fille), Hélène Florent (la mère), David Boutin (le père) et Michel Charrette (un ami des parents). On est touché par ce petit garçon vivant dans un contexte familial difficile et qui demeure intègre dans ses valeurs et ses sentiments.

Le film sera également projeté au :

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FICTIONS DU RÉEL

Cette deuxième série de courts métrages fut présentée le samedi 28 février 2015 à la salle Claude Jutra de la Cinémathèque québécoise. D’une durée variant entre 15 et 49 minutes et regroupés sous le thème Fictions du réel, on y présente trois histoires aussi différentes les unes que les autres, et dont on discerne difficilement le vrai du faux.

Encore une fois la salle était pleine. Pour le bonheur des spectateurs, les trois réalisateurs étaient présents et en ont profité pour remercier leur équipe de tournage ainsi que le public. Comble de malchance, l’alarme d’incendie a résonné pendant la projection du second court métrage et nous avons dû évacuer les lieux pendant une vingtaine de minutes. Heureusement, rien de grave. Nous avons finalement pu retrouver nos places pour enfin profiter de ces dernières projections.

 

La douce agonie d’un désir dérobé

Emmanuel Létourneau Jean  et Alexandre Prieur-Grenier La douce agonie d’un désir dérobé (Nesto Cienfuegos, 2014, 45 mins)

Mon seul coup de cœur de cette série va à La douce agonie d’un désir dérobé des réalisateurs Emmanuel Létourneau Jean et Alexandre Prieur-Grenier, aussi scénariste. Quatre amies d’enfance, à l’aube de la trentaine, partagent un repas chez l’une d’entre elles. Au cours des discussions, alcool aidant, elles décident de révéler à tour de rôle un secret qu’elles n’ont jamais dit à personne.

Source : Emmanuel Létourneau Jean Crédit photo : Martin Leduc-Poirier
Source : Emmanuel Létourneau Jean
Crédit photo : Martin Leduc-Poirier

Bien honnêtement, j’ai tout d’abord été agacé par le niveau de langage puéril où les mots « genre » et fucking » sont présents constamment, voire plusieurs fois dans la même phrase. Mais j’ai soudainement reconnu, dans leur style et façon de s’exprimer, des jeunes filles de mon entourage et  me suis donc laissé séduire. On oublie que ce sont des actrices et on  a l’impression d’être avec elles, un peu en retrait peut-être, mais bien présent. Elles parlent tout naturellement, souvent toutes en même temps. Elles sont vraies, sympathiques, drôles et  touchantes. On ne reste pas indifférent à leurs histoires et elles nous font passer par toutes sortes d’émotions.

J’ai adoré. Bravo au scénariste, aux réalisateurs et bien sûr aux quatre actrices : Marie-Emmanuelle Boileau, Alexa-Jeanne Dubé, Marie-Pier Favreau-Chalifour et Catherine Paquin-Béchard.

C’est déjà la fin de cette 33ème édition du Rendez-vous du Cinéma Québécois. Ce fut une première et agréable expérience pour moi que je  souhaite bien répéter l’an prochain.

Bientôt à venir : un article sur l’exposition Benoit Aquin : Mégantic photographié au Musée des beaux-arts et un autre sur le dernier concert de l’ensemble vocal À Contrevoix, lors de la nuit blanche à Montréal.

Marco Fortier

Marco Fortier
Marco Fortier

Carnets des Rendez-vous du cinéma québécois: courts métrages au programme! (2)

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Source : SPIRA. Crédit: Richard St-Pierre
Glace, crevasse et dérive. Source : SPIRA.
Crédit: Richard St-Pierre

COEURS ET CORPS

Cette deuxième série de courts métrages fut présentée le samedi 21 février 2015 à la salle Claude Jutra de la Cinémathèque québécoise. D’une durée variant entre 5 et 21 minutes et regroupés sous le thème Corps et cœurs, on y célèbre la danse et l’amour.

Encore une fois la salle était comble. J’ai dû faire la file pendant plus de 30 minutes pour m’assurer d’un siège. Le public, plus diversifié, semblait formé de festivaliers aguerris qui parlaient entre eux de leurs propres réalisations et des films qu’ils ont visionnés. Chacun des 6 réalisateurs est venu prendre la parole pour remercier le public de sa présence, reconnaître le travail des producteurs et distributeurs et finalement partager en quelques mots leur inspiration à la source de leur film.

Glace, crevasse et dérive

Glace, crevasse et dérive. Source: SPIRA. Crédit: Richard St-Pierre
Glace, crevasse et dérive.
Source: SPIRA.
Crédit: Richard St-Pierre

Chantal Caron – Glace, crevasse et dérive (Vidéo femmes, 2014 10 min)

Mon premier coup de cœur de cette série va à Glace, crevasse et dérive de la réalisatrice Chantal Caron, chorégraphe travaillant à St-Jean-Port-Joli où en 2006 elle a fondé Fleuve Espace Danse.

10 minutes de pur plaisir. Les images sont magnifiques et la musique superbe. Les deux danseurs, Karine Gagné et Thomas Casey, souvent habillés de noir, se démarquent sur ces banquises flottantes toutes blanches qui dérivent sur ce fleuve majestueux d’hiver. Vraiment bravo pour ce beau film.

La prochaine projection du film se déroulera lors de l’évènement Traverse Vidéo qui se tiendra en France, du 17 au 31 mars 2015.

Vanishing points

Marites Carino – Vanishing points (Video Signatures, 2014, 9 min)

Source: Marites Carino Crédit: Maxime Boisvert
Source: Marites Carino
Crédit: Maxime Boisvert

Ce court métrage de 9 minutes de la réalisatrice Marites Carino se mérite mon second coup de cœur. Il a été tourné sur les côtés d’un immeuble triangulaire, aujourd’hui détruit, de la rue Gilford à Montréal. Deux danseurs hip-hop, Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund, duo formant Tentacle Tribe, vont finalement se rencontrer à la pointe de l’immeuble.

La musique d’Andrés Vial et Tim Gowdy est répétitive, insistante et très efficace. La chorégraphie nous fait sourire par moment et les excellents danseurs y prennent clairement plaisir. D’ailleurs, notons que le film a été tourné « à reculons », c’est-à-dire que la chorégraphie prévoyait que les danseurs exécutent leurs mouvements de la fin vers le début. Au moment du montage, l’image projetée a été inversée. Ainsi, les spectateurs ont l’impression que les mouvements de la chorégraphie ont été exécutés dans l’ordre. On a l’impression que les danseurs avançaient mais en fait, ils reculaient. L’effet est absolument réussi et j’ai adoré ce film. Pour voir le « making of, suivez ce lien.

Prends soin de toi

Francis Fortin – Prends soin de toi (Francis Fortin, 2013, 5 min)

Prends soin de toi 1
Marianne Fortier dans « Prends soin de moi ». Source: Francis Fortin

Mon dernier coup de cœur de cette série est pour Prends soin de toi  du réalisateur Francis Fortin. Il nous disait avant la projection qu’il avait voulu rendre un court hommage au film Les Parapluies de Cherbourg. Cinq minutes, c’était vraiment trop court. On aurait aimé que ça continue et en savoir davantage sur ces deux jeunes amoureux, joués par Marianne Fortier et Dhanaé Audet-Beaulieu.

À noter que Francis Fortin sera présent au festival  Regard sur le Court Métrage qui se déroulera à la fin du mois de mars prochain. Les informations se trouvent ici.

Marco Fortier

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Marco Fortier
Marco Fortier

Carnets des rendez-vous du cinéma québécois : Courts métrages au programme! (1)

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par Marco Fortier

Du 19 au 28 février 2015 a lieu la 33e édition des Rendez-vous du cinéma québécois. On nous présente une belle programmation variée souvent en présence des réalisateurs, scénaristes et acteurs qui ne demandent pas mieux qu’échanger avec le public. Je ne peux que vous recommander d’aller vivre cette expérience et d’encourager nos artistes d’aujourd’hui et de demain.

En deux jours, j’ai pu visionner 4 longs métrages et 15 courts métrages. C’est de ces derniers dont je veux vous parler aujourd’hui.

LE BONHEUR, LE BONHEUR, PIS APRÈS ?

Source: Florence Pelletier Crédit: Anie Poupart
Source: Florence Pelletier
Crédit: Ariel Poupart

Samedi dernier, j’ai assisté aux courts-métrages présentés dans le cadre du programme Le bonheur, le bonheur, et puis après à la salle Fernand Séguin de la Cinémathèque québécoise. Les 9 courts-métrages du premier groupe variaient de 2 à 21 minutes, et ont tous été réalisés par des étudiants ou récents diplômés en cinéma des différentes universités du Québec. La salle était bondée par ce qui semblait être des parents, amis, étudiants ou collègues des réalisateurs. Ceux-ci étaient tous présents et sont venus devant la salle suite à l’appel de leur nom. Il y avait de la fébrilité dans l’air.

Les thèmes abordés allaient de la tristesse suite au rejet, à la séparation, la dépression ou le décès d’une personne aimée, en passant par la solitude, l’amitié brisée entre adolescents, jusqu’à la détérioration de notre environnement. Bref le bonheur n’était pas au rendez-vous, bien au contraire.

Le défi de taille pour un réalisateur de court métrage est de raconter une histoire qui interpelle le public, de lui présenter des personnages complexes, réels ou fictifs, en seulement quelques minutes. Plusieurs ont très bien réussi et je vous présente mes coups de cœur ci-après.

Il est toujours intéressant d’assister au premier visionnement public d’un film en présence des artistes impliqués. L’atmosphère qui règne dans un festival comme le RVCQ est bien différente de celle qu’on retrouve normalement. On peut ressentir la nervosité, la joie, la fierté des artistes et la curiosité du public. Le RVCQ est une vitrine très importante pour les courts-métrages et leurs jeunes réalisateurs qui ne jouissent habituellement pas d’une aussi grande visibilité que celle accordée aux longs métrages.

Seul(s)

Kevin Landry – Seul(s) (INIS, 2014, 11 min)

Mon premier coup de cœur va à Seul(s), dont le scénario a été écrit par Luis Molinié et du réalisateur Kevin Landry qui détient une formation en réalisation de l’INIS, ainsi qu’un baccalauréat en communication, profil cinéma de l’UQAM. Il aborde, d’une façon tout à fait inattendue et très originale, le thème de la solitude. Onze minutes pendant lesquelles le personnage principal, Nicolas, joué par Danny Gilmore, nous promène dans un labyrinthe de découvertes de soi par les autres et dont on se demande comment il s’en sortira.

* À noter que Seul(s) sera projeté en compétition du festival du Film Étudiant de Québec du 20 au 22 mars 2015, ainsi qu’au Festival du Film de l’Outaouais du 20 au 27 mars 2015.

Bromance

Florence Pelletier – Bromance (ADDR, 2014, 7 min)

Mon second coup de cœur va à Bromance de la réalisatrice montréalaise Florence Pelletier, récemment diplômée de l’Université Concordia. Elle a aussi remporté le prix du meilleur film réalisé par une femme pour son court métrage Mes anges à tête noire au Festival du film étudiant de Québec en 2013. En 7 minutes, elle brosse le portrait d’une relation entre deux jeunes adolescents fort sympathiques interprétés par Nicolas Fontaine et Luka Limoges. Le film débute par un punch qui nous fait tous rigoler et réussit bien à nous garder en haleine jusqu’à la fin. La qualité des images mérite d’être soulignée.

*À noter que Bromance sera présenté au Short Film Corner du Festival des films de Cannes du 13 au 23 mai 2015.

Demain et l’autre d’après

Francis Lacelle – Demain et l’autre d’après (INIS, 2014, 7min)

Mon troisième coup de cœur va à Demain et l’autre d’après principalement pour la qualité de jeu des deux acteurs principaux : Marianne Farley et Patrick Hivon. Ce court métrage d’une durée de 7 minutes a été réalisé par Francis Lacelle et Clodie Parent (scénario) qui se sont inspirés de la vie en banlieue de ce dernier, alors qu’il était adolescent. L’histoire est simple mais le scénario fait ressortir l’intensité des émotions ressenties par les deux personnages. En très peu de mots, on comprend bien le drame qui se vit devant nos yeux.

*À noter que le film Demain et l’autre d’après a gagné Le Prix Cinémental pour le meilleur court métrage canadien-français du Festival Cinemental au Manitoba qui a eu lieu du 17 au 19 et 24 au 26 octobre 2014. Ce prix a été décerné par un jury, formé cette année de Lorraine Bazinet, Bertrand Nayet et Norman Dugas.  Le film sera aussi présenté au Festival du film de l’Outaouais du 20 au 27 mars 2015.

 

Ce qui fane

Samuel Pinel-Roy – Ce qui fane (Samuel Pinel-Roy, 2014, 21 min)

Ce qui fane. Source: Samuel Pinel-Roy
Ce qui fane.
Source: Samuel Pinel-Roy

Mon coup de cœur suivant va à Ce qui fane du réalisateur Samuel Pinel-Roy(1), originaire de Rimouski et détenteur d’une maîtrise en arts de l’UQAC. Le réalisateur nous présente la détresse d’un petit garçon d’environ 10 ans suite au décès de sa grand-mère. Dans ce court métrage de 21 minutes, nous sont livrées de superbes scènes d’extérieur d’hiver dans le petit village d’Armagh dans la région de Bellechasse, de gros plans silencieux qui en disent long, et un choix musical recherché. On ne peut qu’être touché par ce petit garçon dont l’avenir est incertain.

* À noter que Ce qui fane sera présenté dans le cadre du festival Regard sur le court métrage au Saguenay, mercredi 11 mars 2015 à 19h00 au Théâtre Banque Nationale à Chicoutimi.

La conspiration du bonheur

Source: Édouard Dufour-Boileau Crédit: Larry Rochefort
Source: Édouard Dufour-Boileau
Crédit: Larry Rochefort

Édouard Dufour-Boiteau – La conspiration du bonheur (Capturographe, 2014, 11min)

Mon dernier coup de cœur de cette série est pour La conspiration du bonheur  du réalisateur Édouard Dufour-Boiteau. Un film lent qui traduit la tristesse d’un pédopsychiatre et de son jeune patient avec qui il partage un drame similaire. On sympathise avec les personnages qui savent nous transmettre leur désir de vivre et de surmonter ces moments difficiles. Du même réalisateur, When Bad Meets Evil a été présenté au Short Film Corner de Cannes.

Projections à venir:

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(1) Du même réalisateur :

  • Cinq réalisateurs, dont Samuel Pinel-Roy, ont reçu une carte blanche pour produire un vidéoclip sur la chanson Stroboscope, une musique de Frank et le Cosmos, qui sera diffusé à Regard dans le cadre d’un projet initié par La Bande Sonimage http://bandesonimage.org qui s’appelle Explorations Cosmiques. Il sera aussi diffusé sur la Fabrique Culturelle d’ici 3 semaines.
  • En 2008, Il a gagné (avec Gabriel Fortin et Maxime Milette) le Grand Prix Télé-Québec au Festival du Documenteur de l’Abitibi-Témiscamingue avec le film Donnant donnant, dans le concours de création (produire un documenteur sur place en 72heures) https://vimeo.com/48294647
  • Il est aussi directeur photo. https://vimeo.com/109044935

Samedi, la suite des carnets des Rendez-vous du cinéma québécois – courts métrages au programme!

Marco Fortier

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Marco Fortier
Marco Fortier

Un Québécois et une juive hassidique : un amour possible?

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Entretien avec Maxime Giroux autour du film Félix et Meira[1]

Source: Métafilms. Crédit: Julie Landreville
Source: Métafilms. Crédit: Julie Landreville

Quelques jours après la sortie du film Félix et Meira, je me suis entretenue avec son réalisateur Maxime Giroux pour discuter de son dernier opus, mais aussi des sujets délicats qu’il aborde avec intelligence, délicatesse mais sans complaisance.

Le film raconte l’improbable histoire d’amour entre deux êtres que tout sépare : Meira (Hadas Yaron), jeune mère et épouse juive ultra-orthodoxe qui se sent prisonnière d’un destin qu’elle refuse, et Félix (Martin Dubreuil), Québécois bohème en rupture avec sa famille et son milieu bourgeois où il ne se reconnaît pas. Les deux se croisent au hasard sur les trottoirs du Mile-End et dans les cafés d’Outremont. Tranquillement, l’un apportera réconfort et un peu de sens à la vie de l’autre qui en a bien besoin.

Pour une trop rare fois au cinéma, l’histoire est campée au cœur de l’hermétique communauté juive hassidique de Montréal. Avec érudition, objectivité et humilité, Giroux nous propose une incursion dans le quotidien des membres de cette communauté dont la vie est encadrée par des règles qui peuvent sembler étouffantes. Ainsi, le thème de la liberté traverse l’œuvre et lui confère une dimension universelle. Elle force la réflexion autour de celle dont jouissent ou non les femmes, celle que nous offre parfois jusqu’au vertige la société occidentale et à l’inverse, celle qu’on encadre soigneusement dans certaines communautés religieuses. Ce thème confère à l’œuvre une dimension universelle.

Lauréat du meilleur film au dernier Festival international du film de Toronto (TIFF) qui s’est tenu en septembre dernier, le film de Maxime Giroux est arrivé sur nos écrans quelques semaines après l’attentat perpétré chez Charlie Hebdo, relançant de plus belle les débats entourant la laïcité, la liberté d’expression, l’intégrisme religieux et l’intégration des nouveaux arrivants. Ce film constitue une véritable bouffée d’air frais dans un espace public où l’on pratique de plus en plus la complaisance et l’autocensure, par peur de déplaire ou choquer. C’est donc naturellement autour de ces questions délicates mais néanmoins fondamentales que s’est déroulé mon entretien avec Maxime Giroux, un artiste brillant et articulé.

MDA : Votre film arrive à point nommé alors que le débat sur l’intégration des immigrants a repris de plus belle. Dans ce contexte, avez-vous eu peur qu’il soit mal reçu?

M.G. : L’an dernier, nous avons tourné le film en plein débat sur la charte des valeurs (québécoises). Je n’étais pas nécessairement en faveur de cette charte-là mais je suis d’avis qu’il faut mener cette réflexion collective sur la laïcité et l’intégration des nouveaux arrivants. À tort, beaucoup de gens ont dénoncé ce projet de charte et alléguaient que tout va bien et qu’il ne fallait pas ouvrir ce débat. Au contraire, c’était nécessaire de le faire car si on n’aborde pas ces questions-là maintenant, on devra faire face à des défis de taille dans 20, 30 ou 40 ans.

Aussi, je remarque que dès que les Québécois francophones abordent des questions liées à l’immigration, ils sont souvent perçus comme racistes. En réalisant Félix et Meira, j’avais peur de la réception du film au sein de la communauté juive, tant chez les ultra-orthodoxes que les autres. Partout à travers le monde, notamment aux États-Unis et en France, il a été bien reçu. Les deux seules fois où les entrevues se sont moins bien déroulées, c’étaient à Toronto. J’ai senti que le fait que je sois Québécois francophone et avais osé faire un film sur les Juifs posait problème. Portant, c’est en creusant des questions comme je le fais dans mon film que des préjugés en viennent à tomber et ainsi, favoriser les rapprochements entre les communautés. Les préjugés se forgent quand on ne connaît pas l’Autre.

MDA : Quelle a été la genèse du film? Pourquoi avoir voulu raconter une histoire qui se déroule dans la communauté hassidique?

M.G. : Le sujet se trouvait sous nos yeux à Alexandre Laferrière (co-scénariste) et moi. Tous les deux, nous habitions dans le Mile-End depuis plusieurs années et chaque jour, nous côtoyons des Juifs hassidiques. J’étais confronté au fait que je ne pouvais pas leur parler. Notre étonnement et frustration de ne pas pouvoir communiquer avec nos voisins ont été les éléments déclencheurs du film.

Pour que l’histoire soit intéressante, nous avions besoin d’un personnage Québécois francophone qui arrive à entrer en relation avec les hassidim. L’histoire de Félix, sa démarche, c’est un peu celle que nous avons dû suivre pour nous permettre d’effectuer la recherche nécessaire à la réalisation du film. Au départ, nous avons essayé d’accéder tout aussi naïvement que notre personnage aux membres de cette communauté jusqu’à ce qu’on se rende compte que l’entreprise était beaucoup plus complexe que nous l’avions imaginé.

Maxime Giroux Crédit: Julie Landreville Source: Metafilms
Maxime Giroux
Crédit: Julie Landreville
Source: Metafilms

MDA : Avez-vous eu besoin de vous déguiser comme l’a fait Félix?

M.G. : Non! Par contre, disons qu’à certains moments, nous avons forcé les choses pour qu’elles arrivent. On s’est parfois fait gentiment mettre à la porte de synagogues, d’autres fois, on devait argumenter pour rester sur place. Heureusement, nous avons fini par rencontrer des gens prêts à nous raconter leur expérience.

MDA : Combien de temps avez-vous consacré à la recherche vous permettant de connaître suffisamment les Juifs ultra-orthodoxes, leurs codes et coutumes?

M.G. : Pendant trois ans, nous nous sommes documentés et avons rencontré des ex-membres de cette communauté provenant de Montréal et New York.

MDA : Comment avez-vous réussi à rencontrer des hassidim en rupture avec leur communauté?

M.G : C’est beaucoup plus facile de rencontrer d’anciens membres de cette communauté que ceux qui y en font toujours partie. De fil en aiguille, en discutant avec des gens, nous avons été mis sur la piste ou en contact avec certains d’entre eux. D’ailleurs, la distribution du film compte cinq anciens hassidim.

Il y a quelques jours, nous avons présenté le film à la soirée de clôture du New York Jewish Film Festival qui se déroulait au Lincoln Center. Ultimement, c’était la soirée qui me rendait le plus nerveux parce que le public était composé soit de Juifs non-pratiquants, soit des ex-membres de la communauté hassidique et j’avais peur de me faire ramasser. Ils ont adoré le film qui les a vraiment touchés. Après la projection, beaucoup de gens sont venus me dire que j’avais raconté leur histoire.

MDA : Selon vos recherches et les témoignages que vous avez recueillis, comment se passe la transition vers une vie à l’occidentale pour les gens qui choisissent de quitter la communauté hassidique?

M.G. : C’est très difficile de sortir et survivre en dehors de cette communauté. Après avoir quitté, certains membres y reviennent parce qu’ils se retrouvent complètement seuls et sans ressources. Ils ne parlent pas notre langue, ne possèdent pas de diplômes, ne sont pas arrivés à trouver un boulot et parfois même, à se loger. À New York, l’organisation Footsteps fondée par des ex-hassidim existe depuis quelques années. Elle leur vient aide en fournissant un logement, et en défrayant les coûts de leur éducation. Après avoir quitté leur milieu, ils n’ont plus de contacts avec les membres de leur famille et leurs amis. Pour eux, c’est un choix aussi difficile qui se compare à celui d’un immigrant qui décide de recommencer sa vie ailleurs en partant de zéro. Ces anciens hassidim doivent apprendre – ou réapprendre comment fonctionne la vie. Ajoutez à cela que depuis toujours, on leur a répété que notre monde était rempli de vices et que nous, les gens qui vivent à l’extérieur de leur communauté, représentons le Mal. Pour Luzer Twersky, qui joue le personnage de Shulem, le mari de Meira, depuis qu’il a quitté sa communauté, il ne voit plus ses deux enfants. Il a été sans-abri pendant un certain temps et il a encore de la difficulté à joindre les deux bouts.  

Dans le cas de Meira, cet apprentissage de la vie en dehors de son milieu la ramène à l’adolescente qu’elle n’a jamais eu le loisir d’être. À cet âge, soit autour 12-13 ans, on apprend à ces jeunes filles à être une épouse et une mère. On leur apprend à cuisiner, à tenir une maison, les mathématiques car elles devront administrer l’argent du ménage. À 18 ans, elles se marient et deviennent des mères à leur tour. Aussi, au Québec, contrairement aux garçons, elles apprennent des rudiments de français. De leur côté, dès l’âge de 13 ans, les garçons se consacrent entièrement à l’étude de la Torah.

MDA : Croyez-vous que ces ex-hassidim sont plus heureux une fois qu’ils ont quitté leur milieu?

M.G. Je pense qu’il y a autant de gens heureux que malheureux dans les communautés fermées comme les ultra-orthodoxes que dans la nôtre. Aujourd’hui, on assiste à un retour du religieux dans les sociétés occidentales parce que les religions offrent ce cadre et ces règles que nous avons abandonnés. D’ailleurs, la plupart des nouveaux convertis font du zèle dans leur pratique car ils aiment être encadrés. Il arrive souvent que ces gens n’ont pas ou plus de contacts avec leur famille. D’ailleurs, dans le cas de Félix, il avait échappé au contrôle familial et refusé de vivre selon les codes de son milieu et de la société capitaliste. Dans son cas, comme il ne poursuit pas de buts, de projets, il se retrouve complètement perdu.

MDA : Tout sépare Félix et Meira. Pourquoi tombe-t-elle amoureuse de lui?

M.G : Je ne pense pas qu’elle tombe réellement amoureuse de lui. Il s’agit d’un amour circonstanciel. Tous les deux sont perdus et se reconnaissent à travers ce que vit l’autre. Lui est un adulte ayant adopté un mode de vie adolescent et elle veut retrouver cette adolescence qui lui a échappée. Elle aime sans doute son mari mais elle rejette ce destin-là. Et Shulem souhaite qu’elle suive les règles qui régissent leur mode de vie, le seul qu’il connaisse et qui correspond à ses attentes. Lorsqu’il se rend compte qu’elle ne peut plus être heureuse, il la laisse partir.

En ce qui concerne Félix, Meira a besoin de lui et c’est la première fois que ça lui arrive. Aussi, elle représente la famille, l’engagement même si à la fin, il n’est plus certain d’avoir pris la décision et se demande dans quel bateau il s’est embarqué. À la toute fin du film, les doutes que tous les deux laissent paraître sont tous à fait normaux dans les circonstances. Meira pense avoir pris la bonne décision. Elle sait que ce qui l’attend sera difficile, d’autant plus que sa petite fille ne pourra plus voir son père. Peut-être, comme les autres juifs hassidiques que j’ai rencontrés, un jour sur deux, elle regrettera sa décision.

MDA : Où pourra-t-on voir votre film ailleurs qu’au Québec?

M.G : Depuis le 4 février, il est présenté en salles en France et en Suisse, Par la suite, ce printemps il sera disponible en Belgique, puis aux États-Unis.

La semaine dernière, La Presse nous apprenait que de nombreuses salles ont été ajoutées un peu partout au Québec à celles où était déjà projeté le film. Pour consulter l’horaire de projection dans la grande région de Montréal, suivez ce lien.

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Le 1er février dernier, dans sa passionnante émission Tout un cinéma, diffusée sur les ondes d’Ici Musique, Rémy Girard a consacré cette édition à la bande sonore de Félix et Meira, de même qu’à la musique juive entendue au cinéma.

[1] Avertissement : certains éléments de l’intrigue du film sont dévoilés à la fin de ce texte.

Myriam D’Arcy

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Une bouffée d’air frais nommée Xavier Dolan

Publié le Mis à jour le

Mommy-de-Xavier-Dolan-afficheAprès plusieurs mois d’attente nourrie par les nombreux prix et critiques élogieuses qui arrivent de par le monde, Mommy, le dernier opus de Xavier Dolan est enfin diffusé sur nos écrans. Le public est au rendez-vous comme en témoignent les salles aussi bondées qu’à une première de spectacle d’humour des jours derniers. Malgré ce qu’en pensent Vincent Guzzo[1] et certains animateurs de radios populistes qui se plaisent à qualifier notre cinéma de sombre ou « lamentard », les Québécois ne boudent pas leurs productions quand des efforts comparables sont déployés pour la promotion des films d’ici que pour les blockbusters américains. En effet, un article publié aujourd’hui sur le site de Radio-Canada confirme le départ canon pour le film de Dolan qui a engrangé des recettes frôlant le demi-million de dollars au cours des derniers jours, ce qui en fait le plus grand succès populaire depuis Lance et Compte, sorti sur nos écrans en 2010. Pour citer Diane Després, le personnage incarné par Anne Dorval dans Mommy : « les sceptiques seront confondus ».

La barre était donc placée très haute et je ne suis pas déçue, bien au contraire. À mon avis, il s’agit du meilleur film offert par Dolan. Le plus achevé et réussi à tous points de vue. Mommy aborde un thème cher au réalisateur, la relation mère-fils dans toute sa complexité, ses zones d’ombres et sa grande richesse.

Nous sommes conviés à un très grand rendez-vous d’acteurs qui sont au sommet de leur art. Malgré ses dix-sept ans, le jeu d’Antoine Olivier Pilon est bouleversant de vérité. Sans jamais caricaturer, il incarne avec justesse un adolescent explosif, violent et charmeur aux prises avec un sévère trouble de déficit de l’hyperactivité et de l’attention (TDHA). De son côté, Anne Dorval est rien de moins que magistrale en mère courage qui tente avec le plus de générosité, d’amour et de lucidité possibles de sauver son fils de lui-même.

Les plans de caméra sont filmés de très proche, sans recul, qui obligent les acteurs à offrir une performance soutenue et sans filet. Quant à nous, nous avons l’impression d’être témoins impuissants et indiscrets de l’action qui se vit sous nos yeux. L’ambiance chargée d’émotion est poignante et ne baisse pas d’intensité pendant toute la durée du film. En particulier, je pense à quelques scènes, la première crise de Steve revenu à la maison, l’assaut sur Kayla qui lui fait la classe à la maison et une scène déchirante à la fin du film où Diane imagine ce qu’aurait pu être leur destin sans la maladie.

Il s’agit d’une œuvre universelle mais dont l’action et le propos sont résolument ancrés dans le Québec. Ne serait-ce que par le langage coloré des personnages, les références culturelles bien de chez nous (Marjo et Céline, « notre trésor national »), mais aussi le lieu choisi, un Longueuil bien réel, et non une banlieue fictive qui aurait pu être partout et nulle part en même temps.

Xavier Dolan  Source: canoe.ca
Xavier Dolan
Source: canoe.ca

Dolan, dont tous les films voyagent partout sur la planète, prouve que le Québec est assez beau pour être montré à la face du monde, sans fard ni artifices et malgré ses imperfections. Le regard qu’il pose sur sa société est tendre et dénué de jugements, tout autant que celui qu’il porte sur ses personnages issus des classes populaires. Ils sont ce qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts et tentent de faire de leur mieux.

Un artiste engagé dans sa communauté

Depuis son entrée en scène fracassante en 2009 avec J’ai tué ma mère, son premier film réalisé à dix-neuf ans, l’acteur-réalisateur-scénariste surdoué est souvent critiqué pour ses déclarations, ses coups de gueule et sa confiance en lui-même qui est souvent associée à l’arrogance.

Pourtant, nous devrions être reconnaissants envers Xavier Dolan et pas seulement pour cette œuvre qu’il construit à vive allure et qui fait briller le Québec. Nous devrions lui être reconnaissants de prendre part au débat public, de s’investir dans les grandes questions qui traversent notre société. Loin d’être individualiste, il veut son succès

Anne Dorval, Xavier Dolan, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon. Festival de Cannes, 22 mai 2014
Anne Dorval, Xavier Dolan, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon. Festival de Cannes, 22 mai 2014

collectif. Son appel à la jeunesse à Cannes en était une belle démonstration, tout comme les honneurs qu’il partage spontanément avec ses acteurs à qui il voue une grande fidélité. À l’ère où le chacun pour soi est roi, et où l’enracinement est un concept démodé, ça fait du bien de constater que la réussite ne rime pas nécessairement avec un certain affranchissement du Québec devenu trop petit pour être le lieu d’épanouissement de ses ambitions.

Au fil du temps, Dolan a embrassé quelques causes qui ont défrayées les manchettes. Il a été un ardent promoteur du nécessaire engagement de l’État pour la culture et s’est exprimé à ce sujet sur plusieurs tribunes, notamment au printemps dernier lors d’une tournée médiatique qui a suivi la réception du Prix du jury à Cannes au printemps dernier et en réponse à quelques-uns de ses détracteurs au cours des dernières

Distribution de Laurence Anyways, Festival de Cannes 2012
Distribution de Laurence Anyways, Festival de Cannes 2012

années. Il n’a pas hésité à défendre la gratuité scolaire au moment de la crise étudiante, position qu’il a portée jusque sur les tapis rouge de Cannes, intéressant du même coup les médias du monde entier à ce débat qui soulevait les passions chez nous. Il n’a jamais caché son adhésion en faveur de l’indépendance du Québec et signera d’ailleurs un texte dans un ouvrage collectif portant sur la question dirigé par Léa Clermont Dion à paraître cet automne. Finalement, dans son édition du 3 septembre dernier, la revue française Télérama rapportait des propos de Dolan suite à son refus à recevoir la Queer Palm, prix remis en marge du Festival de Cannes et qui « récompense un film pour ses qualités artistiques et son traitement des questions gay, lesbienne, bi ou trans ainsi que sur son traitement décalé des questions de genre ». Ses propos pleins de sagesse montrent qu’il conçoit la société comme un tout et non la somme d’individus ou groupes d’intérêts particuliers.

« Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghetoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays ? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais ! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir[2]. »

Que l’on soit en accord ou non avec ses prises de position, il n’en demeure pas moins que Xavier Dolan est un artiste engagé dans la société québécoise, qui l’aime et s’en soucie assez pour créer sur et à partir d’elle tout en s’impliquant à défendre les causes qui lui sont chères, sans jamais se censurer. N’est-ce pas là l’une des fonctions essentielles de l’artiste, soit de bousculer les conventions, de tirer et pousser sa société, de l’éclairer, de la révéler à elle-même? Xavier Dolan est une véritable bouffée d’air frais dans cet univers médiatique où la langue de bois est reine et j’espère qu’il continuera longtemps de nous éclairer par ses formidables films et ses réflexions d’un jeune homme libre.

[1] Propos publiés dans l’édition du 13 novembre 2012 du Journal de Montréal et sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle.

[2] http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/09/20/xavier-dolan-degoute-par-les-prix-recompensant-les-films-gays_4490979_3246.html

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

Gaston Miron : la poésie pour ne pas mourir

Publié le Mis à jour le

(Texte publié sur le site de Plateau arts et culture le 17 mars 2014)
Vendredi soir dernier, j’ai assisté à la première de l’audacieux et bouleversant documentaire Miron : un homme revenu d’en dehors du monde du réalisateur Simon Beaulieu, documentaire qui rappelons-le a clôturé la dernière édition des Rendez-vous du cinéma québécois.

Ceux qui ont vu son documentaire précédent consacré à Gérald Godin s’attendront sans doute à un portrait journalistique du poète mais il n’en n’est rien. Dans une forme efficace et très originale qui fait tantôt appel aux images d’archives, tantôt à des effets spéciaux, Simon Beaulieu prend le pari de nous faire voir le Québec, son peuple et son histoire à travers le regard, les mots et la poésie de Miron. Ce procédé non conventionnel fait dire au réalisateur que son film se trouve à mi-chemin entre le documentaire et l’essai visuel.

miron-nuit-cinecc81ma-quecc81becc81coisLe spectateur se sent projeté dans la tête de Miron qui récite ses plus grands poèmes en même temps que défilent des images de foules tirées de nombreux documentaires de l’Office national du film. Beaulieu explique avoir visionné presque tous les films disponibles à l’ONF pour en extraire les images d’archives retenues pour son documentaire et que nous avons trouvées bouleversantes. Défricheurs, draveurs, laboureurs, travailleurs d’usine, manifestants, et participants aux grands rassemblements politiques… l’histoire du Québec en construction, puis, en ébullition défile sous nos yeux. C’est donc un double hommage qui est rendu : à Miron d’abord, mais aussi à ces hommes et femmes qui ont bâti le Québec.

En s’attardant au peuple canadien-français puis québécois dans sa lutte pour la survivance et l’émancipation nationale plutôt que sur la vie de Miron, Beaulieu affirme avoir voulu rester fidèle au poète dont l’œuvre est écrite au « nous ». Ainsi, le réalisateur veut montrer que la littérature et la poésie de Miron portait en elle-même toute l’histoire du Québec.

Le réalisateur a fait une sélection judicieuse des lectures de poèmes. Pensons notamment à l’interprétation solennelle de « Compagnons des Amériques » qui résonne tel un appel à la résistance, un ton plus juste que l’adaptation en chanson faite par Richard Séguin dans le cadre des Douze hommes rapaillés dont la mélodie et les arrangements ne servent pas le texte.

Au visionnement du film, deux sentiments nous assaillent sans jamais nous quitter : une infinie tristesse, celle du poète, du peuple qui « n’en finit jamais de ne pas naître » jusqu’à devenir insoutenable pour nous, spectateurs. Cette « vie agonique » que combat Miron par son art et sa poésie afin d’inscrire l’histoire du Québec dans la durée plutôt que la mort. Beaulieu résume l’engagement de Miron en le citant : « J’affirme que ma différence au monde c’est ma culture et cette culture est un enrichissement au patrimoine universel ».
Et l’autre sentiment, la solitude, celle que Miron a cherché à vaincre toute sa vie dans son infatigable quête amoureuse est très habilement représentée par un couple dansant en silence de manière mécanique, presque déshumanisée.

Faire vivre la culture québécoise
Ouvertement engagé, Beaulieu prend parti en faveur de l’indépendance du Québec. simon-beaulieuPour expliquer ses convictions, il cite Gaston Miron de mémoire : « Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas une expression politique qui nous informe au monde et dans le monde on va être en deçà de la réalité et on ne pourra pas se réaliser pleinement et autant individuellement et collectivement ». Pour réussir, le projet d’indépendance doit être enthousiaste et positif. Et selon lui, la meilleure manière d’y arriver est de faire la promotion de l’histoire et de la culture québécoises. Il faut collectivement savoir qui nous sommes et en être fiers pour inciter les derniers arrivés à dire « nous » et faire leur la culture québécoise.

À travers ses films sur Gérald Godin et Gaston Miron, Simon Beaulieu souhaite donc transmettre une mémoire, notamment celle de la lutte pour l’émancipation nationale, mais aussi, mener une réflexion sur l’avenir de la culture québécoise qu’il sent menacée. Grâce à la poésie exceptionnelle de Miron ainsi qu’aux cinéastes à qui il rend hommage dans son film, le réalisateur veut montrer à quel point notre culture peut être grande et nous distingue des autres cultures nationales.

À la sortie du film, nous sommes tenaillés par le même sentiment d’urgence que Miron: celui qu’il faille combattre coûte que coûte l’acculturation des Québécois pour ne pas disparaître.

Simon Beaulieu est un cinéaste de grand talent qui traite avec érudition, intelligence et pertinence de ses sujets. Son œuvre cinématographique constitue une référence incontournable et essentielle pour comprendre l’histoire récente du Québec. Sans hésitation, Miron : un homme revenu d’en dehors du monde est un hommage à la hauteur du poète.

 

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Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédits André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédits André Chevrier

Le cinéma historique au Québec, un genre négligé

Publié le Mis à jour le

(Texte publié le 21 décembre 2013 sur le site Plateau arts et culture)

 

Depuis quelques années, même si les succès au box-office ne se matérialisent pas toujours[1], le cinéma québécois se porte bien et récolte un succès d’estime grandissant. Nos films et cinéastes sont récompensés dans les plus prestigieux festivals internationaux et récemment, Denis Villeneuve[2] et Philippe Falardeau[3] ont tourné des films aux États-Unis avec le succès que l’on connaît.

Tous nos films ne sont pas des chefs-d’œuvre, mais la plupart des propositions cinématographiques sont intéressantes. Bernard Émond, Denys Arcand, Sébastien Rose, Micheline Lanctôt et Sébastien Pilote pour ne nommer que ceux-là nous offrent tous un point de vue original sur la société québécoise qui mérite qu’on s’y attarde. Par contre, à peu près aucun film récent ne porte sur l’histoire du Québec et les grands évènements qui ont façonné le destin de notre nation. Pourquoi?

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Pourtant, les Québécois aiment le genre historique comme en témoignent les grands succès du box-office québécois des quinze dernières années (Séraphin : Un homme et son péché (2002), Aurore (2005), Le Survenant (2005) qui étaient pour la plupart issus de notre patrimoine littéraire et télévisuel.

En passant en revue les films à saveur historique qui nous ont été proposés au fil des dernières années, on remarque que la grande majorité raconte l’histoire de héros populaires qui, contre toute attente, sont sortis de leur misère pour réaliser des exploits qui ont fait la fierté de tout un peuple. Pensons bien sûr à Maurice Richard, à Alys Robi, – dans une certaine mesure Dédé Fortin et Gerry Boulet – et bien entendu, Louis Cyr. Ces films ont tous connu un immense succès. À leur façon, ils agissent comme un baume sur notre cœur de nation blessée, ils nous rappellent que, pour paraphraser le barbier incarné par Rémy Girard dans Maurice Richard – il est rare qu’un Canadien français « gagne ». Cette trame est aussi particulièrement évidente dans Louis Cyr qui décide de devenir l’homme le plus fort du monde suite aux insultes et humiliations répétées des Irlandais à l’encontre de ses compatriotes Canadiens-français dans la ville ouvrière de Lowell au Massachusetts où sa famille et plusieurs autres ont émigré pour fuir la misère qui sévit dans leur pays d’origine.

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Exception faite du flop Nouvelle-France (2004) de Jean Beaudin, depuis Les Ordres de Michel Brault (1974) et par la suite, Octobre (1994)et 15 février 1839 (2001) de Pierre Falardeau, très peu de cinéastes ont réalisé des œuvres de fiction portant sur l’histoire du Québec.

Nous proposons deux explications. La première est d’ordre politique et financière. Nulle œuvre cinématographique d’envergure ne peut être réalisée sans le soutien financier d’institutions publiques comme la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), principal bailleur de fonds du cinéma québécois et Téléfilm Canada. Or, comme ces organismes relèvent des gouvernements, il peut arriver que certains choix de financer ou non des projets deviennent politiques. Ce fût le cas pour Pierre Falardeau, passionnément engagé pour la cause du Québec et pamphlétaire, qui s’est vu refuser ses projets à maintes reprises. Rappelons-nous la dure bataille qu’il a dû livrer pendant 6 longues années[4] pour obtenir le financement de son film Octobre, qui a d’ailleurs été encensé par la critique et le public. Et que dire du refus répété et entêté de Téléfilm Canada pendant quatre ans à financer 15 février 1839 qui porte sur la pendaison de l’une des figures emblématiques du mouvement patriote de 1837-1838[5]. Cette saga s’était soldée par une campagne de souscription publique sans laquelle le film n’aurait pu voir le jour. Il aura été ainsi démontré qu’au moins à deux reprises, des projets portant sur l’histoire politique du Québec n’auront pas trouvé grâce aux yeux des décideurs publics.

La deuxième explication est d’ordre sociologique. Pour une petite nation comme la nôtre, dont l’existence n’a pas toujours été assurée dans le temps, qui s’est longtemps vue comme un peuple de second ordre, nous avons longtemps cru que les grandes réalisations n’étaient pas à notre portée[6]. Encore aujourd’hui, il nous arrive de nous dire « Ce succès est formidable pour un p’tit Québécois… ». Le fameux sentiment d’imposteur, de « colonisé » a la vie dure et subsiste encore dans notre inconscient collectif. Qui plus est, certains sont tentés de croire que l’histoire d’une jeune nation comme la nôtre manque d’intérêt pour le reste du monde.

Nous serions heureux de voir œuvres notamment sur la Crise de la Conscription de 1917 dont le récit ne manque pas d’intérêt, ou encore sur le rôle fondamental de Jeanne Mance, sans qui Montréal n’aurait jamais été fondée. La parution très médiatisée de l’ouvrage La bataille de Londres de l’historien Frédéric Bastien (Boréal, 2013) a montré que les évènements entourant le rapatriement de la Constitution canadienne de 1982 étaient dignes d’un grand roman d’espionnage. Finalement, le grand film – ou une mini-série de qualité comme celle d’Yves Simoneau sur Napoléon Bonaparte (2002) – sur la Guerre de Sept Ans et la Conquête britannique reste à faire.

Le cinéma historique est d’une grande utilité puisqu’il agit comme puissant révélateur de notre passé. Toutes les grandes nations l’ont compris. De grands films historiques nous rappelleraient les grands évènements qui ont marqué notre parcours, mais aussi, révèleraient notre existence au monde. Le fruit est maintenant mûr, d’autant plus que le succès d’estime de nos films à l’étranger offre une formidable chance pour se lancer avec confiance.

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[1] http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201306/19/01-4662889-cinema-quebecois-lassistance-en-baisse-de-48-.php

[2] http://www.youtube.com/watch?v=nPD2jPLSIPQ

[3] http://www.lapresse.ca/cinema/201304/03/01-4637352-the-good-lie-le-casting-du-film-de-falardeau-est-complete.php

[4] http://www.ledevoir.com/culture/cinema/269924/pierre-falardeau-chronologie

[5] http://voir.ca/cinema/2001/01/18/15-fevrier-1839-le-falardeau-de-la-preuve/

[6] À ce sujet, j’invite le lecteur à lire les mémoires du sociologue Fernand Dumont qui a souvent écrit sur le destin collectif des Québécois. Fernand DUMONT, Récit d’une émigration. Mémoires, Boréal, 1997, 372 p.

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Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédits André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédits André Chevrier