Myriam D’Arcy

Le grand bal énergique d’Alexandre Désilets

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Alexandre Désilets au Club Soda, 9 octobre 2014. Crédit: Alexandra Bourbeau
Alexandre Désilets au Club Soda, 9 octobre 2014.
Crédit: Alexandra Bourbeau

Hier soir avait lieu au Club Soda le Bal dans l’Ghetto, Fancy Glitter! spectacle-évènement très attendu d’Alexandre Désilets où il présentait les chansons de son plus récent album Fancy Ghetto. Mes attentes étaient très élevées puisque j’ai vu Désilets aux dernières Francofolies lors d’une trop courte mais néanmoins excellente prestation. Il faut dire aussi que ces derniers mois, j’ai écouté en boucle et sans me lasser, ce disque excellent du début à la fin.

Le Club Soda était rempli à craquer et la foule, fébrile. Il faut dire que cet évènement était annoncé et attendu par ses fans depuis plusieurs mois. Pendant deux heures, Alexandre Désilets a enchaîné de manière très efficace les chansons de Fancy Ghetto et de La garde, son précédent album. Notons trois moments forts durant la soirée : au moment de jouer Bats-toi mon cœur où la scène et la foule se sont littéralement embrasées, Renégat, le premier extrait de l’album lancé au printemps dernier et J’oublierai, de La garde qui s’est conclue presque tel un feu d’artifices.

La mise en scène de Brigitte Poupart et les chorégraphies bien maîtrisées n’empêchaient pas le chanteur d’évoluer sur les planches avec aisance et naturel. De plus, le thème des bars et de la nuit qui traverse le dernier album se prêtait tout à fait à la soirée qui avait des allures de fête.

Je l’écrivais en juin dernier : nous sommes en face d’un artiste très talentueux à tous les plans et sa prestation d’hier soir n’a fait que renforcer cette évidence. Sa voix est riche et puissante, en plus d’être tout à fait unique. Ses chansons sont efficaces et bien tournées et donnent envie de les chanter avec lui. Sur scène, son bonheur est palpable. Il ne s’économise pas un instant sans que sa voix ne flanche. C’est donc dire qu’il a du coffre. Ajoutons aussi que ses talents de danseur hérités d’une carrière passée n’est rien pour gâcher la sauce, surtout pour son public féminin!

Vraiment, Alexandre Désilets a tout pour lui.

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

Une bouffée d’air frais nommée Xavier Dolan

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Mommy-de-Xavier-Dolan-afficheAprès plusieurs mois d’attente nourrie par les nombreux prix et critiques élogieuses qui arrivent de par le monde, Mommy, le dernier opus de Xavier Dolan est enfin diffusé sur nos écrans. Le public est au rendez-vous comme en témoignent les salles aussi bondées qu’à une première de spectacle d’humour des jours derniers. Malgré ce qu’en pensent Vincent Guzzo[1] et certains animateurs de radios populistes qui se plaisent à qualifier notre cinéma de sombre ou « lamentard », les Québécois ne boudent pas leurs productions quand des efforts comparables sont déployés pour la promotion des films d’ici que pour les blockbusters américains. En effet, un article publié aujourd’hui sur le site de Radio-Canada confirme le départ canon pour le film de Dolan qui a engrangé des recettes frôlant le demi-million de dollars au cours des derniers jours, ce qui en fait le plus grand succès populaire depuis Lance et Compte, sorti sur nos écrans en 2010. Pour citer Diane Després, le personnage incarné par Anne Dorval dans Mommy : « les sceptiques seront confondus ».

La barre était donc placée très haute et je ne suis pas déçue, bien au contraire. À mon avis, il s’agit du meilleur film offert par Dolan. Le plus achevé et réussi à tous points de vue. Mommy aborde un thème cher au réalisateur, la relation mère-fils dans toute sa complexité, ses zones d’ombres et sa grande richesse.

Nous sommes conviés à un très grand rendez-vous d’acteurs qui sont au sommet de leur art. Malgré ses dix-sept ans, le jeu d’Antoine Olivier Pilon est bouleversant de vérité. Sans jamais caricaturer, il incarne avec justesse un adolescent explosif, violent et charmeur aux prises avec un sévère trouble de déficit de l’hyperactivité et de l’attention (TDHA). De son côté, Anne Dorval est rien de moins que magistrale en mère courage qui tente avec le plus de générosité, d’amour et de lucidité possibles de sauver son fils de lui-même.

Les plans de caméra sont filmés de très proche, sans recul, qui obligent les acteurs à offrir une performance soutenue et sans filet. Quant à nous, nous avons l’impression d’être témoins impuissants et indiscrets de l’action qui se vit sous nos yeux. L’ambiance chargée d’émotion est poignante et ne baisse pas d’intensité pendant toute la durée du film. En particulier, je pense à quelques scènes, la première crise de Steve revenu à la maison, l’assaut sur Kayla qui lui fait la classe à la maison et une scène déchirante à la fin du film où Diane imagine ce qu’aurait pu être leur destin sans la maladie.

Il s’agit d’une œuvre universelle mais dont l’action et le propos sont résolument ancrés dans le Québec. Ne serait-ce que par le langage coloré des personnages, les références culturelles bien de chez nous (Marjo et Céline, « notre trésor national »), mais aussi le lieu choisi, un Longueuil bien réel, et non une banlieue fictive qui aurait pu être partout et nulle part en même temps.

Xavier Dolan  Source: canoe.ca
Xavier Dolan
Source: canoe.ca

Dolan, dont tous les films voyagent partout sur la planète, prouve que le Québec est assez beau pour être montré à la face du monde, sans fard ni artifices et malgré ses imperfections. Le regard qu’il pose sur sa société est tendre et dénué de jugements, tout autant que celui qu’il porte sur ses personnages issus des classes populaires. Ils sont ce qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts et tentent de faire de leur mieux.

Un artiste engagé dans sa communauté

Depuis son entrée en scène fracassante en 2009 avec J’ai tué ma mère, son premier film réalisé à dix-neuf ans, l’acteur-réalisateur-scénariste surdoué est souvent critiqué pour ses déclarations, ses coups de gueule et sa confiance en lui-même qui est souvent associée à l’arrogance.

Pourtant, nous devrions être reconnaissants envers Xavier Dolan et pas seulement pour cette œuvre qu’il construit à vive allure et qui fait briller le Québec. Nous devrions lui être reconnaissants de prendre part au débat public, de s’investir dans les grandes questions qui traversent notre société. Loin d’être individualiste, il veut son succès

Anne Dorval, Xavier Dolan, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon. Festival de Cannes, 22 mai 2014
Anne Dorval, Xavier Dolan, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon. Festival de Cannes, 22 mai 2014

collectif. Son appel à la jeunesse à Cannes en était une belle démonstration, tout comme les honneurs qu’il partage spontanément avec ses acteurs à qui il voue une grande fidélité. À l’ère où le chacun pour soi est roi, et où l’enracinement est un concept démodé, ça fait du bien de constater que la réussite ne rime pas nécessairement avec un certain affranchissement du Québec devenu trop petit pour être le lieu d’épanouissement de ses ambitions.

Au fil du temps, Dolan a embrassé quelques causes qui ont défrayées les manchettes. Il a été un ardent promoteur du nécessaire engagement de l’État pour la culture et s’est exprimé à ce sujet sur plusieurs tribunes, notamment au printemps dernier lors d’une tournée médiatique qui a suivi la réception du Prix du jury à Cannes au printemps dernier et en réponse à quelques-uns de ses détracteurs au cours des dernières

Distribution de Laurence Anyways, Festival de Cannes 2012
Distribution de Laurence Anyways, Festival de Cannes 2012

années. Il n’a pas hésité à défendre la gratuité scolaire au moment de la crise étudiante, position qu’il a portée jusque sur les tapis rouge de Cannes, intéressant du même coup les médias du monde entier à ce débat qui soulevait les passions chez nous. Il n’a jamais caché son adhésion en faveur de l’indépendance du Québec et signera d’ailleurs un texte dans un ouvrage collectif portant sur la question dirigé par Léa Clermont Dion à paraître cet automne. Finalement, dans son édition du 3 septembre dernier, la revue française Télérama rapportait des propos de Dolan suite à son refus à recevoir la Queer Palm, prix remis en marge du Festival de Cannes et qui « récompense un film pour ses qualités artistiques et son traitement des questions gay, lesbienne, bi ou trans ainsi que sur son traitement décalé des questions de genre ». Ses propos pleins de sagesse montrent qu’il conçoit la société comme un tout et non la somme d’individus ou groupes d’intérêts particuliers.

« Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghetoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays ? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais ! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir[2]. »

Que l’on soit en accord ou non avec ses prises de position, il n’en demeure pas moins que Xavier Dolan est un artiste engagé dans la société québécoise, qui l’aime et s’en soucie assez pour créer sur et à partir d’elle tout en s’impliquant à défendre les causes qui lui sont chères, sans jamais se censurer. N’est-ce pas là l’une des fonctions essentielles de l’artiste, soit de bousculer les conventions, de tirer et pousser sa société, de l’éclairer, de la révéler à elle-même? Xavier Dolan est une véritable bouffée d’air frais dans cet univers médiatique où la langue de bois est reine et j’espère qu’il continuera longtemps de nous éclairer par ses formidables films et ses réflexions d’un jeune homme libre.

[1] Propos publiés dans l’édition du 13 novembre 2012 du Journal de Montréal et sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle.

[2] http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/09/20/xavier-dolan-degoute-par-les-prix-recompensant-les-films-gays_4490979_3246.html

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

30 bougies pour Audiogram et tout autant de raisons de célébrer!

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Le 4 septembre dernier, la maison de disques indépendante Audiogram fêtait son 30e anniversaire d’existence. J’ai assisté à la soirée hommage organisée pour l’occasion à la Société des Arts technologiques (SAT) en compagnie de quelques centaines de personnes qui avaient joyeusement répondu à l’appel. De ce nombre, des artistes de toutes les générations ayant tous, à un moment ou un autre, marqué leur époque, étaient venus célébrer les succès d’une entreprise fondamentale dans le développement de la chanson québécoise. Dans une ambiance de fête et de nightclub, l’équipe d’Audiogram, ainsi que son fondateur Michel Bélanger, respiraient la fierté, et pour cause. Fierté d’avoir traversé le temps sans prendre une seule ride dans une industrie en constants changements, fierté d’avoir bâti une maison où se produisent des artistes talentueux et avant-gardistes tant hier qu’aujourd’hui.

Daniel Bélanger, Les insomniaques s'amusent, Audiogram, 1992
Daniel Bélanger, Les insomniaques s’amusent, Audiogram, 1992

Le chemin parcouru par Audiogram et ses poulains montre que malgré les crises et les tempêtes qui ont secoué l’industrie, un intérêt qui ne s’essouffle jamais pour la culture anglo-américaine, les artistes québécois sont créatifs, pas du tout conformistes, que la chanson québécoise se déploie dans plusieurs styles, invente et se réinvente, crée les tendances sans jamais se contenter de sagement les suivre. Depuis 30 ans, des succès d’estime et publics qui ont fait mentir tous les prophètes de malheur annonçant la mort du disque ou pire, celle de la culture québécoise. Je pense à ces chansons qui ont marqué leur époque, et parfois nos vies, indissociables de souvenirs bien ancrées

Album "L'amour est sans pitié", Audiogram, 1990
Jean Leloup, L’amour est sans pitié, Audiogram, 1990

dans nos mémoires comme 1990 (Jean Leloup, 1990), Libérez-nous des libéraux (Loco Locass, 2004), La folie en quatre, (Daniel Bélanger, 1992), La jasette (Kevin Parent, 1995), Le Columbarium (Pierre Lapointe), Je voudrais voir la mer (1987, Michel Rivard), Point de mire (Ariane Moffatt), Je t’oublierai, je t’oublierai (Isabelle Boulay), Drinking in L.A. (Bran Van 3000, 1997), Job steady (Zébulon, 1994), Y’a pas grand-chose dans l’ciel à soir (Paul Piché, 1986), On leur a fait croire (Alex Nevsky, 2013) et tant d’autres… Je pense aussi aux plus jeunes recrues de la maison dont les propositions sont étonnantes et marqueront à leur tour, comme David Giguère et son formidable album Casablanca que j’ai usé à la corde ces derniers mois ou encore Jason Bajada et le (très réussi!) résultat de mes bêtises.

754x335_normalCe mardi, Audiogram lancera Trente, un triple album où 30 artistes ont accepté d’interpréter une chanson de leur choix pour illustrer les trois dernières décennies.  Sans artifices, sans arrangements, sans droit de reprise, les artistes ont généreusement accepté de se mettre à nu en enregistrant une chanson de leur choix dans la plus grande simplicité. Une sorte de Journée sans maquillage version instrumentale qui révèle le talent brut de ces artisans comme en témoignent ces extraits choisis : http://audiogram.com/trente/

Cette soirée anniversaire a renforcé une conviction qui m’habite depuis longtemps : malgré les reculs, les défaites historiques et le cynisme qui nous fait sans cesse de l’œil, malgré aussi la tentation de l’anglais qui ne s’affaiblit jamais, la culture québécoise, elle, ne stagne jamais. La force créatrice de nos artisans donne de l’espoir quand on se sent pris dans un cul-de-sac et rappelle qu’on peut malgré tout continuer de faire son chemin.

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

Albums à surveiller cet automne

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Je profite de la rentrée culturelle et de l’automne qui s’amène doucement à nous pour attirer votre attention sur quelques albums québécois à paraître au cours des prochaines semaines. Parions que plusieurs tournerons en boucle dans vos oreilles d’ici peu!

Hôtel Morphée – 9 septembre

Crédit: Kelly Jacob
Crédit: Kelly Jacob

Le prolifique groupe Hôtel Morphée, dont le premier album, Des histoires de fantômes, est paru en décembre dernier, remet ça dès la semaine prochaine avec Rêve américain, aux accents beaucoup plus pop comme nous l’on expliqué les membres du groupe lors d’un entretien publié sur notre blogue plus tôt ce printemps. Les membres du groupe souhaitent livrer une réflexion sur l’Amérique, les États-Unis, ainsi que des enjeux de société comme le port d’armes. Dernier jour, le premier extrait, a connu une belle diffusion dans les radios commerciales.

Le groupe offrira trois spectacles de lancement gratuits à travers le Québec, soit :

Pour quelques jours, le disque est disponible en écoute libre sur le site d’Ici Musique.

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Betty Bonifassi – 23 septembre

Betty Bonifassi
Betty Bonifassi – en magasin le 23 septembre

La puissante, chaude et profonde voix de Betty Bonifassi, que nous avons découverte grâce à la chanson thème du film Les triplettes de Belleville et à DJ Champion et ses G-Strings avec l’excellent tube planétaire No Heaven nous a beaucoup manqué ces dernières années.

Après l’aventure de Beast, son duo rock-folk-électronique qui nous avait donné d’excellents titres comme le très efficace Mr. Hurricane, Devil et Out of Control, ainsi que sa participation toute en douceur au disque Les Rescapés 2 avec la magnifique reprise Le bon dieu, Betty Bonifassi offre un premier album éponyme rempli de promesses. En attendant la sortie de l’album prévue le 23 septembre, le premier extrait Whoa Buck est disponible sur ITunes et Sound Cloud.

Un spectacle-lancement gratuit est offert le 22 septembre prochain au Cabaret du Mile End.

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Salomé Leclerc – 23 septembre

Salomé Leclerc Crédit photo: Facebook
Salomé Leclerc
Crédit photo: Facebook

Également le 23 septembre paraîtra le très attendu 27 fois l’aurore, second opus de Salomé Leclerc. En avril dernier, au moment de la parution des deux premiers titres de l’album, Arlon et Vers le sud, j’ai consacré le premier texte de ce blogue à la belle Salomé.

Un spectacle de lancement gratuit sera présenté à Montréal le 25 septembre à 17h au Nomad Nation situé au 129, avenue Van Horne. La liste des spectacles à venir au Québec et en Europe  se trouve ici.

 

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Daniel Boucher – 11 novembre

embarques tuAprès une attente longue, bien trop longue, le prochain album de Daniel Boucher paraîtra enfin le 11 novembre prochain. L’irrésistible premier extrait Embarques-tu? qui nous donne envie de partir en balade, fenêtres baissées et volume à fond, tourne à la radio depuis quelques semaines. Nul doute que cet album ravira tant les inconditionnels de Boucher – dont je suis – que ceux qui le découvriront.

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Dumas – date à confirmer

Après avoir lancé la chanson Vaudou  cet été sur les réseaux sociaux, Dumas lancera cet automne son prochain disque. Au fil des années, Dumas a montré qu’il savait se réinventer à chaque fois et qu’on le trouvait là où on ne l’attendait pas. L’heure et l’endroit, son dernier opus paru en 2012, était beaucoup plus rock et rythmé que ce à quoi il nous avait habitués avec ses excellents disques aux atmosphères planantes comme Traces, Nord et Rouge, trois albums participants au même projet. Pour savoir à quel moment Dumas sera de passage chez vous, consultez la liste de ses spectacles en ligne ici:

À tous, bonne rentrée culturelle!

Myriam D’Arcy

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier

Indispensable Monique Giroux

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Portrait d’une ambassadrice passionnée de la chanson  

Monique Giroux. Source: www.icimusique.ca
Monique Giroux. Source: http://www.icimusique.ca

Une culture est vivante et forte quand elle est portée par des créateurs de talents qui n’ont de cesse de la renouveler et d’étonner, mais aussi, par des ambassadeurs qui ont à cœur son rayonnement. Depuis près de 30 ans, sur les ondes de la radio et sur toutes les tribunes, Monique Giroux communique sans relâche et avec passion son amour pour la chanson francophone d’ici et d’ailleurs. Son soutien aux artistes est inestimable et essentiel. Grâce à elle, ils sont nombreux à avoir bénéficié d’une vitrine leur permettant de rejoindre le public québécois de toutes les générations. À quelques jours de la rentrée culturelle, nous avons eu la chance de nous entretenir avec elle pour discuter de ses coups de cœur, ses projets et ses aspirations pour la mise en valeur de la culture et du patrimoine québécois. Portrait de Monique Giroux, ambassadrice passionnée de la chanson.

Au mois de juin dernier, elle a été nommée Chevalière de l’Ordre national du Québec, la plus haute distinction remise par le gouvernement québécois. Nous lui avons demandé ce qu’elle a ressenti et elle nous a répondu :

M.G. : Je ne prends jamais ces honneurs que pour moi. Je le prends pour mes maîtres, pour les femmes qui m’ont inspirée comme Chantal Jolis, Lise Payette et les artistes. Je me sens en continuité avec elles. Par exemple, sans Juliette Gréco, je n’aurais jamais fait de si chouettes entrevues. 

Les Québécois ne sont pas les seuls à reconnaître ses qualités exceptionnelles de communicatrice, et à souligner ses efforts pour la promotion de la langue française. Depuis quelques années, des distinctions lui ont été remises  au Québec et partout dans la Francophonie. En 2004, le gouvernement français lui a décerné la médaille de Chevalier des Arts et des lettres, en 2006, elle a rejoint le club très sélect de l’Ordre des francophones d’Amérique du Conseil supérieur de la langue française et en 2009, l’Assemblée des parlementaires de la francophonie lui a remis le grade de Chevalier de l’Ordre de la Pléiade.

Rigoureuse et intègre, Monique Giroux a acquis une place à part dans notre système médiatique, à l’abri des modes grâce à la sincérité de son engagement envers les artistes qu’elle promeut et défend. À la radio, elle a fait ses premières armes à l’antenne de CIBL.

Monique Giroux et Juliette Gréco, archives personnelles de Monique Giroux.
Monique Giroux et Juliette Gréco, archives personnelles de Monique Giroux.

À partir de 1993, Monique Giroux a fait les beaux jours de Radio-Canada avec des émissions qui ont profondément marqué les auditeurs, soit Les refrains d’abord, une quotidienne où elle faisait découvrir des artistes francophones d’ici et d’ailleurs,  Le Cabaret des refrains, émission enregistrée devant le public où des artistes québécois du moment étaient invités à interpréter les grands succès de la chanson française et québécoise des années 1960 et 1970. Par la suite, Fréquence libre diffusée sur la Première Chaîne et depuis 2011, Chants libres à Monique en ondes tous les dimanches après-midi sur Ici Musique (anciennement Espace musique). Prolifique, Monique Giroux a aussi conçu ou collaboré à moult émissions spéciales sur nos grands artistes vivants et disparus comme Félix Leclerc, Claude Léveillée, Diane Dufresne, Richard Desjardins, et Beau Dommage.

Durant toutes ces années, elle a été portée par le désir de transmettre au public ses coups de cœur, ses découvertes et sa passion pour la chanson. Très humblement, elle explique comment elle a décidé d’en faire carrière:

M.G. : J’ai que du plaisir à faire ce que je fais, à écouter des disques et à les partager aux gens. Comme je le faisais chez moi ado avec quelques amies assises en indien dans mon lit à qui je faisais écouter des chansons. Essentiellement, j’ai fait un métier de cette passion-là. Ce qui me touche le plus, c’est que des jeunes embarquent dans ce que je fais et leur propose.

Parallèlement à la radio, Monique Giroux a signé la conception d’une quarantaine de spectacles offrant une importante vitrine aux artistes d’ici. En 2011 et 2012, une série de dix-huit concerts intitulés Monique Giroux fait une scène retransmis à la radio ont réuni de nombreux artistes sous diverses thématiques.

(Mars 2014) Master class en compagnie de Juiette Gréco et 25 chanteuses québécoises.  Archives personnelles de Monique Giroux.
(Mars 2014) Master class en compagnie de Juliette Gréco et 25 chanteuses québécoises.
Archives personnelles de Monique Giroux.

Monique Giroux et ses artistes

La liste de ses réalisations est longue et montre comment l’animatrice a permis à des talents jusqu’alors inconnus de rencontrer leur public, comme Richard Desjardins, Ariane Moffatt et Pierre Lapointe, pour ne nommer que ceux-là. Au sujet de Desjardins, elle se souvient :

M.G. : Quand j’ai commencé à la radio de CIBL en 1986, on se passait des cassettes de Richard Desjardins. Il était alors totalement inconnu, un professeur de piano fraîchement débarqué du Nunavut et je trouve extraordinaire le chemin qu’il a parcouru. Je me souviens le premier spectacle qu’il a fait et où je l’ai présenté.

D’ailleurs, l’intérêt de l’animatrice pour le poète de l’Abitibi ne s’est pas démenti au fil du temps. À Paris en 2004, elle était à ses côtés au moment où il a reçu le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. Par la suite, en 2006, elle a animé Richard Desjardins. L’homme libre un documentaire qui lui a consacré Radio-Canada.

Avec affection, elle se rappelle ses impressions au moment de voir et d’entendre Pierre Lapointe pour la première fois.

Pierre Lapointe et Monique Giroux
Pierre Lapointe et Monique Giroux

M.G. : Pierre Lapointe je l’avais entendu grâce à un ami qui avait été subjugué après l’avoir vu. Très rapidement, les jours suivants, je l’ai rencontré et j’ai compris tout de suite que j’étais en face de quelqu’un de très d’étonnant, dont la voix ne ressemble à personne, qui chante pieds nus, en habit et qui s’accompagne au piano.

Les années suivantes, Monique Giroux lui a offert de nombreuses occasions de se faire entendre, ici comme en France, notamment grâce à un spectacle unique, Le Québec prend la Bastille présenté dans la Ville Lumière en 2011 à l’occasion du 50e anniversaire de la Délégation du Québec à Paris. Un peu plus tôt cet été, elle a été témoin privilégiée, fière comme une mère, des premiers pas du chanteur québécois au moment de fouler la mythique scène de l’Olympia.

C’est donc dire que Monique Giroux est bien plus qu’une animatrice pour les artistes, qu’elle agit comme une ambassadrice ou marraine en multipliant les projets pour leur offrir un maximum de visibilité. D’ailleurs, nous lui avons demandé de nous parler des artistes l’ayant marquée plus particulièrement ces dernières années et qui méritent une plus grande attention de la part des diffuseurs et du public. Spontanément, elle nous a répondu :

M.G. : Au Québec, je pense à deux artistes que j’aime beaucoup et qui sont formidables. Alexandre Désilets qui est heureusement plus connu qu’avant mais il est resté trop longtemps dans l’ombre. Ça fait dix ans que je le suis, le pousse et le tire, depuis qu’il a participé au Festival en chanson de Petite-Vallée. Son dernier disque est fantastique. J’aime beaucoup Alexandre. C’est un gars talentueux et intègre.

Ensuite, Marie-Jo Thério reste pour plusieurs personnes une inconnue. Cette fille-là est un véritable génie. Elle incarne à la fois Björk, Janis Joplin et Diane Dufresne. Toute sa personne, son être, est une création! Sa façon de voir les choses, de déambuler, d’analyser, d’écrire et de décrire, de transposer, de composer et d’être sur scène relève du génie. Je le pense depuis toujours et j’ai le sentiment qu’elle sera bientôt reconnue à sa juste valeur, un peu à l’image de (Richard) Desjardins qui a acquis la reconnaissance du public sur le tard. Aujourd’hui, les jeunes sont plus ouverts à ce qui se fait ici et ailleurs, en français, en anglais, en serbo-croate, en islandais, etc. et qui voient l’originalité partout où elle se trouve. Le public est désormais plus ouvert aux propositions plus audacieuses.

Et que pense-t-elle de l’utilisation du franglais dans l’écriture des chansons, un débat initié en plein cœur de l’été par Christian Rioux, chroniqueur au Devoir?

M.G : L’important, c’est de faire la preuve qu’on sait écrire dans sa langue. Que l’artiste sait écrire, penser dans la langue avec laquelle il rêve. Il faut lui poser la question : « Dans quelle langue rêves-tu?».

Comment faire son choix parmi l’abondante production qui nous arrive de toutes parts, d’ici et d’ailleurs?

Serge Fiori et Monique Giroux. Archives personnelles de Monique Giroux
Serge Fiori et Monique Giroux. Archives personnelles de Monique Giroux

M.G. : Les moyens de créer et d’enregistrer des disques se sont grandement démocratisés grâce au développement de la technologie, N’importe qui peut enregistrer un album grâce au logiciel Garage Band à la maison. Par la suite, la responsabilité incombe à des gens comme moi, ainsi qu’aux diffuseurs de se montrer clairvoyants au moment de faire le choix de parler ou non d’un disque, d’un artiste. C’est sûr qu’aujourd’hui, les propositions sont tellement nombreuses que le public ne sait plus quoi choisir. On se sent comme devant un buffet chinois et on se rabat sur les rouleaux parce qu’on ne sait plus quoi choisir. Heureusement, il y a toujours des audacieux et des gourmands qui vont retourner plusieurs fois remplir leur assiette pour s’assurer de goûter à tous les plats.

C’est mon travail d’être vigilante, d’écouter le plus de choses possible pour essayer de proposer ce qui me semble le plus percutant et pertinent. En fait, tous mes choix sont guidés par une seule question : qu’est-ce qui va rester, qui est représentatif du moment? Par exemple, en 1999, je pense évidemment à l’arrivée en scène de Daniel Boucher avec son premier album, Dix mille matins.

Et justement, comment deviner, sentir ce qui marquera l’époque?

M.G.: Mes choix sont purement instinctifs. D’où me vient la confiance dans cet instinct? J’ai l’audace de transmettre mes choix qui demeurent bien personnels. La fidélité des auditeurs me prouve que mon instinct est bon. Comme auditrice, j’ai envie qu’un humain me fasse des propositions. C’est ainsi que je conçois les émissions que j’aimerais entendre.

Des projets plein la tête

Monique Giroux a des idées plein la tête et plusieurs projets en chantier pour mettre en valeur la culture et le patrimoine québécois. Depuis une quinzaine d’années, elle espère pouvoir faire publier un beau livre sur l’histoire de la chanson, un projet coûteux pour lequel elle a enfin trouvé un éditeur. Cet automne, nous pourrons également lire un texte qu’elle signe sur l’histoire de la chanson québécoise dans un numéro hors-série du magazine français Télérama entièrement consacré au Québec.

Elle rêve aussi de mettre sur pied une soirée de bienvenue annuelle gratuite destinée aux nouveaux arrivants où leur serait livrée avec amour et générosité la culture québécoise dans ses plus beaux atours.

M.G. :J’imagine une soirée sous le signe du théâtre, de la danse, du chant et de la poésie. Nous pourrions remettre aux gens une brochure sur la culture québécoise traduite dans plusieurs langues ainsi qu’une carte de téléchargement de chansons québécoises. Ce projet me tient à cœur depuis longtemps et j’en ai parlé à plusieurs ministres de la culture au fil des années. Ce serait une manière positive d’intégrer les immigrants et leur transmettre notre culture dont on ne doit pas rougir. Se connaître et être fiers de soi, ça ne veut pas dire rejeter les autres, bien au contraire. Ça veut dire les inclure, avoir quelque chose à leur offrir en cadeau. Malheureusement, on a honte d’être ce qu’on est. C’est douloureux et c’est triste. Pour citer un chanteur connu, avec ce spectacle, nous leur dirions : « Les vouleurs de rire sont bienvenus chez nous!»

Finalement, cet automne elle poursuivra ses démarches notamment avec le Musée de la civilisation de Québec en vue de mettre sur pied un centre d’archives et d’interprétation. Depuis longtemps, elle conserve des documents sur les artistes qui pourraient être très utiles à la mémoire.

Et collectivement, qu’est-ce que les Québécois devraient faire pour s’assurer que leur patrimoine demeure bien vivant ?

M.G. : Dès leur tout jeune âge, apprendre aux enfants à apprécier la culture, la musique, l’histoire, à les amener voir des spectacles. La culture, c’est ce qui reste quand il ne reste plus rien d’une population.

La passion et la sagesse de Monique Giroux sont indispensables au rayonnement de la culture québécoise. Nous souhaitons à tous les domaines des ambassadeurs à sa hauteur.

Myriam D’Arcy

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Quelques réalisations de Monique Giroux sur disque qui enrichissent notre patrimoine de la chanson…

  • Diane Dufresne: Diane Dufresne en paroles et musique. Folie douce, en paroles et musique, Radio-Canada, 2006 (série radiophonique, 3 CD)
  • Monique Giroux : .Un design sonore de Monique Giroux. Chansons choisies à ne pas écouter un jour de pluie quoique…, compilation, Tandem Mu, 2010.
  • Félix Leclerc: Heureux qui, comme Félix, GSI Musique, 2010 (série de 10 émissions radiophoniques réalisées en 1997 par Jacques Bouchard en collaboration avec Monique Giroux à l’animation et à la conception du coffret).
  • Les Refrains d’abord, Fonovox, collection de disques : Compilation de Pierre Calvé (1997), Renée Claude (1997), Lucille Dumont (1996), Pauline Julien (1996), Monique Leyrac (1995), Jacques Normand (1995), Isabelle Pierre (1997).
Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit: André Chevrier

La culture nationale : antidote au mépris de soi (1)

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Dossier : L’industrie musicale québécoise

Il y a environ un an, l’idée de lancer un blogue autour de la promotion de la culture québécoise a germé dans mon esprit durant une soirée entre amis. Je discutais avec l’un d’eux au sujet de mes préférences musicales – québécoises pour la plupart – et il m’avait répondu que la musique d’ici était dépassée, quétaine. Je m’étais alors empressée de lui faire écouter quelques artistes « branchés » que j’affectionne plus particulièrement pour me rendre compte qu’aucun d’entre eux ne lui étaient familiers. C’est à ce moment qu’un constat s’est imposé à mon esprit : nos artistes manquent cruellement de diffusion. Nos radios commerciales, quand elles daignent se conformer aux quotas de musique francophone dictés par le CRTC, ne prennent pas grand risque et diffusent jour après jour les mêmes hits formatés de vedettes établies. Comment alors s’étonner que nos artistes émergents arrivent difficilement à rejoindre le grand public?

Plusieurs mois plus tard, cette conversation continue de me hanter. Quoi faire pour améliorer la diffusion de nos chanteurs et musiciens? Au cours des prochaines semaines, je publierai une série de textes sur la chanson québécoise, qui, je l’espère, suscitera une réflexion sur l’utilité de « consommer » notre culture nationale, sur les moyens à prendre pour augmenter la diffusion de nos artistes et aussi, des propositions en vue de l’adoption de la nouvelle politique culturelle annoncée par le gouvernement du Québec, et finalement, sur la manière de prendre en douceur le fameux virage numérique qui bouleverse actuellement l’industrie musicale mondiale.

Glorification de la culture américaine et mépris de soi

La semaine dernière, nous avons été conviés à un spectacle désolant à l’occasion du malheureux débat alimenté par une poignée d’animateurs de radio de Québec autour de la pertinence à offrir la grande scène des Plaines d’Abraham à des artistes québécois pendant le Festival d’été de Québec. À leur avis, aucun artiste d’ici n’était en mesure d’attirer une foule substantielle capable de générer des profits pour le FEQ. Sous le couvert des arguments de la rentabilité, ils se sont déchaînés en onde et sur les réseaux sociaux en appelant la fin de la rectitude politique qui obligerait les organisateurs du festival à produire à perte des artistes québécois au lieu d’embaucher des vedettes américaines et internationales dignes de leur intérêt.

Chaque jour, il s’en trouve pour nous dire que la culture est devenue « mondiale », « globale », et qu’il faut s’ouvrir au reste du monde.  Soit, mais s’ouvrir à quoi si toutes les expressions culturelles se fondent les unes dans les autres? À quoi servent les langues, la littérature et la musique? Pourquoi se passionner pour le cinéma français ou italien s’ils ne disent plus rien sur leur société?

C’est là tout le génie de la culture et des artistes qui la portent. À coup sûr, les œuvres témoignent de leur société à une époque précise, des aspirations et des combats qu’elle porte et des doutes qui la traversent. En plus des qualités remarquables d’interprète d’Édith Piaf, pourquoi continuons-nous encore de l’écouter aujourd’hui, 50 ans après son décès? Parce qu’à travers elle, nous touchons et sentons de la plus belle des manières la France des années 30, 40, 50 et 60. Idem pour le cinéma de Woody Allen, lumineuse fenêtre sur le New York bourgeois, Pedro Almodovar sur une certaine Espagne colorée et débridée et finalement, Stromae sur la Belgique actuelle. D’ailleurs, la méga star a récemment livré un vibrant plaidoyer sur l’importance de chanter dans sa langue nationale qui a résonné jusqu’au Québec : «Je suis un Belge qui a grandi avec la langue française, un peu de flamand et tout mon belgicisme. Les gens n’ont pas envie de voir un Belge qui se prend pour un Américain. C’est ma culture, je la défends.»

Il en va évidemment de même pour les artistes québécois. À tout jamais, Gilles Vigneault a inscrit la vigueur, la ténacité et la joie de vivre des Canadiens-français que nous étions. Pour sa part, Dédé Fortin a ressenti jusque dans sa chair et témoigné du désarroi qui nous a assaillis suite à l’échec du deuxième référendum. Aujourd’hui, Louis-Jean Cormier incarne l’assurance tranquille rassurante que nous sommes là pour durer. Finalement, Xavier Dolan permet au monde entier de contempler Montréal, sa jeunesse et sa vitalité créatrice.

Ainsi, voilà pourquoi il faut connaître, consommer et promouvoir sa culture nationale. Pour inscrire à jamais son peuple et sa voix dans le temps, dans le grand récit de l’humanité. Voilà aussi pourquoi il faut combattre l’indifférence et le détournement vers une culture américanisée.  Certains prétendent que nous sommes trop peu nombreux, trop fragiles pour survivre, alors à quoi bon se battre? À quoi bon perdre de l’énergie à défendre notre langue si c’est pour s’assimiler à la culture anglophone un jour ou l’autre? Personne ne veut être du côté des vaincus, des perdants. La tentation d’aller voir ailleurs devient alors très grande. Entre le désir d’embrasser une identité mondialisée et le mépris de soi, il n’y a souvent qu’un pas que certains franchissent allègrement.

La chanson québécoise a beaucoup évolué au fil des dernières décennies comme le montre magnifiquement et très justement l’exposition sur l’histoire du Québec et la chanson québécoise qui se déroule présentement au Musée McCord. À toutes les époques, elle a su être la courroie de transmission de nos aspirations sociales et nationales. S’il est vrai qu’aujourd’hui, nos artistes engagés se font plus rares, et que leurs propos sont surtout tournés vers l’intime, il n’en demeure pas moins qu’ils chantent majoritairement en français, avec sérénité et sans complexe parce que ça va de soi. Loin de se folkloriser, notre scène musicale est abondante, foisonnante et diversifiée. Pierre Lapointe, Isabelle Boulay, Fred Pellerin, Cœur de pirate, Ariane Moffatt, Karim Ouellet et combien d’autres vont conquérir le monde sans être freinés un seul instant par les doutes de jadis, ceux que nous n’étions « nés que pour un p’tit pain ».

Pour combattre la démission culturelle et le mépris de soi, il faut impérativement porter attention à nos artistes de toutes les disciplines. Il serait temps de revenir à nous-mêmes pour célébrer cette culture qui n’a rien de ringard, qui ne cesse de se renouveler et d’étonner. Ainsi, peut-être que nous serons à nouveau capable de nous aimer, d’être fiers de notre identité et d’offrir à ceux qui la découvrent, la part la plus lumineuse de nous-mêmes.

Myriam D’Arcy

Prochain texte : La nécessaire augmentation des moyens de diffusion de nos artistes de la chanson.

 

Myriam D'Arcy Crédit André Chevrier
Myriam D’Arcy
Crédit André Chevrier