Klô Pelgag: portrait d’une artiste libre

Depuis le Gala de l’ADISQ qui s’est déroulé le 26 octobre dernier, le nom de Klô Pelgag est sur toutes les lèvres. Sacrée « Révélation de l’année », un titre amplement mérité, la jeune auteure-compositrice-interprète de 24 ans en a surpris plus d’un au moment de recevoir son Félix. Habitués que nous sommes aux remerciements émotifs de circonstances, une partie de l’audience du gala n’était vraisemblablement pas préparée à aller à la rencontre de cette artiste hors normes. Sitôt ses remerciements colorés par son humour qu’elle-même qualifie d’absurde terminés, les réseaux sociaux et les médias se sont enflammés.
À quelques jours du spectacle qu’elle donnera le 6 novembre prochain en ouverture du festival Coup de cœur francophone, j’ai eu le privilège et le grand bonheur de m’entretenir avec elle. Portrait d’une jeune femme étonnante qui aura tôt fait de bouleverser notre scène musicale.
Artiste multidimensionnelle et surdouée, Klô Pelgag s’intéresse à la danse, au cinéma et au théâtre en plus de la musique. Elle chante et joue du piano avec grande aisance et ses textes à la poésie éclatée sont admirablement bien écrits. À cause de sa personnalité singulière et la totale liberté qu’elle s’autorise, je serais tentée de la comparer à Pierre Lapointe en ce sens qu’elle ne ressemble à personne et qu’elle marquera à coup sûr son milieu et son époque. Et comme Lapointe, elle ne fait pas de compromis sur ce qu’elle est et fait.
Si elle demeure encore inconnue du grand public, Klô Pelgag roule sa bosse depuis quelques années et recueille un succès d’estime de ses pairs et de l’industrie qui ne se dément pas. À l’automne 2013, la sortie de son excellent album L’alchimie des monstres, a été abondamment saluée par la critique. Depuis 2010, son travail et son talent ont été récompensés à de nombreuses reprises. Elle a notamment été lauréate au Festival International de la chanson de Granby (2010); elle a remporté le prix Richard Desjardins au concours Ma Première Place des Arts (2010); récipiendaire du prix Miroir «Célébration de la langue française» au Festival d’été de Québec (2012); lauréate du prix des diffuseurs européens à la bourse RIDEAU 2013, ce qui lui a permis d’entreprendre une carrière florissante en France, nommée Révélation Radio-Canada (2014-2015) et récipiendaire du prix Charles Cros en France (2014).
Originaire de Rivière-Ouelle dans le Bas Saint-Laurent, Chloé Pelletier Gagnon de son vrai nom, explique être très proche de sa famille et ses racines.
KPG : Mes parents vivent dans la maison de nos ancêtres que nous occupons depuis cinq générations. Elle est située face au fleuve et le décor est magique. Je suis une vraiment une fille « de famille ». Nous sommes très proches les uns des autres et nous nous apportons mutuellement beaucoup de soutien. D’ailleurs, mon frère Mathieu travaille avec moi. En plus de m’aider à réaliser les arrangements de l’album, c’est lui qui m’a incitée à faire de la musique.
MDA : Comment te sens-tu depuis le gala de l’ADISQ?
KPG : Je ressens un mélange d’émotions. Je suis à la fois heureuse et fatiguée. Depuis le gala, j’ai reçu beaucoup de beaux messages. J’ai trouvé drôle la forte réaction de certains suite à mon discours prononcé à l’ADISQ. Une chance qu’ils ne viennent pas voir mon spectacle! Ils seraient traumatisés! Par contre, je ne m’en fais pas trop pour les réactions négatives. Certains ne comprennent pas l’humour de deuxième degré. Toutes les personnes que j’admire ne sont pas des gens qui ont fait l’unanimité. Par exemple, de son vivant, Claude Gauvreau, un grand poète québécois, se faisait traiter de fou et huer dans les salles. Depuis son décès, son travail est porté aux nues.

MDA : Comment composes-tu avec ton image et le regard que portent les gens sur toi?
KPG : Je pense que nous sommes toujours conscients du regard des autres. Parfois, je trouve ça difficile mais j’assume mes idées, qui je suis et ce que je fais. On essaye tous de devenir des meilleurs humains et de s’améliorer. Quand on prend conscience de qui on est, c’est beaucoup plus facile de passer à une autre étape dans sa propre vie. Je suis consciente du regard que posent les gens sur moi. J’aime faire rire les gens et ce n’est pas tout le monde qui apprécie mon humour.
MDA : Quelle est la contribution que tu souhaites apporter à la scène artistique québécoise?
KPG : J’espère de tout mon cœur être pertinente et amener la liberté. Les gens sont beaucoup préoccupés par ce qu’on peut penser d’eux et pour cette raison, ils se contrôlent et se censurent. J’espère aussi apporter un peu de poésie et l’amour des mots. J’aime beaucoup notre langue et je suis fière de m’exprimer en français. Certains artistes me rendent fiers de parler ma langue et je trouve que c’est un beau rôle à jouer, un bel objectif à se donner.
MDA : Quels sont les artistes qui t’inspirent et t’influencent?
KPG : J’aime beaucoup Socalled. C’est un artiste multidisciplinaire de la scène anglophone de Montréal. Il est à la fois marionnettiste, rappeur et pianiste de grand talent. Son spectacle est l’un des plus surprenants que j’ai vus. Aussi, l’Orchestre d’hommes-orchestres. Cette troupe est formée de gens de Québec qui possèdent une formation en musique et en théâtre. Ils sont peu connus mais tournent partout à travers le monde. Ils font des spectacles conceptuels vraiment intéressants puisqu’ils utilisent le théâtre comme effet musical. Celui que j’ai vu s’intitulait L’Orchestre d’hommes-orchestres joue à Tom Waits. J’aime aussi beaucoup Violett Pi.
MDA : Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de chanter en français?
KPG : Jean Leloup et Gilles Vigneault me rendent fière de ma langue. Chaque fois que Gilles Vigneault chante ou prend la parole, j’ai envie de lever mon poing dans les airs et crier : « Je suis Québécoise et j’en suis fière! » Gilles Vigneault est solide et toujours de son temps et c’est assez rare d’y parvenir comme il le fait.
MDA : Comment t’est venue l’envie de faire de la musique?
KPG : J’ai longtemps eu le sentiment que je n’étais pas au bon endroit, que je n’étais pas à ma place. J’avais 16 ans lors que j’ai composé ma première chanson et depuis lors, je ne doute plus de ce que j’aime. C’est à ce moment que j’ai compris que la musique pouvait agir tel un remède et faire du bien aux gens ainsi qu’à moi-même. J’ai réalisé que les notes pouvaient résonner comme un médicament et depuis, je n’ai jamais arrêté de faire de la musique.
MDA : D’ailleurs, en lisant tes textes, j’ai remarqué que la maladie et la mort sont des thèmes récurrents de tes chansons. Pourquoi est-ce le cas?
KPG : Comme tout le monde, j’ai été confrontée à la maladie parce que des gens de mon entourage ont été touchés. La mort est un sujet tabou. De mon côté, j’aime m’exprimer à ce propos parce que ça me permet notamment de faire des deuils ou simplement de réfléchir à haute voix avec les gens. C’est donc un peu par expérience personnelle, mais aussi parce que ce sont des thèmes universels, qui touchent et portent à la réflexion.
Aussi, pour la chanson Rayon X qui se retrouve sur mon album, je venais tout juste de regarder un documentaire sur Marie Curie et j’avais envie d’utiliser des mots de laboratoire. J’y aborde le combat entre la science et la religion sur une ambiance inspirée de Star Wars! Aussi, le texte cache un deuxième propos, grivois celui-là, que peu de gens comprennent.
Pour ma part, je dois me confesser : je n’avais pas du tout saisi le sens caché de la chanson!
MDA : Que réserves-tu à ton public montréalais le 6 novembre prochain?
KPG : Ce sera un spectacle complètement fou où je me payerai la traite. Je ferai des choses qui me font plaisir et qui devraient aussi faire plaisir aux gens qui me connaissent. Je présenterai une nouvelle chanson et des arrangements un peu différents sur celles qui font déjà partie du spectacle. À Montréal, j’ai un public de fidèles qui reviennent souvent me voir et à chaque fois, j’essaie et j’espère toujours les surprendre. Nous avons fait construire un nouveau décor et des musiciens supplémentaires s’ajouteront à mon groupe. J’ai très hâte à cette soirée!
Et nous, donc! Pour voir et entendre Klo Pelgag, rendez-vous le 6 novembre prochain au Club Soda à l’occasion du spectacle d’ouverture du festival Coup de cœur francophone.
Myriam D’Arcy

Crédit André Chevrier
Mes prédictions et coups de cœur en attendant le Gala de l’ADISQ!
C’est ce soir que se tiendra la 36e édition du Gala de l’ADISQ, la grande fête annuelle de la chanson québécoise. En plus des Félix qui seront remis afin de récompenser les artistes méritants, les téléspectateurs pourront voir et entendre des performances en direct, notamment d’Alex Nevsky, Patrice Michaud, Brigitte Boisjoli, Misteur Valaire et les artistes en nomination à titre de « révélation de l’année ». La cérémonie sera animée pour une 9e année consécutive par l’excellent Louis-José Houde, humoriste chéri des Québécois.
Pour le plaisir, en attendant que débute la soirée et défilent nos artistes et artisans de la chanson sur le tapis rouge, je vous livre ici mes prédictions et préférences pour chacune des catégories la soirée.
ALBUM DE L’ANNÉE – ADULTE CONTEMPORAIN
- Valérie Carpentier – L’été des orages (Productions J, 2013)
- Serge Fiori – Serge Fiori (GSI Musique, 2014)
- Pierre Lapointe – Les callas (Audiogram, 2013)
- Lynda Lemay – Feutres et pastels (Wea, 2013)
- Émile Proulx-Cloutier – Aimer les monstres (La tribu, 2013)
L’année 2014 marque enfin le retour tant attendu de Serge Fiori, ex-chanteur du groupe mythique Harmonium après 28 ans d’absence sur la scène musicale québécoise. En mars dernier, dès la sortie de son album éponyme, la réponse du public et des médias a été aussi forte que spontanée : deux semaines après sa mise en marché, le disque était certifié « Or » puisque plus de 40 000 exemplaires avaient trouvé preneurs. Un mois plus tard, c’était le double avec 80 000 copies, ce qui lui a valu la certification « Platine ». Ces résultats sont spectaculaires en soit, en encore plus dans un contexte où les ventes d’albums au Québec et partout dans le monde sont en chute libre notamment à cause de la dématérialisation des œuvres musicales.
À mon avis, nul doute que Serge Fiori brillera durant ce gala et recevra le Félix décerné dans cette catégorie pour l’album « adulte contemporain ». Ce trophée sera absolument mérité puisqu’il s’agit d’un très beau disque où nous avons retrouvé avec bonheur la voix, les textes et les mélodies de cet artiste exceptionnel.
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ALBUM DE L’ANNÉE – FOLK
- Wilfred LeBouthillier – Je poursuis ma route (Productions J, 2013)
- Les Hay Babies – Mon Homesick Heart (Simone Records, 2014)Philippe B – Ornithologie, la nuit (Bonsound, 2014)
- Michel Rivard– Roi de rien (Spectra, 2013)
- Patrice Michaud – Le feu de chaque jour (Spectra, 2014)
Ces derniers mois, j’ai été séduite par les chansons joyeuses et rafraîchissantes du trio acadien Les Hay babies, qui font rayonner la culture de leur coin de pays de très belle manière. D’ailleurs, elles participent à une certaine renaissance de la chanson acadienne déprise du folklore qui s’observe depuis quelques années, mouvement porteur d’espoir pour cette nation dont l’avenir est toujours fragile et incertain. Mon Homesick heart est un disque important pour ce qu’il représente, mais aussi et surtout en soi parce qu’il est franchement réussi. Pour ces raisons, j’espère qu’il recevra le prix décerné à l’album de l’année dans la catégorie folk. Par contre, je pense que c’est le non moins talentueux Philippe B qui remportera la mise, notamment grâce aux textes magnifiques qui se retrouvent sur son deuxième album Ornithologie, la nuit.
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ALBUM POP DE L’ANNÉE
Les nominés :
- Alexandre Désilets – Fancy Ghetto (Indica Records, 2014)
- Sally Folk – Sally Folk (Entourage, 2013)
- Kaïn – Pleurer pour rire (Musicor, 2013)Vincent Vallières – Fabriquer l’aube (Spectra, 2013)
- Alex Nevsky – Himalaya mon amour (Audiogram, 2013)
Dans cette catégorie couronnant l’album pop de l’année, mon cœur balance entre Alex Nevsky et Alexandre Désilets. Tous les deux ont offert un disque à la pop plus franche et assumée que leur précédent disque respectif. Leurs textes sont bien écrits, les mélodies, contagieuses sans pour autant être racoleuses. J’ai écrit à quelques reprises sur ce blogue au sujet d’Alexandre Désilets, artiste talentueux et accompli qui je l’espère, trouvera bientôt grâce aux yeux (et aux oreilles!) des radios commerciales. Il a tout pour séduire tant la critique que le public.
Heureusement, c’est d’ailleurs ce qui vient d’arriver à Alex Nevsky. Au printemps dernier, sa chanson « On leur a fait croire », premier extrait d’Himalaya mon amour paru à l’automne 2013, a connu un immense succès sur les chaînes privées. Son succès fait plaisir à voir et nul doute que ce soir, son deuxième opus sera sacré « album pop de l’année ». Cette récompense sera pleinement méritée!
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RÉVÉLATION DE L’ANNÉE
Les nominés :
- Valérie Carpentier – L’été des orages (Productions J, 2013)
- Sally Folk – Sally Folk (Entourage, 2013)
- Les Hay Babies – Mon Homesick Heart (Simone Records, 2014)
- Klô Pelgag – L’Alchimie des monstres (Abuzive muzik, 2013)
- Émile Proulx-Cloutier – Aimer les monstres (La tribu, 2013)

Depuis son passage remarqué à La Voix, la carrière de Valérie Carpentier a décollé en flèche. Pour l’écriture des chansons de son disque L’été des orages, la jeune interprète a pu compter sur des auteurs accomplis tel que Marie-Pierre Arthur, Yann Perreau, Joseph Marchand, Alex McMahon, Pierre Lapointe, Daniel Bélanger et Ariane Moffatt, son mentor lors du populaire concours télévisé. Ses chansons ont tourné en boucle à la radio, la propulsant rapidement au rang de star. Ce soir, Valérie Carpentier se trouve donc bien en selle pour remporter la statuette dans cette catégorie.
Pour ma part, je pense que c’est plutôt à Klô Pelgag que devrait revenir le titre de révélation de l’année. Cette artiste ne ressemble à aucune autre, tant par sa personnalité que ses chansons. Sa poésie, ses mélodies, sa liberté, son univers éclaté et déjanté font d’elle une artiste hors du commun, dont l’originalité n’a d’égal que son génie. En me prêtant un instant au jeu hasardeux des comparaisons, je dirais que pour toutes ces raisons, elle fait penser à Pierre Lapointe. Il me tarde de la voir sur scène à l’occasion du spectacle d’ouverture du festival Coup de cœur francophone le 6 novembre prochain.
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SPECTACLE DE L’ANNÉE – AUTEUR-COMPOSITEUR-INTERPRÈTE
Les nominés :
- Daniel Bélanger – Chic de ville (Audiogram, 2013)
- Pierre Lapointe – Punkt (Audiogram, 2013)
- Les soeurs Boulay – Le poids des confettis (Grosse boîte, 2013)
- Michel Rivard– Roi de rien (Spectra, 2013)
- Vincent Vallières – Fabriquer l’aube
À mon avis, Pierre Lapointe sera récompensé pour son efficace spectacle « Punkt » présenté un peu partout au Québec, notamment à l’ouverture du Festival Montréal en lumière, sur la grande scène des Francofolies en juin dernier et un peu partout au Québec. Ce spectacle supporte très bien l’univers et les chansons de cet album aux textes à la fois crus, drôles, touchants et tristes, à l’ambiance kitsch et pop totalement assumées. Sur scène, Pierre Lapointe est d’une efficacité redoutable, tant durant ses interventions où il met son public dans sa petite poche, que durant ses interprétations où il s’éclate. Comme pour chacun de ses spectacles, il en fait un évènement qu’on se félicite de ne pas avoir manqué.
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SPECTACLE DE L’ANNÉE – INTERPRÈTE
Les nominés :
- Artistes variés – Le chant de Sainte Carmen de la Main
- Artistes variés – Ne me quitte pas : un hommage à Jacques Brel
- Isabelle Boulay – Chants Libres
- Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau – Noël à deux
- Nicole Martin – Tout en douceur
Isabelle Boulay devrait remporter le Félix dans cette catégorie. L’amour que lui porte le public ne semble pas s’altérer malgré le temps qui passe. D’ailleurs, son dernier disque hommage à Serge Reggiani paru récemment et le spectacle qui l’accompagne devraient valoir à Isabelle Boulay une nomination l’an prochain dans cette même catégorie.
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AUTEUR OU COMPOSITEUR DE L’ANNÉE
Les nominés :
- Jimmy Hunt –Maladie d’amour (Grosse boîte, 2013)
- David Marin – Le choix de l’embarras
- Klô Pelgag – L’Alchimie des monstres (Abuzive muzik, 2013)
- Philippe B – Ornithologie, la nuit (Bonsound, 2014)
- Émile Proulx-Cloutier – Aimer les monstres (La tribu, 2013)
Cette catégorie appelle à faire un choix déchirant puisque tous les artistes en nomination ont offert des textes et mélodies solides et méritent également de se voir récompensés à titre d’auteur ou compositeur de l’année. Je pense que Jimmy Hunt sera récompensé puisque son dernier disque Maladie d’amour, a connu un succès critique sans pareil. D’ailleurs, dans ce blogue, j’ai l’habitude de demander aux artistes que je rencontre quels sont les disques qui les ont le plus marqués durant la dernière année et à chaque fois où j’ai posé la question, Jimmy Hunt faisait spontanément partie de ces artistes inspirants ses pairs.
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GROUPE DE L’ANNÉE

Source: http://www.lessoeursboulay.com
Les nominés :
Dans cette catégorie, je prédis une victoire facile pour Les sœurs Boulay, dont l’excellent album Le poids des confettis paru l’an dernier a charmé le grand public. C’est aussi mon choix.
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INTERPRÈTE DE L’ANNÉE

Source: http://www.musicordisques.ca
Les nominés:
L’ex-académicienne Brigitte Boisjoli a très bien réussi son passage entre star d’un concours télévisé et interprète accomplie. Sa voix puissante et sa personnalité font d’elle une chanteuse apprécie du grand public et des médias. Même si la compétition est féroce dans cette catégorie où de grandes stars s’affrontent, Brigitte Boisjoli devrait être sacrée interprète de l’année. C’est d’ailleurs un choix que je partage.
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INTERPRÈTE MASCULIN DE L’ANNÉE
Les nominés :
À mon avis, il ne fait aucun doute que le titre et trophée d’interprète masculin de l’année revient à Serge Fiori. D’ailleurs, ces jours-ci nous pouvons voir le très beau vidéoclip de la chanson « Jamais », ma préférée sur le disque éponyme, La réalisation a été confiée à la chorégraphe et danseuse Marie Chouinard qui a réussi à transposer à l’écran la mélancolie et solitude qui transpirent du texte de Fiori. Il se trouve en ligne ici.
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CHANSON DE L’ANNÉE
Les nominés:
- Marie-Pierre Arthur – « Emmène-moi », Aux alentours (Bonsound, 2012)
- Brigitte Boisjoli – « Sans regret », Sans regret (Musicor, 2014)
- Valérie Carpentier – « Le rendez-vous », L’été des orages (Productions J, 2013)
- Louis-Jean Cormier –« Tout le monde en même temps », Le treizième étage, Simone records, 2012)
- Jérôme Couture – « Comme on attend le printemps », Jérôme Couture (L-a be, 2014)
- Les soeurs Boulay – « Mappemonde », Le poids des confettis (Grosse boîte, 2013)
- Alex Nevsky– « On leur a fait croire », Himalaya mon amour (Audiogram, 2013)
- Vincent Vallières – « L’amour c’est pas pour les peureux », Fabriquer l’aube (Spectra, 2013)
Voilà une catégorie où prédire le vote du public est difficile – et faire un choix s’avère déchirant! J’affectionne tout particulièrement Marie-Pierre Arthur. Son dernier album, paru en 2012 est un petit bijou que j’ai usé à la corde. Malheureusement, les radios commerciales jouent trop peu ses chansons. À mon avis, Alex Nevsky et Louis-Jean Cormier ont le plus de chance d’emporter la précieuse statuette. Je prédis une chaude lutte remportée de justesse par Nevsky puisque sa chanson On leur a fait croire a connu un immense succès sur les ondes des radios commerciales. De mon côté, mon cœur balance et si on m’obligeait à faire un choix, avoué sous la torture, j’opterais pour Louis-Jean Cormier. « Tout le monde en même temps » est sans doute ma chanson préféré de cet album qui conserve une place à part dans mes coups de cœur des dernières années. C’est sans aucun doute l’un des artistes les plus talentueux de sa génération, inspirant et inspiré. J’attends son deuxième album solo avec beaucoup d’impatience.
Et vous, quelles sont vos prédictions, vos coups de cœur de l’année? N’hésitez surtout pas à vous commettre dans la section « Commentaires »!
Ce soir, quels que soient les choix formulés par les membres de l’Académie et du public, ce 36e gala de l’ADISQ montrera à nouveau l’étendue du talent des artistes de la chanson québécoise. Notre scène musicale bouillonne de talents, émergents et bien établis qui font plaisir à voir et entendre. Espérons d’ailleurs que cette soirée sera l’occasion pour les dirigeants des chaînes de radio privées d’effectuer une prise de conscience sur leur rôle important dans la mise en vitrine et diffusion des artistes d’ici qui peuvent offrir des lieux de rencontre avec le public.
Le Gala de l’ADISQ sera présenté sur les ondes d’Ici Radio-Canada dès 19h30.
Myriam D’Arcy

Crédit André Chevrier
Chloé Lacasse : femme orchestre

Je me suis récemment entretenue avec Chloé Lacasse, auteur-compositeur interprète de grand talent qui assure présentement la première partie des spectacles de la tournée d’Alex Nevsky. J’ai découvert Chloé Lacasse au cours du printemps dernier alors qu’elle lançait Lunes, son deuxième album salué par la critique. J’ai tout de suite été séduite par les sonorités pop-rock de ses chansons où se marient des arrangements orchestraux qui se retrouvent sur ces deux albums et qui donnent de l’amplitude et de la profondeur à ses pièces.
Depuis sa tendre enfance, l’artiste de 31 ans se passionne pour les arts et la musique. À telle enseigne qu’elle a longtemps hésité avant d’embrasser une seule carrière, le théâtre ou le chant. D’ailleurs, au milieu des années 2000, elle avait mis sur pied sa propre compagnie de théâtre. Elle me confie:
C.L. : J’ai longtemps eu de la difficulté à choisir et me concentrer sur une seule expression artistique. J’hésitais entre le chant et le théâtre. Enfant, j’ai étudié pendant dix ans le piano classique et par la suite, je me suis inscrite au programme de théâtre musical au Collège Lionel Groulx, ce qui m’a permis de développer et de perfectionner ma maîtrise de ces deux disciplines. J’en ai retiré des enseignements précieux. En spectacle, j’aime réussir à créer des univers particuliers grâce à la mise en scène.
MDA. : Quels sont les artistes qui t’inspirent et t’ont influencée?
C.L. : Enfant, durant mes cours de chant, j’aimais interpréter les chansons des auteurs-compositeurs de l’époque comme Michel Rivard et Pierre Flynn. Par la suite, une fois devenue adolescente, j’écoutais beaucoup de groupes anglophones populaires mais j’ai eu envie d’écrire en français grâce à eux et aussi, des femmes comme Marie-Jo Thério et Jorane. Ce sont les premiers qui m’ont intéressée à la musique francophone. Plus récemment, je dois avouer que Lhasa de Sela m’a beaucoup touchée. J’aime aussi particulièrement Alex Nevsky qui fait une excellente pop, accrocheuse sans tomber dans la facilité. De plus, ses textes sont bien écrits.
Plus tard, j’ai eu la chance de faire un stage d’écriture d’une semaine avec Gilles Vigneault à Natashquan. C’était durant l’été 2011, juste avant de sortir mon premier album. Je venais tout juste de gagner un prix décerné au meilleur texte au concours des Francouvertes. Un soir, j’ai reçu un appel de Mouffe qui m’a contactée pour m’offrir ce stage. Ça été une expérience extraordinaire et fort inspirante. Gilles Vigneault a été extrêmement généreux et je me suis sentie absolument privilégiée. Entre autres choses, j’ai retenu de lui la force du travail et son insatiable curiosité. C’est un artisan qui écrit sans relâche, à tous les jours.
Son premier album éponyme paru en 2011 proposait des chansons rythmées que l’on a envie d’écouter à tue-tête en voiture. J’apprécie particulièrement des pièces comme Les yeux d’un fou, Sans réponse et Tout va bien, fort entraînantes. De son côté, Murailles, ma préférée d’entre toutes ses chansons, est tout à fait représentative de la signature sonore de Chloé Lacasse rock et classique où les percussions et les cordes s’entremêlent dans un rythme pop.
La coréalisation de l’album avait été confiée à Antoine Gratton, une première pour lui à cette époque. Cette fructueuse collaboration a été reconduite au moment de produire Lunes, son deuxième opus. Au sujet de son premier disque, elle explique :
C.L.: J’ai toujours aimé les arrangements orchestraux. Dans mes chansons, on entend des cordes, du trombone. J’aime marier la pop et les instruments classiques, les arrangements plus élaborés que simplement la guitare et les voix. Quand je réalise un album, j’aime beaucoup travailler les atmosphères pour habiller les chansons.
MDA : Comment s’est déroulée la gestation et l’enregistrement de ton deuxième disque?

C.L. Pour Lunes, Antoine Gratton et moi avons pris le temps de réaliser cet album à notre goût, sans nous presser. J’avais envie de chansons et d’ambiances plus vaporeuses, réconfortantes, qu’on écoute seul. L’esprit sonore est bien différent du premier. Je n’ai pas hésité à travailler à nouveau avec Antoine parce que je n’avais aucun doute que nous n’allions pas nous répéter d’un album à l’autre. Les influences musicales d’Antoine sont extrêmement diversifiées et lui aussi aime s’attarder aux arrangements. Notre collaboration va donc de soi et tout est facile entre nous.
MDA : Comment le décrirais-tu comme réalisateur?
C.L. : Antoine est comme sur scène, c’est-à-dire passionné. Il insuffle beaucoup d’énergie à tout ce qu’il touche. De plus, il ne connait pas la routine. L’enregistrement de chacune des chansons se déroule différemment. On les abordait de manière exploratoire, ce qui fait que nous étions toujours en état de découverte.
D’ailleurs, il en résulte de très belles pièces telles qu’Un oiseau dans la vitre, Écoute sans parler, notamment pour les percussions et les voix qui semblent se répondre en apportant un souffle intéressant, Renverser la vapeur dont l’énergie rappelle le premier album. Finalement, Rester là, une très belle chanson qui commence en douceur et nous entraîne très rapidement dans un rythme plus rapide grâce aux cordes et piano.
Dans l’IPod de Chloé Lacasse
C.L. : Willows, le superbe premier album de Geneviève Toupin, l’une des musiciennes de mon groupe. Ensuite, j’aime beaucoup L’alchimie des monstres de Klô Pelgag, Antoine Corriveau dont l’album a été très bien reçu. C’était pleinement mérité. Je trouve aussi que l’écriture de Philippe B est très belle, lui qui nous a offert il y a quelques mois En ce moment, ça fait plaisir de constater qu’il y a beaucoup d’artistes talentueux qui lancent des disques.

Tournée au Québec et en France
L’automne de Chloé est particulièrement rempli. En plus d’assurer la première partie des spectacles d’Alex Nevsky dans plusieurs villes du Québec durant le mois d’octobre. Elle offrira une prestation musicale à l’émission Belle et bum le 25 octobre et se produira au Verre bouteille le 10 novembre dans le cadre du festival Coup de cœur francophone. Par la suite, à la mi-novembre, elle amorcera une tournée en France qui la conduira aux quatre coins de l’Hexagone à l’occasion d’une douzaine de spectacles. Finalement, le spectacle initialement prévu le 23 octobre au Cabaret La Tulippe vient tout juste d’être reporté le 19 février prochain. Toutes les dates de spectacles sont annoncées sur son site internet.
Myriam D’Arcy

Crédit André Chevrier
Le grand bal énergique d’Alexandre Désilets

Crédit: Alexandra Bourbeau
Hier soir avait lieu au Club Soda le Bal dans l’Ghetto, Fancy Glitter! spectacle-évènement très attendu d’Alexandre Désilets où il présentait les chansons de son plus récent album Fancy Ghetto. Mes attentes étaient très élevées puisque j’ai vu Désilets aux dernières Francofolies lors d’une trop courte mais néanmoins excellente prestation. Il faut dire aussi que ces derniers mois, j’ai écouté en boucle et sans me lasser, ce disque excellent du début à la fin.
Le Club Soda était rempli à craquer et la foule, fébrile. Il faut dire que cet évènement était annoncé et attendu par ses fans depuis plusieurs mois. Pendant deux heures, Alexandre Désilets a enchaîné de manière très efficace les chansons de Fancy Ghetto et de La garde, son précédent album. Notons trois moments forts durant la soirée : au moment de jouer Bats-toi mon cœur où la scène et la foule se sont littéralement embrasées, Renégat, le premier extrait de l’album lancé au printemps dernier et J’oublierai, de La garde qui s’est conclue presque tel un feu d’artifices.
La mise en scène de Brigitte Poupart et les chorégraphies bien maîtrisées n’empêchaient pas le chanteur d’évoluer sur les planches avec aisance et naturel. De plus, le thème des bars et de la nuit qui traverse le dernier album se prêtait tout à fait à la soirée qui avait des allures de fête.
Je l’écrivais en juin dernier : nous sommes en face d’un artiste très talentueux à tous les plans et sa prestation d’hier soir n’a fait que renforcer cette évidence. Sa voix est riche et puissante, en plus d’être tout à fait unique. Ses chansons sont efficaces et bien tournées et donnent envie de les chanter avec lui. Sur scène, son bonheur est palpable. Il ne s’économise pas un instant sans que sa voix ne flanche. C’est donc dire qu’il a du coffre. Ajoutons aussi que ses talents de danseur hérités d’une carrière passée n’est rien pour gâcher la sauce, surtout pour son public féminin!
Vraiment, Alexandre Désilets a tout pour lui.
Myriam D’Arcy

Crédit André Chevrier
Une bouffée d’air frais nommée Xavier Dolan
Après plusieurs mois d’attente nourrie par les nombreux prix et critiques élogieuses qui arrivent de par le monde, Mommy, le dernier opus de Xavier Dolan est enfin diffusé sur nos écrans. Le public est au rendez-vous comme en témoignent les salles aussi bondées qu’à une première de spectacle d’humour des jours derniers. Malgré ce qu’en pensent Vincent Guzzo[1] et certains animateurs de radios populistes qui se plaisent à qualifier notre cinéma de sombre ou « lamentard », les Québécois ne boudent pas leurs productions quand des efforts comparables sont déployés pour la promotion des films d’ici que pour les blockbusters américains. En effet, un article publié aujourd’hui sur le site de Radio-Canada confirme le départ canon pour le film de Dolan qui a engrangé des recettes frôlant le demi-million de dollars au cours des derniers jours, ce qui en fait le plus grand succès populaire depuis Lance et Compte, sorti sur nos écrans en 2010. Pour citer Diane Després, le personnage incarné par Anne Dorval dans Mommy : « les sceptiques seront confondus ».
La barre était donc placée très haute et je ne suis pas déçue, bien au contraire. À mon avis, il s’agit du meilleur film offert par Dolan. Le plus achevé et réussi à tous points de vue. Mommy aborde un thème cher au réalisateur, la relation mère-fils dans toute sa complexité, ses zones d’ombres et sa grande richesse.
Nous sommes conviés à un très grand rendez-vous d’acteurs qui sont au sommet de leur art. Malgré ses dix-sept ans, le jeu d’Antoine Olivier Pilon est bouleversant de vérité. Sans jamais caricaturer, il incarne avec justesse un adolescent explosif, violent et charmeur aux prises avec un sévère trouble de déficit de l’hyperactivité et de l’attention (TDHA). De son côté, Anne Dorval est rien de moins que magistrale en mère courage qui tente avec le plus de générosité, d’amour et de lucidité possibles de sauver son fils de lui-même.
Les plans de caméra sont filmés de très proche, sans recul, qui obligent les acteurs à offrir une performance soutenue et sans filet. Quant à nous, nous avons l’impression d’être témoins impuissants et indiscrets de l’action qui se vit sous nos yeux. L’ambiance chargée d’émotion est poignante et ne baisse pas d’intensité pendant toute la durée du film. En particulier, je pense à quelques scènes, la première crise de Steve revenu à la maison, l’assaut sur Kayla qui lui fait la classe à la maison et une scène déchirante à la fin du film où Diane imagine ce qu’aurait pu être leur destin sans la maladie.
Il s’agit d’une œuvre universelle mais dont l’action et le propos sont résolument ancrés dans le Québec. Ne serait-ce que par le langage coloré des personnages, les références culturelles bien de chez nous (Marjo et Céline, « notre trésor national »), mais aussi le lieu choisi, un Longueuil bien réel, et non une banlieue fictive qui aurait pu être partout et nulle part en même temps.

Source: canoe.ca
Dolan, dont tous les films voyagent partout sur la planète, prouve que le Québec est assez beau pour être montré à la face du monde, sans fard ni artifices et malgré ses imperfections. Le regard qu’il pose sur sa société est tendre et dénué de jugements, tout autant que celui qu’il porte sur ses personnages issus des classes populaires. Ils sont ce qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts et tentent de faire de leur mieux.
Un artiste engagé dans sa communauté
Depuis son entrée en scène fracassante en 2009 avec J’ai tué ma mère, son premier film réalisé à dix-neuf ans, l’acteur-réalisateur-scénariste surdoué est souvent critiqué pour ses déclarations, ses coups de gueule et sa confiance en lui-même qui est souvent associée à l’arrogance.
Pourtant, nous devrions être reconnaissants envers Xavier Dolan et pas seulement pour cette œuvre qu’il construit à vive allure et qui fait briller le Québec. Nous devrions lui être reconnaissants de prendre part au débat public, de s’investir dans les grandes questions qui traversent notre société. Loin d’être individualiste, il veut son succès

collectif. Son appel à la jeunesse à Cannes en était une belle démonstration, tout comme les honneurs qu’il partage spontanément avec ses acteurs à qui il voue une grande fidélité. À l’ère où le chacun pour soi est roi, et où l’enracinement est un concept démodé, ça fait du bien de constater que la réussite ne rime pas nécessairement avec un certain affranchissement du Québec devenu trop petit pour être le lieu d’épanouissement de ses ambitions.
Au fil du temps, Dolan a embrassé quelques causes qui ont défrayées les manchettes. Il a été un ardent promoteur du nécessaire engagement de l’État pour la culture et s’est exprimé à ce sujet sur plusieurs tribunes, notamment au printemps dernier lors d’une tournée médiatique qui a suivi la réception du Prix du jury à Cannes au printemps dernier et en réponse à quelques-uns de ses détracteurs au cours des dernières

années. Il n’a pas hésité à défendre la gratuité scolaire au moment de la crise étudiante, position qu’il a portée jusque sur les tapis rouge de Cannes, intéressant du même coup les médias du monde entier à ce débat qui soulevait les passions chez nous. Il n’a jamais caché son adhésion en faveur de l’indépendance du Québec et signera d’ailleurs un texte dans un ouvrage collectif portant sur la question dirigé par Léa Clermont Dion à paraître cet automne. Finalement, dans son édition du 3 septembre dernier, la revue française Télérama rapportait des propos de Dolan suite à son refus à recevoir la Queer Palm, prix remis en marge du Festival de Cannes et qui « récompense un film pour ses qualités artistiques et son traitement des questions gay, lesbienne, bi ou trans ainsi que sur son traitement décalé des questions de genre ». Ses propos pleins de sagesse montrent qu’il conçoit la société comme un tout et non la somme d’individus ou groupes d’intérêts particuliers.
« Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi ghetoïsantes, aussi ostracisantes, qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays ? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais ! L’homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir[2]. »
Que l’on soit en accord ou non avec ses prises de position, il n’en demeure pas moins que Xavier Dolan est un artiste engagé dans la société québécoise, qui l’aime et s’en soucie assez pour créer sur et à partir d’elle tout en s’impliquant à défendre les causes qui lui sont chères, sans jamais se censurer. N’est-ce pas là l’une des fonctions essentielles de l’artiste, soit de bousculer les conventions, de tirer et pousser sa société, de l’éclairer, de la révéler à elle-même? Xavier Dolan est une véritable bouffée d’air frais dans cet univers médiatique où la langue de bois est reine et j’espère qu’il continuera longtemps de nous éclairer par ses formidables films et ses réflexions d’un jeune homme libre.
[1] Propos publiés dans l’édition du 13 novembre 2012 du Journal de Montréal et sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle.
[2] http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/09/20/xavier-dolan-degoute-par-les-prix-recompensant-les-films-gays_4490979_3246.html
Myriam D’Arcy

Crédit André Chevrier
30 bougies pour Audiogram et tout autant de raisons de célébrer!
Le 4 septembre dernier, la maison de disques indépendante Audiogram fêtait son 30e anniversaire d’existence. J’ai assisté à la soirée hommage organisée pour l’occasion à la Société des Arts technologiques (SAT) en compagnie de quelques centaines de personnes qui avaient joyeusement répondu à l’appel. De ce nombre, des artistes de toutes les générations ayant tous, à un moment ou un autre, marqué leur époque, étaient venus célébrer les succès d’une entreprise fondamentale dans le développement de la chanson québécoise. Dans une ambiance de fête et de nightclub, l’équipe d’Audiogram, ainsi que son fondateur Michel Bélanger, respiraient la fierté, et pour cause. Fierté d’avoir traversé le temps sans prendre une seule ride dans une industrie en constants changements, fierté d’avoir bâti une maison où se produisent des artistes talentueux et avant-gardistes tant hier qu’aujourd’hui.

Le chemin parcouru par Audiogram et ses poulains montre que malgré les crises et les tempêtes qui ont secoué l’industrie, un intérêt qui ne s’essouffle jamais pour la culture anglo-américaine, les artistes québécois sont créatifs, pas du tout conformistes, que la chanson québécoise se déploie dans plusieurs styles, invente et se réinvente, crée les tendances sans jamais se contenter de sagement les suivre. Depuis 30 ans, des succès d’estime et publics qui ont fait mentir tous les prophètes de malheur annonçant la mort du disque ou pire, celle de la culture québécoise. Je pense à ces chansons qui ont marqué leur époque, et parfois nos vies, indissociables de souvenirs bien ancrées

dans nos mémoires comme 1990 (Jean Leloup, 1990), Libérez-nous des libéraux (Loco Locass, 2004), La folie en quatre, (Daniel Bélanger, 1992), La jasette (Kevin Parent, 1995), Le Columbarium (Pierre Lapointe), Je voudrais voir la mer (1987, Michel Rivard), Point de mire (Ariane Moffatt), Je t’oublierai, je t’oublierai (Isabelle Boulay), Drinking in L.A. (Bran Van 3000, 1997), Job steady (Zébulon, 1994), Y’a pas grand-chose dans l’ciel à soir (Paul Piché, 1986), On leur a fait croire (Alex Nevsky, 2013) et tant d’autres… Je pense aussi aux plus jeunes recrues de la maison dont les propositions sont étonnantes et marqueront à leur tour, comme David Giguère et son formidable album Casablanca que j’ai usé à la corde ces derniers mois ou encore Jason Bajada et le (très réussi!) résultat de mes bêtises.
Ce mardi, Audiogram lancera Trente, un triple album où 30 artistes ont accepté d’interpréter une chanson de leur choix pour illustrer les trois dernières décennies. Sans artifices, sans arrangements, sans droit de reprise, les artistes ont généreusement accepté de se mettre à nu en enregistrant une chanson de leur choix dans la plus grande simplicité. Une sorte de Journée sans maquillage version instrumentale qui révèle le talent brut de ces artisans comme en témoignent ces extraits choisis : http://audiogram.com/trente/
Cette soirée anniversaire a renforcé une conviction qui m’habite depuis longtemps : malgré les reculs, les défaites historiques et le cynisme qui nous fait sans cesse de l’œil, malgré aussi la tentation de l’anglais qui ne s’affaiblit jamais, la culture québécoise, elle, ne stagne jamais. La force créatrice de nos artisans donne de l’espoir quand on se sent pris dans un cul-de-sac et rappelle qu’on peut malgré tout continuer de faire son chemin.
Myriam D’Arcy

Crédit André Chevrier
Littérature et cinéma québécois: « Pour l’amour de la lecture : 5 films sur des auteurs québécois »
En marge de la campagne « Le 12 août, j’achète un livre québécois » qui a été couronné d’un vif succès notamment grâce aux réseaux sociaux, l’Office national du film (ONF) propose aux internautes 5 films portant sur de grands écrivains québécois, parmi lesquels se trouvent Hubert Aquin, Maurice G. Dantec, Ernest Dufault, Yin Chen et Germaine Guèvremont.
La sélection de films se trouve en ligne ici.
Bravo à l’ONF pour cette belle idée qui fait rayonner notre cinéma et notre littérature!

Une nouvelle chanson de Louis-Jean Cormier!
Le 19 août, les téléspectateurs de Pénélope McQuade ont eu le bonheur et le privilège d’entendre en primeur une toute nouvelle chanson de Louis-Jean Cormier « Le jour où elle m’a dit je pars ».
Une très belle chanson où simplement accompagné de sa guitare, Louis-Jean Cormier révèle encore une fois toute sa fragilité, son sens du rythme et sa grande qualité d’auteur comme en fait foi un très beau passage de la chanson: « Quand l’écho de son dernier « Trop tard » résonne autant… Ça s’recule-tu le temps? »
Louis-Jean Cormier est définitivement dans une classe à part. Il nous tarde d’entendre la suite du nouvel album à paraître.










